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Africa ONE : la fin lamentable d’un scandale

par Jean Louis Fullsack

Ce projet porté par l’UIT dès 1994 avec pompe et déclarations publiques ronflantes, n’a pas soufflé ses dix bougies : il a été tout simplement déclaré « mort-né » par le Directeur du BDT de l’UIT à la veille du Sommet Mondial de la Société de l’Information à Genève en décembre 2003 et dans la plus grande discrétion !

Trop simplement, Monsieur le directeur !

Car c’est bien l’UIT (à l’instigation de son directeur du BDT de l’époque, Monsieur Laouyane) qui a engagé ce projet en le confiant « de gré à gré » à AT&T Submarine, contrevenant ainsi aux règles les plus élémentaires pour une opération portant sur un investissement de plus de deux milliards de dollars.

C’est toujours l’UIT qui s’est proclamé Coordinateur de ce Gigaprojet et y a racolé les Etats africains afin qu’ils se portent candidats pour un point d’atterrissement ou pour un « accès haut débit » sur cette future « Boucle circum-africaine » qui devait connecter le continent aux grands réseaux mondiaux. Trente cinq pays africains -y compris des pays enclavés- ont signé le Memorandum pour un tel accès au tarif de 15 millions de dollars. C’est enfin l’UIT qui a maintenu un silence total sur les difficultés rencontrées, notamment pour le montage financier de type « nouvelle économie », qui bloquaient tout passage à la réalisation.

Il a fallu un événement de hasard pour sortir l’UIT de ce silence inadmissible pour la communauté africaine, le silence des responsables politiques africains l’est tout autant. Ce hasard c’est l’entretien que le Directeur du BDT a bien voulu accorder à Michel Egger, coordonnateur des ONG suisses au SMSI. Parmi d’autres questions posées figurait celle sur la gestation douteuse d’Africa ONE et l’incertitude qui pèse sur son sort, conformément à ma proposition à Michel Egger.

J’avais en effet interpellé sur ce problème le Directeur du BDT lors de la Table ronde sur les Infrastructures et le financement au PrepCom-2 mais n’avais alors pas eu de réponse. La réponse fournie par le Directeur du BDT lors de cet entretien vaut d’être intégralement citée : « C’était avant mon arrivée, et vous comprendrez qu’il m’est difficile de m’exprimer sur ce sujet. Je n’ai pas à juger la politique de mon prédécesseur. Tout ce que je puis vous dire, c’est qu’effectivement les choses ne se sont pas passées comme elles auraient dû ... » (sic)

A la question de Michel Egger « Peut-on estimer que c’est un projet mort-né ? » le Directeur du BDT a répondu « On le peut » (voir page 117 de l’Annuaire suisse de politique de développement 2003).

Ces réponses sont aussi lamentables que la conduite du projet, et carrément choquantes venant du n° 3 de l’UIT car il met directement en cause son prédécesseur (pas très fraternel entre africains !) et exonère implicitement l’UIT. Mais alors on peut au moins se demander où sont passées les sommes versées par les pays signataires du Mémorandum ? Et quelles sommes l’UIT a dépensées en pure perte pendant des années en réunions de coordination d’un « non-projet », et en frais de personnel et de logistique, directs et indirects ? Les réponses à ces questions sont particulièrement intéressantes alors que l’UIT traverse la plus grave crise financière de son histoire et a dû sacrifier plus de 10% de son personnel dans des conditions inacceptables pour lui.

Non, Monsieur le directeur de l’UIT/BDT -c’est ainsi qu’est désignée votre Direction- vous n’avez servi ni la communauté africaine ni l’UIT, qui ne sort pas grandie de ce scandale que restera dans les mémoires Africa ONE.

Jean Louis Fullsack Ancien Coordonnateur de projets de l’UIT


 

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> Africa ONE : la fin lamentable d’un scandale

22 novembre 2004, par Jean-Louis Fullsack

Je n’aime pas répondre à un correspondant anonyme, mais je ferai une exception pour Africa ONE (AO).

Ainsi selon vous, AO ne serait ni plus ni moins qu’un projet parmi de nombreux autres qui ont échoué. Une fatalité ordinaire en somme. Cependant, voulez-vous me citer des projets de cette envergure qui ont été initiés, soutenus et portés par l’UIT ... et souscrits par 35 Etats africains, dont une bonne partie a payé cher sa "signature du MOU" ? Bien sûr il y a eu des projets sous-marins en quantités (transatlantiques nord et sud, transpacifiques), mais c’était "sous la bulle des télécoms" et ils n’ont pas dépassé le stade publicitaire des sociétés, parce qu’ils étaient triplement voire davantage redondants avec les câbles existants et de même technologie. Mais pour l’Afrique, AO était le projet unique. Votre argument ne peut donc s’appliquer.

Une deuxième raison de son échec, toujours selon vous, seraient "les lourdeurs de gestion liées à des systèmes supraétatiques". Mais si vous connaissez ce projet, vous devez savoir que c’est précisément un projet entièrement privé et en plus sous la houlette d’un contractant/constructeur unique. AO devait être précisément la démonstration de "la nouvelle économie" triomphante ! Cet argument tombe donc à son tour. (Sans publicité pour Alcatel, je vous ferai remarquer que son projet sous-marin SAT-3 est aussi supraétatique, et cependant il a relié Lisbonne et la côte atlantique de l’Afrique jusqu’au Cap en moins de quatre ans depuis sa conception jusqu’à sa mise en exploitation)

Vous recommandez la prudence dans "nos" propos car vous ne vous souvenez pas pas avoir entendu de contradicteurs entre 1995 et 1999. J’ignore quel était alors votre poste d’observation. Mais pour ce qui me concerne, c’est une période où je collaborais encore épisodiquement avec l’UIT et je peux vous assurer, témoin à l’appui, que j’ai soulevé les problèmes de conception (topologie, architecture, sécurisation, équipement, exploitation ... et coûts) jusqu’au Chef de la Division Afrique, le directeur du BDT de l’époque ne souhaitant pas s’entretir de "son" projet avec moi. Il est vrai que ni les "Nouvelles de l’UIT" ni la presse spécialisée n’en ont parlé ; pour cause pour cette dernière car je m’en suis tenu à mon code de déontologie.

Le projet AO prouve au moins une chose : pour être viable et adéquat, un projet doit être nourri par des ingénieurs ayant un acquis professionnel prouvé et une expérience avérée par leur passé dans les réseaux, et qui partagent avec passion leur savoir-faire.

En outre, un projet aussi vital pour l’Afrique n’est pas un dogme, ni une "affaire à saisir" au gré du marché, ni un faire-valoir pour quelques hauts fonctionnaires internationaux ou leurs affidés, hélas, africains.

La fin lamentable d’Africa ONE montre hélas aussi qu’on peut être haut fonctionnaire à l’UIT et ne pas se sentir responsable. La responsabilité est aussi une vertu d’ingénieur porteur de projet. J’ai assumé la mienne tout au long de mes fonctions occupées dans cette maison autrefois respectable et j’en reste fier.

Et je n’ai pas évoqué le scandale choquant qu’est Africa ONE sur le plan financier.

Jean-Louis Fullsack

> Africa ONE : la fin lamentable d’un scandale

18 novembre 2004

Ce projet Africa One était régulièrement évoqué, pour ce dont j’ai été témoin, dans les années 1995 à 1999 ; tout au moins sur cette période, il n’y avait pas de critique forte sur ce projet, mais plutôt une forme de consensus mou. C’était aussi l’époque de nombreux projets satellitaires, avec des grappes de satellites en orbite basse.Le mobile GSM n’avait pas encore démarré en 1995 en Afrique de l’Ouest et les premiers raccordements Internet des pays se faisaient avec des liens 64 kbit/secondes tarifés à quelques dizaine de milliers de francs par mois. Ce projet n’est peut-être pas à dissocier de très nombreux projets d’infrastructures de télécommunications eux aussi en échec. C’est peut-être la loi du genre. Alors s’y ajoutent certainement des lourdeurs de gestion liées à des systèmes supraétatiques qui apparemment ne sont pas bien positionnés pour réaliser des projets concrets. A qui faut-il attribuer les échecs ? Echec il y a eu, c’est bien certain, mais ce n’est pas le premier et ce ne sera pas le dernier. A mon sens, il faut être prudent dans nos propos, car au moins sur l’époque 1995 à 1999, je ne me souviens pas avoir entendu de contradicteurs sur ce projet qui aient pu développer quelque chose de vraiment argumenté. Des doutes, et sur tous les projets, j’en ai constaté. Et ce que je note également, c’est quand il y a eu des succès, ils ont été encore plus ignorés, non prévus.

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