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Compte rendu de la réunion finale (29/11/2004) du Groupe de Travail sur les Mécanismes de Financement (Task Force on Finaning Mechanisms, TFFM)

vendredi 7 janvier 2005, par Bruno JAFFRE

De Rik Panganiban

Publié par le site de la Fondation Heinrich Boell (RFA) http://www.worldsummit2005, le 1 décembre 2004

Traduction et Commentaires (en fin d’article) de Jean Louis Fullsack

Le TFFM a tenu sa dernière réunion au quartier général du PNUD à New York le 29 novembre. Rik Panganiban (CONGO), qui a été autorisé à participer (sic) comme observateur en fait le compte rendu.

Mise à jour du SMSI et du Financement

La réunion du matin a débuté par la bienvenue de l’Administrateur du PNUD, Mark Malloch Brown, suivi par des rapports du secrétariat du TFFM au projet de rapport final, sur le processus du SMSI par Charles Geiger, et sur la récente réunion de l’UNICT Task Force par Sarbuland Khan. L’après-midi a été consacrée à la discussion sur le contenu du rapport, en particulier « l’accès » et les problèmes de « contenus et applications ». La réunion s’est terminée par la discussion sur le processus de progression du TFFM. 
Charles Geiger du secrétariat du SMSI a fourni un compte-rendu sur « l’état des lieux » du SMSI. Il a noté que le Groupe de amis du président (GFC) aimerait recevoir ne serait-ce qu’un projet du Rapport du TFFM pour sa réunion du 16-17 décembre. Il a clarifié le statut du Fonds de Solidarité Numérique (DSF) comme n’ayant pas été créé « par » mais « en conjonction avec » le Sommet, puisque il est issu du Sommet des Villes, parallèle au SMSI, qui s’est tenu à Lyon en décembre 2003.

Discussion finale sur le Rapport du TFFM

Le texte du projet de rapport a été présenté au groupe de travail par le secrétariat du PNUD, y compris un ensemble de « conclusions ». Le rapport final devra être transmis au Secrétaire général Kofi Annan vers la mi-décembre afin de donner le temps à son bureau pour le transmettre au secrétariat du SMSI vers la fin de décembre. C’était donc la dernière fois que le groupe de travail complet a eu la possibilité de commenter le rapport en tant que collectif, bien que des contributions écrites soient encore acceptées jusqu’au début de décembre.
Le Groupe de travail s’est mis d’accord que le rapport n’aurait pas de « recommandations » puisque c’est au-delà de son mandat mais émettrait des « conclusions » et des options pour la prise en compte par les gouvernements dans le processus officiel du SMSI. Parmi ces conclusions on trouve :
- Depuis les années 1990, le secteur privé a dominé les finances (sic) TIC et a produit une croissance immense du secteur dans le monde en développement.
- Attirer les investissements dans les TIC dépend d’un environnement politique favorable assurant une entrée ouverte, une concurrence équitable et une réglementation orientée vers le marché.
- Les banques de développement multilatéral et les bailleurs internationaux ont réduit leur financement direct d’infrastructures des TIC, en faisant migrer les ressources vers les réformes politiques et intégrant les TIC dans les initiatives de développement.
- Depuis 2000, l’investissement direct à l’étranger a décru de manière significative.
- L’investissement futur dans les TIC des pays en développement dépendra d’autres réformes de politique, de mécanismes financiers nationaux et de partenariats multi-acteurs.
- Les segments clés d’installations TIC dans les pays en développement resteront peu attrayants pour les investissements purement privés.
- La coopération régionale et les partenariats publics-privés peuvent être décisifs pour traiter les écarts en terme d’infrastructure.
- La coordination de myriades d’initiatives financées par différents bailleurs fait défaut.
- Le financement actuel de la formation dans le secteur public fait défaut.

Problèmes d’accès et de financement

Une discussion a eu lieu dans l’après-midi sur l’accès à l’infrastructure en tant que problème de financement. Un membre a fait remarquer que l’objectif était de capitaliser sur la croissance rapide des TIC pour assurer une distribution plus équitable de ces technologies à la fois sur le plan géographique et à travers les couches sociales. Un autre membre a noté que l’accès ne s’étend pas également mais commence généralement dans les grandes villes et s’étend lentement vers l’extérieurs aux communautés plus petites.

Un membre a fait remarquer que la croissance rapide des services vocaux mobiles GSM dans le monde en développement doit être examiné de près afin de voir les leçons à apprendre pour d’autres TIC. Une réponse est que les coûts d’infrastructure sont moindres en GSM que pour les technologies « filaires » comme le large bande. De même, les entrepreneurs ont un retour sur investissement plus rapide et il n’y a pas d’opérateurs historiques « embusqués » (sic) qui pourraient empêcher le progrès (sic).
S’agissant de formation (« capacity building »), on a noté le besoin accru de conseil politique pour les pays en développement. Un autre membre a évoqué la disponibilité bien plus importante en expertise au Sud, et les bénéfices de la coopération Sud-Sud ainsi que Nord-Sud en termes de formation.

Willie Currie d‘APC a émis la suggestion d’une « possibilité virtuelle de financement ». Il a noté qu’une telle possibilité (« facility ») pourrait permettre de financer le réseau dorsal comme un « bien public » en coordonnant mieux les activités de fonds existants tout en fournissant un conseil politique et de la formation.
Currie a aussi suggéré qu’étant donné le succès d’un grand nombre de fonds d’accès universel au niveau national, un Fonds d’accès universel mondial » pouvait être retenu comme option.

Il n’y a pas eu d’accords majeurs quant aux recommandations dans cet espace, cependant parmi les conclusions générales il a été convenu qu’il fallait davantage de financement pour le « réseau dorsal ». On a noté que l’investissement direct à l’étranger n’était pas aussi important que l’investissement local et l’investissement Sud-Sud.
Un membre a observé que l’on ne peut pas conclure à « l’inadéquation » de mécanismes de financement existants, car les mécanismes existants ne sont pas « exploités pleinement ».

On a beaucoup discuté du rôle du secteur public. On a observé entre autres que le secteur public entre en scène là où le marché échoue ou là où apparaissent les « lacunes » du marché. Une autre observation portait sur le rôle clé du secteur public qui doit être de réduire les coûts de l’accès afin d’accroître l’entrée et la concurrence entre des acteurs du secteur privé. Il y a eu accord général que le gouvernement devrait éviter de devenir un fournisseur étatique d’accès, c’est-à-dire similaire aux télécoms publics nationaux géants (sic), et -au lieu de cela- déréglementer et libéraliser le secteur des TIC pour encourager la concurrence.

Problèmes de contenu et d’applications

La discussion de l’après-midi a migré vers les problèmes de contenu et d’applications en relation avec le financement. En général il a été convenu que ces problèmes ne peuvent pas être séparés des problèmes d’accès, et qu’ils sont liés par des effets de synergie. Le contenu stimule la demande pour l’accès, et l’accès est un prérequis pour la création de contenu.

Plusieurs membres ont partagé leur expérience en Azerbaïdjan, Egypte, Samoa et Estonie pour développer le contenu et favoriser l’accès. Plusieurs ont mis l’accent sur le rôle proactif que peuvent jouer les gouvernements en encourageant le contenu local dans la langue locale et en maintenant le coût de l’accès aussi bas que possible.
Au-delà de stratégies nationales, le Groupe de travail a discuté des mesures internationales pour aider le contenu local et des e-services comme le e-gouvernement. Il a été suggéré qu’une stratégie de financement mixte pourrait être coordonnée, ainsi on pourrait combiner le financement de la Banque Mondiale pour la réforme politique avec un prêt pour développer le contenu local et pour financer le développement de e-services comme les télécentres.

On a discuté du coût du contenu comme un facteur important. Qui paie ? Et le contenu est-il un « bien public mondial » ? De nombreux exemples ont été donnés, comme des journaux médicaux mis à disposition gratuitement et le MIT mettant à disposition son programme de cours sur la toile. On a évolué par la suite vers une discussion sur le logiciel de source ouverte (open source) où il y avait eu désaccord sur ce que le groupe de travail devrait recommander. Plusieurs membres étaient favorables à une position technologiquement neutre. D’autres ont fait remarquer l’importance qu’attachent différents gouvernements, du niveau national jusqu’au niveau municipal, à coopérer en achetant ensemble la même suite de logiciels pour économiser les coûts et la duplication des efforts.

Le Fonds de solidarité numérique

On a discuté sur la relation entre le Fonds de solidarité numérique (DSF) et le TFFM. Il a été rappelé que le DSF a été incorporé en tant que fondation sous la législation suisse et a reçu le soutien de municipalités et autres donneurs. Il y aura une mention du DSF dans le rapport du TFFM, mais ne mentionnera ni approbation ni recommandation.

L’auteur Rik Panganiban est Coordinateur des communications de la Conférence des ONG en relation consultative avec les Nations unies (CONGO)

Traduit par Jean-Louis Fullsack jlfullsack @ wanadoo.fr
Délégué CSDPTT au SMSI


Mon commentaire sur ce compte-rendu

Jean Louis Fullsack

D’abord un regret, celui de l’avoir découvert un mois après sa parution. Désormais j’irai naviguer plus fréquemment sur ce site de la SC allemande, richement doté et documenté, probablement en partie grâce à la générosité du prix Nobel de littérature et homme engagé à gauche, Heinrich Boell. A contrario, je me demande pourquoi ce document n’a pas été évoqué plus longuement sur le site du Groupe de travail de la Société civile sur le Financement, car il contient de nombreux points : d’interrogation ...mais aussi d’exclamation !

Je rappelle que ma demande d’inviter un membre de la SC désigné par elle à participer à cette ultime réunion, vu le rôle de contributeur actif joué jusque là par la SC tout au long du processus du SMSI, a été rejetée par le président de ce TFFM (voir mon compte rendu de la réunion « ouverte » du TFFM à Genève, le 15 novembre 2004, sur notre site). Apprendre par ce compte-rendu que Rik Panganiban « a été autorisé » à participer à cette réunion me laisse pantois. Pourquoi l’a-t-il été et à qui doit-il cette « autorisation » ? Mais aussi, comment se fait-il qu’aucun membre du groupe de travail concerné de la SC n’ait réagi par rapport à une telle perversion des rôles à l’intérieur de la SC ? Question accessoire : qui a payé les frais de déplacement et de séjour de Rik ?

Deuxième point d’interrogation : le fonds de solidarité numérique. Je n’en suis pas un soutien inconditionnel pour les raisons que j’ai largement expliquées dans mes compte rendus et documents. Il est devenu une « patate chaude » dès avant le Sommet de Genève pour un ensemble de raisons souvent disparates. Mais trouver maintenant que ce fonds « a émergé du Sommet des Villes » pour ne pas avoir à le prendre en considération dans l’analyse des mécanismes financiers existants ou novateurs (ce qui est le strict mandat du TFFM) dans le Rapport final du TFFM, relève du tour de passe-passe ! Car avant d’apparaître à Lyon en décembre 2003 il a été présenté par le Président Wade au PrepCom-2 à Genève en février de la même année. Mieux, il a été discuté au PrepCom-3 et je l’avais notamment cité -en même temps que d’autres mécanismes au moins aussi novateurs que lui et plus réalistes- lors de ma « déposition » devant le Groupe informel intergouvernemental sur le financement » au nom de la SC (voir mon compte-rendu et le texte de ma proposition sur notre site). La SC ne peut pas cautionner un tel travestissement de l’histoire, mais elle doit réagir, car ce Fonds a soulevé des espoirs parmi les ONG africaines, malgré les réserves de l’ensemble des ONG exprimées notamment lors des plénières de la SC. En particulier, le Groupe de travail de la SC sur le financement a l’obligation de porter ce débat devant la plénière au prochain PrepCom, mais pour cela il faut au moins qu’il en ait débattu auparavant !

Troisième point d’interrogation : le compte-rendu se contente de relater une suite d’éléments factuels, sans un commentaire sur le traitement des points évoqués par les participants. Mieux -ou pire- il utilise l’anonymat pour les interventions des participants comme dans le compte rendu d’un Conseil d’administration ! Mais cela nous intéresse, nous les exclus de ces conciliabules onusiens- de savoir QUI a dit ce que l’on nous rapporte, car il y a au moins à commenter voire à discuter et à réfuter. La SC doit savoir au moins d’où viennent les oppositions à ses propositions.

Quatrième point d’interrogation : les recommandations seraient « au-delà du mandat de TFFM ». A moi cela ne paraît pas aussi évident qu’au rédacteur du compte rendu : le TFFM n’a-t-il pas été créé pour transmettre au Secrétaire général des propositions après analyse ? Il faudra une explication plus circonstanciée et réellement fondée car les organisations de la SC, ne se contentent pas d’arguties ou d’affirmations péremptoires. Là encore on déplore l’absence de réaction du groupe de travail ad hoc de la SC.

Cinquième point ... d’exclamation : Parmi les « conclusions » présentées, certaines sont profondément choquantes pour la grande majorité des ONG participant au Sommet, comme les références au marché, l’effacement du rôle des Etats, la priorité au « partenariat public-privé » au détriment des approches multilatérales, etc ...

Sixième point d’interrogation : A lire les interventions des « membres anonymes » sur le thème accès et financement, on se demande vraiment si ces éminences cooptées savent ce qu’est un réseau de télécommunications et en connaissent au moins les rudiments des composantes de ses coûts et des structures de son économie, en particulier dans les PeD. Il n’empêche : ils décrètent les principes applicables, ès fonction ! Cela ne choque apparemment pas notre rapporteur qui se contente de noter ... Il se trouve que la SC m’avait désigné comme « Focal person » du thème en question lors de la phase de Genève. A aucun moment je n’ai été contacté préalablement par le participant de la SC « autorisé » à assister à cette ultime réunion du TFFM, dont ce thème constituait pourtant la problématique essentielle. Le groupe de travail de la SC sur le financement n’était probablement pas plus sollicité que moi. Quid alors de son intérêt ?

Septième point ... d’exclamation : Voilà que l’on affirme que l’infrastructure pourrait être un « bien public à l’échelle mondiale » ... pour souhaiter aussitôt son financement par la collectivité y compris multilatérale et promouvoir les sociétés privées pour y faire de la valeur ajoutée sous forme de prestations de services. Ainsi elles n’auraient pas à en supporter les coûts (lourds) et récupèreraient plus vite leur mise. On aurait aimé une explication de texte plus étoffée, voire une opinion, et pas seulement une citation. Un peu plus loin on nous rapporte que des membres estiment indispensable la baisse des coûts d’accès et en appellent ... aux gouvernements. Cherchez l’erreur !

On arrêtera là les critiques, en se demandant à la relecture de ce compte-rendu, ce que cette ultime réunion a bien pu apporter pour donner du crédit -au sens le plus complet du terme- au (mythe du) « comblement du fossé numérique ». Voilà encore une manifestation de la tradition onusienne qui aura permis aux « membres éminents », qui constituent la « Task Force » sur les mécanismes de financement, de se ressourcer sur les rives de l’Hudson. Et au moins de se faire financer leurs frais de mission et de voyage.

Décidément le SMSI n’a pas fini de trouver de quoi financer son Plan d’action. Pire, à l’heure qu’il est (début de son année terminale) il n’a pas réussi à trouver de quoi financer ... son processus jusqu’au Sommet de Tunis, car seulement 28% du montant estimé de son coût sont assurés.

Jean-Louis Fullsack Délégué CSDPTT au SMSI

Messages

  • A la 2e interrogation de M. Fullsack, nous reconnaissons que le concept de " Solidarité Numérique " a bien été présenté pour la première fois par le président Abdoulaye Wade à Genève, Suisse, lors du PrepCom-2 du SMSI-I.
    Le président de la République avait aussi exprimé sa pensée dans un article paru dans " Le Monde " du 7 mars 2003. L’idée de la solidarité numérique semble faire son chemin avec succès. Le Sénégal, en tant que pays chargé des NTIC au sein du NEPAD, est parvenu à rallier à cette idée, l’ensemble des Etats africains, certains du Nord, d’Amérique Latine, de l’Asie, l’Inde notamment, l’Organisation de la Francophonie et, plus récemment, l’Organisation de la Conférence Islamique.

  • La solidarité numérique est une idée que le président Abdoulaye Wade a développée à la PrepCom 2 à Genève. C’est sa contribution au processus qui a été lancé pour lutter contre la fracture numérique. Il a observé qu’il existait beaucoup d’initiatives qui avaient été lancées, parfois régionales, parfois mondiales, comme l’initiative Leyland. Mais aucune d’entre elles n’a en fait réellement solutionné le problème de la fracture numérique. Au contraire, l’on constate aujourd’hui que la fracture devient de plus en plus béante.

    Le président Wade, qui a étudié scientifiquement le problème de cette fracture, suggère qu’il faudrait, en réalité, que les trois grands acteurs - les Etats, la société civile et le secteur privé - se mettent ensemble pour générer un fonds pour l’éradiquer.

    L’autre constat, c’est aussi que la fracture numérique n’est pas seulement une réalité des pays en voie de développement. Il y a dans les pays développés des distorsions entre les zones rurales et les villes. Par conséquent, ce Fonds de solidarité numérique serait à la disposition aussi bien du Nord que du Sud. L’idée est la suivante : il s’agit de collecter par certains mécanismes des contributions volontaires de la part des trois acteurs (Etat, société civile, secteur privé) qui vont alimenter le Fonds de solidarité numérique. Par exemple, à titre indicatif, on prendrait un dollar par ordinateur vendu pour le compte du fonds ou 1 % d’une communication téléphonique ou 1 dollar par logiciel vendu...

    Ces contributions seront donc incluses dans le prix des matériels informatiques ?

    Oui, mais ce n’est pas une taxe, j’insiste là-dessus, c’est une contribution volontaire.

    Ça veut dire que l’acheteur peut choisir de ne pas la donner ?

    Je vous donne un exemple. Vous rentrez dans un magasin à Washington, à Paris ou à Dakar. Vous êtes en train d’acheter un ordinateur portable. Au moment où vous achetez l’ordinateur, vous devez cocher un certain nombre de choses : est-ce que vous voulez que votre disque dur soit de 40 Go ou 80 Go, que votre RAM [mémoire vive] soit de 256 Mo ou 512 Mo, etc. Il y aura aussi une petite case qui vous demandera si vous voulez contribuer au Fonds de solidarité numérique. Si vous cochez cette case, votre ordinateur, au lieu de coûter par exemple 499 dollars, coûtera 500 dollars.

    C’est la raison pour laquelle le secteur privé doit être impliqué : parce que si vous rentrez dans le magasin, il faut que celui qui vous vend [l’entreprise privée] vous présente ce papier-là. Il faut donc qu’il soit lui aussi impliqué. Son implication est de l’ordre de celle qui est relative au service Visa ou Mastercard. Dans le cas d’espèce, le client pourrait voir sur la porte du magasin en question le logo de la Solidarité numérique avec le commentaire " Digital Solidarity Accepted in this Shop ". Encore une fois, ce sont des contributions volontaires qui vont alimenter ce fonds. Celui-ci sera géré par une fondation internationale où tous les continents seront représentés et dont les mécanismes de gestion seront parfaitement transparents. Les fonds seront distribués dans le cadre de projets structurants qui vont aider les pays à entrer dans ce que le président Wade a appelé le " Serpent numérique " [voir encadré], la bande quantitative de la société de l’information.

    En quoi, ce concept de solidarité numérique se distingue-t-il de celui de fracture numérique ?

    On peut dire que la fracture numérique, c’est la maladie, tandis que la solidarité numérique c’est une proposition de remède. Déjà à ce niveau-là, ce sont deux choses qui s’opposent. Ensuite, la solidarité numérique est une approche et une stratégie, c’est aussi une impulsion mondiale. La fracture numérique, c’est quelque chose que les citoyens de la planète subissent alors que la solidarité numérique c’est quelque chose que l’on prend à son compte. On agit sur quelque chose que l’on subit.

    Dans l’espace africain où beaucoup de gouvernements freinent la diffusion de l’information, acceptera-t-on toujours de redistribuer les fruits du Fonds de solidarité numérique quand on sait que les résultats d’une telle distribution seront une meilleure diffusion de l’information, donc plus de démocratie ?

    Votre question est pertinente : certains pays ont posé le problème de la destination des fonds. La proposition du Président Wade est en effet inédite, car une partie des fonds provient de la Société Civile internationale, c’est-à-dire des peuples animés par la foi en la solidarité mondiale, leurs choix sont donc... ex-politico. C’est en prévision de cela que le Président Wade avait introduit l’idée de la Charte de Solidarité numérique. Pour bénéficier du Fonds, il faut signer ce document qui contient un certain nombre de pré-requis et d’engagements auxquels le signataire adhère.

    Ce sont les gouvernements qui signent la charte ?

    Oui, ce sont les Etats qui vont signer cette charte, ainsi que les deux autres catégories d’acteurs, la Société civile [c’est-à-dire chaque personne qui achète du matériel et qui veut faire une contribution volontaire] et les organismes privés. Toutes ces entités-là signent la charte pour exprimer leur adhésion à la lutte contre la fracture numérique. En ce qui concerne les Etats, ça pourrait être : " Nous nous engageons à ouvrir le marché des télécommunications ; nous nous engageons à faire tels investissements pour vulgariser l’outil informatique dans les écoles ", etc. Bref, un certain nombre d’engagements seront définis dans la charte. Une fois que vous l’avez signée, le processus se met en branle. Vous imaginez ? Nous avons ici un raccourci évident pour l’émergence d’une harmonisation continentale des environnements réglementaires relatifs aux NTIC... La porte sera donc ouverte pour la réussite par exemple de projets continentaux de services à valeur ajoutée !

    Sur votre souci de savoir si les gouvernements accepteront de redistribuer les fonds reçus, nous sommes aujourd’hui à l’ère de l’information, c’était peut-être possible, il y a quelques années [de freiner la diffusion de l’information], mais plus aucun pays ne pourra résister à l’ouverture des portes de la démocratie. Et c’est grâce en partie aux Nouvelles technologies qu’il en est ainsi.

    Concrètement, comment va se faire la redistribution vers les pays bénéficiaires des fonds collectés. Sur quel critère tel pays va-t-il recevoir davantage que tel autre pays par exemple ?

    Ce sera en fonction de votre position par rapport au serpent numérique. Il est évident que si vous êtes en dessous du serpent numérique [marge numérique inférieure], vous allez recevoir plus de fonds que si vous êtes au-dessus, tout au moins en valeur relative. Nous, au Sénégal, nous avons une façon de voir les choses que nous allons discuter avec nos partenaires. Nous pensons par exemple que la fondation devra verser 60 % de ses ressources à des projets destinés aux pays les moins avancés technologiquement, 30 % seront versés aux pays émergents et 10 % aux pays avancés technologiquement pour, bien sûr, régler leurs problèmes internes de fracture numérique.

    Ça c’est notre proposition, mais le Sénégal est ouvert. Nous allons aux différentes réunions internationales pour discuter justement de tout cela. Sur instruction du Président de la République, je coordonne les travaux d’une équipe d’experts en vue de définir de manière satisfaisante pour nous une norme quantitative rendant compte de l’état technologique d’un pays. L’expert indien qui avait développé le modèle mathématique de e-readiness indien travaille avec nous sur cette question.

    Dans les pays du Nord, certains se demandent si le fait de créer un nouveau fonds est opératoire. Il y a déjà, disent-ils, des budgets d’aide au développement qu’il faudrait tout simplement augmenter. Quel est votre avis sur ce point ?

    Pour le Fonds de solidarité numérique, c’est différent, car on fait intervenir le secteur privé au départ. Cela veut dire qu’il sait parfaitement où cet argent va aller. Cela veut dire aussi que, pour lui, c’est un win-win. Si les pays en voie de développement technologique disposent de fonds qui leur permettent de rentrer dans le serpent numérique, ce sont de nouveaux marchés pour les entreprises intervenant dans les NTIC. C’est cet aspect win-win qui fait que ce programme est différent de tout ce qui a été fait jusque-là. Il y a une implication dès le départ du secteur privé, de la société civile et des Etats autour du problème. C’est cette synergie qui fait que le programme est beaucoup plus viable, plus dynamique que tous les programmes d’aide au développement qui ont été élaborés jusqu’ici. Il faut leur reconnaître cependant qu’ils s’attaquaient en priorité à d’autres problématiques d’ailleurs souvent très bien adressées. Ici, il s’agit de collecter des fonds selon un mécanisme nouveau, il faut donc de nouveaux instruments ou alors, une re-configuration de ceux qui existent, ce qui en définitive reviendrait au même.

    Certains perçoivent encore cette notion de solidarité numérique comme une nouvelle manière de demander toujours de l’argent aux pays développés

    En réalité, la philosophie économique derrière tout cela, c’est ce que le président Wade explique dans son article paru en avril dans le journal " Le Monde ". Il commence par nous parler d’Adam et d’Eve, en nous disant que la première chose qu’ils ont faite c’est de communiquer. Ensuite, il a parlé de communication intra-groupes. Donc il a élargi cette communauté Adam-Eve à un groupe plus large. Il a ensuite parlé de langues. Qu’est-ce que cela veut dire ? Ça veut dire qu’en réalité la valeur économique d’un réseau dépend du nombre de personnes qui l’utilisent. Si on transpose cela aux technologies, c’est à cela que ça revient.

    Par exemple, vous mettez en place un réseau qui permet à deux personnes de communiquer. Le jour où vous permettrez à ces deux personnes de communiquer avec une troisième personne, votre réseau gagne en valeur ; les matheux vous diront d’ailleurs que cette valeur, puisqu’elle rend compte du nombre de parties possibles (celles qui communiquent) d’un ensemble donné, évolue en 2 puissances n, où n est le nombre de personnes sur le réseau. Voyez-vous, grâce à cette puissance exponentielle, l’effort d’amener une seule personne sur le réseau mondial est très vite récompensée ! Aujourd’hui, le réseau mondial d’Internet a exclu tous ceux qui ne sont pas dans la société de l’information, tous ceux qui ne sont pas dans le serpent numérique, ceux qui ont des problèmes d’accès à la téléphonie, aux ordinateurs, à Internet. Ils ne peuvent pas communiquer, ni avec le Japonais lambda, ni avec l’Américain, etc. Par conséquent, le réseau mondial a un manque à gagner. Il existe 800 millions d’Africains qui sont des clients potentiels de ce réseau et qui lui permettraient de gagner aussi bien en valeur économique - parce qu’il y aurait plus d’échanges - qu’en valeurs culturelles et civilisationnelles. Parce qu’à ce moment-là, l’Afrique pourrait contribuer, avec ses propres contenus, au contenu électronique mondial.

    Mais comment, avec tous ses analphabètes et ses illettrés, l’Afrique peut-elle investir la société de l’information ?

    Le problème de l’analphabétisme est justement réglé par le réseau. Lorsque vous êtes analphabète et que vous ne savez pas écrire, vous savez parler et puis, de toute façon, puisque vous existez, c’est que l’on peut vous voir. Et, comme le président Wade l’a dit, vous savez communiquer. Les hommes ont communiqué avant d’écrire. L’outil technologique est mis à la disposition de cette communication, c’est tout. Lorsque vous aurez un réseau où vous avez de grandes bandes passantes, vous pourrez faire passer du multimédia confortablement sur ce réseau : vous pourrez envoyer des films africains à des gens qui sont dans leur salle de séjour aux Etats-Unis, vous pourrez montrer la confection de plats cuisinés africains à des correspondants au Japon, etc. Le multimédia, grâce à la connectivité et à la bande passante, va donc développer aussi bien la valeur économique que la valeur culturelle du réseau.

    Mais je voudrais vous dire autre chose : le réseau Internet a cela de magique que sa complexité est déportée à sa périphérie. C’est-à-dire que l’intelligence ne se trouve pas sur l’infrastructure de transmission (câbles) qui est au centre, mais plutôt sur celle qui est proche de l’utilisateur final (routeurs, ordinateurs, etc.). Cela veut dire que l’utilisateur final a la main sur les services. Ceci est très important à comprendre : cela veut dire par exemple qu’il sait s’entourer d’une infrastructure hard ou soft personnalisée lui permettant de bien communiquer. Conséquence : vous pouvez installer sur l’ordinateur d’un Peulh du Macina une solution de vidéoconférence traduisant en temps réel ses propos en japonais et qui arriveront à Tokyo à la vitesse de la lumière. Je veux dire par là pour revenir à votre question, que les lettres ont pendant des siècles impressionné l’humanité alors qu’il s’agit de les réduire à ce qu’elles sont pour la majorité des hommes : un médium statique de la connaissance, rendu vivant par l’énergie de l’intelligence. Aujourd’hui, l’homme est parvenu à rendre cette dernière artificielle, le médium doit donc postuler au même traitement. C’est la complexité déportée des réseaux de communication qui permettra cela.

    « Le Serpent numérique »

    Le serpent numérique, selon M. Sy, " c’est la bande quantitative de la société de l’information ". Ce que le président Wade a introduit, explique encore le conseiller pour les Nouvelles technologies, " c’est la moyenne technologique d’un pays qui constitue sa photographie technologique, fondée sur un certain nombre d’indicateurs dont le choix sera discuté avec les experts internationaux. A titre indicatif, ces indicateurs pourraient inclure le nombre d’ordinateurs par habitant, la télédensité, le nombre de sites web par habitant, etc. Ces indicateurs vont donner l’état technologique de chaque pays.

    Ensuite, une norme internationale sera définie, qui va dire : si vous êtes en dessous de cette moyenne technologique, vous êtes hors de la société de l’information ; si vous êtes au-dessus, vous êtes très avancé ; si vous êtes à l’intérieur, tout va bien. L’idée de la solidarité numérique, c’est de faire que le maximum de pays en retard, le maximum de gens puissent entrer de manière satisfaisant dans la société de l’information, c’est-à-dire que la moyenne de leurs indicateurs puisse être à l’intérieur du serpent numérique. "

  • Je réponds rapidement à mes deux interlocuteurs anonymes (regrets ...)

    Le Fonds de solidarité a aussi été présenté par son fondateur, le président Wade, au Parlement Européen à Strasbourg en octobre 2004, et comme je ne manque pas de session à Strasbourg j’ai pu l’écouter (à côte de la forte délégation sénégalaise d’ailleurs). Je dis cela parce que ce que j’ai entendu ce jour-là n’était pas exactement ce que j’avais entendu à Genève quelques mois plutôt. Ni ce que j’avais lu dans le journal auquel je suis abonné, Le Monde, dont un extrait est donné dans la réaction à mon document. Le FSN serait-il ainsi à géométrie variable ?

    Probablement, et la Société civile -du Nord et du Sud- a exprimé à Genève en septembre 2004 un soutien conditionnel.

    Cela indique au moins qu’il a besoin encore d’un débat ouvert (à tous) afin de bien répondre au nombreuses questions qu’il soulève (encore).

    Pour ma part j’en connais plusieurs, dont les deux suivantes :

    - à quelles opérations le FSN est-il destiné ?

    - quel montant approximatif envisage-t-il de collecter ?

    Je donne juste un exemple d’utilisation possible des fonds collectés par le FSN : financer le réseau d’un opérateur concurrent de l’opérateur national ? Ou financer le raccordement des hôpitaux et écoles parce que ce type d’application est peu voire non attrayant pour le "secteur privé" ?

    Dans les deux cas il y a "malaise". En effet, pourquoi le peuple des utilisateurs des TIC serait il généreux pour soutenir le secteur privé ? Car dans mon premier exemple c’est bien le secteur privé (une grande société étrangère, comme dans une grande partie des pays africains) qui a pris sa part du marché, la plus juteuse généralement : les villes et métropoles. Dans le second cas, le FSN servirait à subvenir à l’Etat défaillant là où celui-ci n’assume plus son rôle primaire (social, éducatif) ! En somme, dans un cas comme dans l’autre, on fait financer par le "volontaire de la solidarité" les conséquences de la déréglementation ! Curieusement, mon premier "interlocuteur" y fait expressément référence.

    Eh bien, chers amis du Sud (?), si la solidarité du Nord est acquise à l’Afrique, elle n’est pas garantie (et je la refuse personnellement) pour servir l’ultralibéralisme et l’enrichissement d’une minorité qui est son corollaire.

    C’est pourquoi, si je suis un ardent défenseur du principe de solidarité (comme l’atteste mon appartenance à CSDPTT pour qui la Solidarité est toujours en majuscule) entre le Nord et le Sud, je demande néanmoins avant de soutenir réellement le FSN que ses responsables (une fondation de droit suisse) s’expliquent et s’engagent AVEC LA SOCIETE CIVILE (la vraie, et pas celle "soutenue" par quelque gouvernement africain) à le gérer de manière transparente et à définir clairement -AVEC SES PARTENAIRES DE LA SOCIETE CIVILE ENTRE AUTRES- le champ d’application. C’est ce que les représentants de la SC au SMSI -du Nord et du Sud- ont déclaré à Genève en septembre 2004.

    Nota : la formule très médiatisée du "un dollar volontaire par ordinateur acheté" pose au moins un problème : celui du volume collecté. Sachant que les besoins pour favoriser l’accès aux TIC pour les populations africaines sont du domaine des milliards de dollars, il faudrait au moins autant d’ordinateurs vendus ... et de volontaires pour donner.

    Ce qui devrait aussi inciter à une certaine prudence quant à ses effets.

    Je remercie mes deux interlocuteurs pour leur réaction

    Jean-Louis Fullsack

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