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| Burkina Faso : Contribution de l’ONATEL à la réflexion sur le processus de privatisation partielle après la phase infructueuse de recrutement d’un partenaire stratégique par appel d’offres
Juin 2004Nous avons pu nous procurer cet article qui nous apparait de toute première importance car il émane directement de la direction d’un opérateur. Nous ne souscrivons pas à toutes les positions exprimées mais il tranche cependant avec la pensée unique qui veut que les opérateurs africains n’auraient pas de salut en dehors de leur contrôle par des "partenaires stratégiques", qui ne sont autre que les multinationales. Quoiqu’il en soit, nous considérons comme extrèmement utile de le verser au débat sur les privatisations des télécommunications en Afrique. Et nous espérons bien sur que cet article entrainera de nombreuses réactions permettant d’enrichir la reflexion sur ce sujet. Pour rappel vous pouvez réagir à cet article comme à tous ceux du site directement en fin d’article. Sur le même sujet vous pouvez aussi voir la position du syndicat de l’ONATEL à l’adresse http://csdptt.org/article306.html TABLE DES MATIERES
1 Analyse globale de l’environnement du secteur des télécommunications 2 Analyse des privatisations avec partenaire stratégique 3 Analyse de solutions possibles
4 Proposition de l’ONATEL : ouverture du capital aux privés
5 Problématique du développement des télécommunications au Burkina Faso
Conclusion Introduction Rappel sur le processus de privatisation Face aux nombreuses mutations qui caractérisent le secteur mondial des télécommunications, le gouvernement du Burkina Faso a opéré une réforme marquée par l’adoption de la déclaration de politique sectorielle et d’adoption de la loi 51/98/AN du 4 décembre 1998 portant réforme du secteur des télécommunications. L’objectif de cette réforme est de promouvoir le développement des télécommunications au Burina Faso. La privatisation partielle de l’ONATEL, mesure d’accompagnement de la réforme a été décidée par l’adoption de la loi 58/98/AN du 16 décembre 1998 portant autorisation de privatisation de l’ONATEL. Cette privatisation vise les objectifs suivants :
Pour ce faire, la stratégie suivante a été adoptée par le Gouvernement en 3 étapes :
Le processus dont la fin était prévue pour l’année 2000 est aujourd’hui inachevé en 2004 avec l’étape infructueuse de recrutement de partenaire stratégique sur appel d’offres. En effet après avis à manifestation d’intérêt international sept (7) candidatures ont été enregistrées avec à la fin quatre (4) participants à l’étape de la Data Room. Après les tractations sur certains points du Dossier d’Appel d’Offres, la dernière étape retenue pour le dépôt et le dépouillement était le 7 juin 2004 où aucune offre n’a été enregistrée. Cette nouvelle situation amène à une réflexion approfondie sur la conduite à tenir aussi bien sur le cas spécifique de l’ouverture du capital que sur la stratégie de développement des télécommunications au Burkina Faso en général. Objet de la contribution de L’ONATEL La présente contribution a pour but d’éclairer le Gouvernement dans ses décisions et choix quant à la suite du processus de privatisation partielle et aux enjeux de développement des télécommunications au Burkina Faso, en partant du développement économique du pays en général. 1 Analyse globale de l’environnement du secteur des télécommunications Depuis exactement 1998, l’euphorie manifestée dans le secteur des télécommunications et généralement dans les valeurs technologiques s’est estompée
On comprend alors que la défection des candidats est plus liée à des problèmes internes que le profil de l’ONATEL. Mieux certaines exigences de modification du dossier d’appel d’offres trouvent aisément leur explication par le fait qu’il n’y avait que ces modifications qui pouvaient rendre l’opération attrayante. Dans tous les cas, les exemples de privatisation avec partenaires stratégique semblent ne plus être recommandables du fait de la situation peu reluisante que laisse ce schéma. 2 Analyse des privatisations avec partenaire stratégique Dans de nombreux pays qui ont fait l’expérience de la privatisation partielle avec le choix de partenaire stratégique, le constat suivant peut être fait :
Ainsi dans la sous région, on peut noter les cas suivants :
France Télécom s’est simplement appuyée sur les plans nationaux.
Au vu de touts ces expériences il convient d’analyser sereinement notre situation et d’opter pour une meilleure voie. 3 Analyse de solutions possibles Après l’étape infructueuse du choix d’un partenaire stratégique, nous nous proposons d’examiner le trois (3) options ci-dessous : 3.1 Reprise intégrale du processus Cette option consiste en la reprise intégrale du processus. Elle nécessitera :
Au vu des difficultés que connaissent les grands groupes susceptibles d’être partenaire stratégique, cette option ne cadre pas avec les ambitions du gouvernement ; car la nouvelle stratégie pour qu’elle soit attrayante, nécessite suffisamment de concessions par rapport à la stratégie en cours. 3.2 Recrutement de gré à gré d’un partenaire stratégique Cette option permet de recruter un partenaire stratégique sans la voie de l’appel d’offres. Il s’agit de négocier directement avec des opérateurs ciblés. Tout en offrant plus de chance de trouver un partenaire stratégique, cette option a l’inconvénient de mettre directement les opérateurs préalablement ciblés en position de force et le risque de voir un processus mené au gré de ceux-ci. Le Gouvernement devra donc se passer d’une stratégie à lui et suivre pratiquement les exigences des opérateurs candidats. On aboutit encore plus ou moins à une transaction favorable aux candidats et préjudiciable au pays. 3.3 Ouverture du capital à un partenaire stratégique Elle consiste en la poursuite des phases restantes du processus à savoir la libération des autres composantes de l’actionnariat : Offre Publique de Vente (OPV) et part du personnel. Dans le principe, le partenaire stratégique doit apporter l’expertise et les capitaux nécessaires au développement de l’entreprise. Or, il est de plus ne plus établi que le partenaire stratégique n’apporte plus l’expertise escomptée. Pour les capitaux le partenaire stratégique viendra les rechercher sur le marché financier local et sous-régional. Ainsi l’ONATEL qui regorge de compétences suffisantes pour assure sa performance peut tout aussi aisément s’adresser aux même marchés pour ses besoins en capitaux et pérenniser son développement. Du fait que les options avec partenaire stratégique n’apportent pratiquement rien au pays et que les difficultés créées sont plus complexes à résoudre (cas du Niger et de la Guinée notamment), cette option permet de se passer d’un partenaire stratégique. Conscient que le besoin fondamental de l’entreprise et du pays est celui du financement d’une part et de la flexibilité dans la gestion d’autre part, il s’agira pour le gouvernement de décider de la part définitive à céder au privé. L’Etat pourra céder soit 20% au public et 6% au personnel comme initialement prévu, soit augmenter le niveau de cette part à céder. Ce taux définitif pourrait se situer entre 30 et 35%. 4 Proposition de l’ONATEL : ouverture du capital aux privés 4.1 Le choix proposé : ouverture du capital au privé sans partenaire stratégique Parmi les trois (3) options analysées ci-dessus, l’ONATEL estime préférable d’opter pour la 3ème voie, à savoir :
4.2 Les raisons du choix Les raisons qui ont conduit à ce choix sont les suivantes :
4.3 Les stratégies financières En optant de poursuivre le processus de l’ouverture du capital aux privés, il y a lieu d’explorer des stratégies financières les plus appropriées. Les différentes stratégies financières sont : 4.3.1 Cas spécifique de l’actionnariat national Pour protéger l’actionnariat national, il peut être envisagé une définition nette de la part du privé national et faire recours aux établissements bancaires et établissement financiers nationaux. En outre, l’Etat pourra décider d’obtenir un actionnariat national dominant (encore appelé le noyau dur) conformément aux recommandations du forum de juin 1999. Au vu des capacités financières de nos établissements bancaires et de l’engouement que suscite l’entreprise, une telle option laisse apparaître des capacités potentielles de financement. 4.3.2 L’ouverture du capital aux privés sous-régionaux Il s’agit de cibler quelques entreprises installées dans la sous-région (UEMOA ou CEDEAO) ayant de très bonnes capacités financières et de leur proposer de prendre des participations dans la part du capital de l’ONATEL réservée au privé après déduction de la part des nationaux et de celle qui fera l’objet de la mise ne bourse. Cette phase devra intervenIr avant l’entrée en bourse de la société 4.3.3 L’introduction en bourse La partie à introduire en bourse représente le reliquat de l’ensemble de la part réservée aux privés déduite des parts des privés nationaux et sous-régionaux. Pour l’introduction en bourse, il convient de prendre les dispositions suivantes :
De manière générale, l’introduction en bourse offre les avantages suivants :
4.3.4 Les financements immédiats des projets de l’ONATEL Le budget 2004 a été conçu de manière particulière pour rattraper les retards accusés en 2002 et 2003 par rapport d’une part aux objectifs du plan stratégique et d’autre part pour tenir compte de la fin du monopole du fixe et de l’international en fin 2005. Ainsi les besoins en capitaux pour l’achèvement des grands projets ont été exprimés et leurs réalisations constituent la seule voie capable de maintenir la compétitivité de l’entreprise. C’est pourquoi il est urgent que parallèlement aux démarches pour l’ouverture du capital, la poursuite des investissements prescrits puisse se faire sans interruption au risque de mettre en péril toute la stratégie que l’on se propose d’élaborer. Dans ce sens, et en reconnaissant en toute objectivité les contraintes financières du pays, le Gouvernemental devait permettre l’exécution du plan d’investissement 2004 dans les exigences d’endettement nécessaires. 4.4 Les atouts de l’ONATEL L’ONATEL a des atouts certains qui peuvent le rendre compétitif et lui permettre de développer plus de performances par l’apport de capitaux et une flexibilité de gestion : 4.4.1 Le plan stratégique de l’ONATEL Au vu des tendances qui s’observaient dans le domaine des télécommunications depuis quelques années et la tendance à une économie globale sans frontière, l’ONATEL a anticipé en élaborant et en adoptant :
Ainsi, le développement de l’infrastructure nationale en matière de télécommunications est bien entamé, seuls les financements dont défaut en ce moment. En rappel, il avait été mentionné dans l’appel d’offres que le partenaire stratégique devait s’appuyer sur le plan stratégique et le plan d’équipement déjà en cours dans l’entreprise. 4.4.2 Les performances opérationnelles de l’entreprise En terme de performances opérationnelles, l’entreprise a les atouts suivants :
4.5 Les mesures d’accompagnement Les différentes mesures proposées visent à rendre les différentes options cohérentes et efficaces. Ainsi il s’agit : 4.5.1 Des dispositions juridiques et réglementaires La nouvelle situation recommande une relecture de la loi portant réforme du secteur et certaines dispositions inhérentes au contexte de l’entreprise de type nouveau : harmonisation de la réglementation générale des sociétés à capitaux publics avec les actes de l’OHADA. En effet, l’ouverture du capital de la société au privé a pour corollaire, le changement de son statut juridique. Si dans certains domaines, la nouvelle société bénéficie de flexibilités, dans d’autres, elle reste soumise à la réglementation des sociétés à capitaux publics car étant une société d’économie mixte à participation majoritaire de l’Etat. Il importe donc que certaines dérogations lui soient accordées, notamment en matière d’approvisionnement. En effet, la réglementation générale des achats publics applicable aux sociétés d’économie mixte impose une procédure assez lourde pour une entreprise évoluant dans un secteur concurrentiel ; 4.5.2 De la fin du monopole sur le fixe et l’international La concession du monopole de l’ONATEL sur le fixe et l’international devant s’expirer le décembre avait été octroyée en ayant à l’esprit que la privatisation partielle devrait être terminée en 2000 et que cette concession devrait avoir une durée de 5 ans. La privatisation partielle n’étant toujours pas effective, il convient de revoir cette disposition afin de rendre cohérente avec le reste de la stratégie. Autrement, il ne sera pas possible à l’entreprise de faire face à la concurrence. Le cas de la SOTELMA au Mali est assez illustratif : L’ouverture totale de tous les segments sans privatisation de l’opérateur historique a contribué à affaiblir dangereusement ce dernier qui n’arrive plus à résister à la concurrence. C’est donc une société nationale sérieusement diminuée aussi bien en capacités internes qu’en potentialités de croissance qui cherche ses marques dans un horizon de plus en plus sombre. Les questions sécuritaires devront être examinées avec les dispositions à prendre du fait de leur délicatesse. L’ouverture de manière générale ne permet plus un contrôle adéquat dans le domaine sécuritaire. Du reste, ce point nécessite que l’on s’y attarde dans une réflexion globale sur le développement des télécommunications. Il en sera de même des cahiers des charges, des statuts de la nouvelle société etc. Par conséquent, la question de la problématique du développement des télécommunications de manière générale mérite d’être abordée afin de trouver la meilleure voie pour le Burkina Faso. 5 Problématique du développement des télécommunications au Burkina Faso La phase infructueuse de recrutement d’un partenaire stratégique offre une occasion inédite au Burkina Faso de mener une réflexion urgente sur sa politique en matière de télécommunications notamment sur les points suivants : 5.1 Enjeux de l’ouverture du fixe et de l’international en janvier 2006 Avec la situation qui se présente, faut-il nécessairement ouvrir le fixe et l’international en fin 2005 ? Quels en sont les avantages et les inconvénients ? Doit-on différer l’ouverture et comment ? N’est-il pas nécessaire de bien approfondir les aspects sécuritaires pour le pays dans l’ouverture de l’international ? 5.2 Cas de l’ouverture du capital de l’ONATEL Quelle est la stratégie définitive d’ouverture du capital en termes de composition de l’actionnariat, du nouveau plan de développement de l’entreprise et des dispositions statutaires par rapport à la nouvelle société ? 5.3 La clarification des rôles des acteurs du secteur Dans le secteur actuel des télécommunications interviennent des acteurs dont les rôles ne sont pas toujours définis de manière claire. IL est indispensable qu’une fois pour toutes, des clarifications soient apportées sur le rôle de chacun afin d’envisager un développement plus serein du secteur Conclusion Au vu de la situation qui se présente, l’ONATEL estime qu’il serait nécessaire et pertinent de procéder à l’ouverture du capital en prenant toutes les dispositions utiles pour son succès en :
Compte tenu du retard accusé dans la privatisation partielle, et pour se conformer au schéma de la réforme du secteur, il est nécessaire de prolonger l’exclusivité sur le fixe et l’international dès maintenant et de la maintenir pour une durée de cinq (5) après l’ouverture du capital. En vue d’approfondir et d’élargir la réflexion sur les idées évoquées dans la présente contribution, il est suggéré l’organisation d’un atelier national restreint pour réfléchir sur la problématique du développement des télécommunications au Burkina Faso de façon globale. Comme évoqué plus haut, la faiblesse du tissu économique du pays place les télécommunications comme locomotive pour l’ensemble des divers compartiments de la vie nationale. Une politique souveraine, sereine et ambitieuse est donc nécessaire pour que le secteur joue le rôle combien stratégique qui est le sien. | |||||||||||||||||||||||||
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