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Historique de la téléphonie rurale au Burkina Faso

de Mousbila Sankara

Cet article est la première partie d’un panomara historique des télécommunications rurales au Burkina Faso dont nous publierons la suite prochainement. M. Mousbila Sankara, retraité de l’ONATEL est le Président de l’association burkinabé SODEPTEL-BF (Solidarité développement dans les postes et télécommunications au Burkina Faso), notre partenaire privilégié pour les projets de téléphonie rurale dans ce pays. La rencontre avec cette association, qui nous a un peu bousculés et avec qui les relations sont de plus en plus chaleureuses nous permet par ailleurs d’envisager des projets plus ambitieux dont nous vous tiendrons au courant.


De la colonisation aux premières années de l’Indépendance

Construites pour les besoins de l’administration coloniale, le réseau des postes et télécommunications en Afrique de l’Ouest était axé sur les centres de commandement administratifs. Aussi en fonction des voies de communications, des liaisons téléphoniques ou postales étaient réalisées entre les chefs-lieux d’entités administratives (capitales de territoires, chefs - lieux de cercle) aux moyens de jonctions filaires, radios ou postales.

Sans être de très grande qualité, la téléphonie, qu’elle soit radio ou filaire, était le moyen le plus sûr pour établir les contacts entre l’administration et ses démembrements sur l’étendu du territoire national ou régional du domaine coloniale.

Après donc les indépendances (à partir de 1960), certaines réorganisations furent entreprises dans le domaine en raison des facteurs économiques, politiques et techniques. La réorganisation des structures administratives et surtout la mise en place des collectivités locales ou rurales nécessiteront des liaisons téléphoniques et postales rurales dont la réalisation et la gestion furent confiées en partie aux conseils de collectivités mis en place.

Outre les liaisons bifilaires en cuivre il y avait quelques unes unifilaires en fil de fer avec retour par la terre. Si l’entretien et la construction de ces liaisons étaient en partie à la charge des collectivités de chaque localité, l’exploitation était assurée par l’administration des PTT avec des avantages d’ordre financier au profit des localités concernées.

En effet, la taxation d’une communication n’intervenait que lorsque celle-ci sortait du centre de rattachement. Pour les communications locales, un montant forfaitaire était fixé pour tout abonné comme c’était le cas des frais d’entretien.

Les abonnés rattachés aux centres dont les liaisons d’avec les centres urbains sont qualifiées de liaisons d’intérêt local étaient généralement les quelques privilégiés des subdivisions et des postes administratifs.

Les commutateurs (de très faible capacité) étaient généralement des tableaux du type batterie locale (BL) ou batterie centrale (BC).

Les liaisons interurbaines étaient, elles réalisées au moyen de fils de cuivre ou en fils de fer. Dans certaines régions, c’est le système radio qui était utilisé.

Pour l’entretien des liaisons d’intérêt local, ce sont les postes et télécommunications qui assuraient la maintenance des tableaux et des postes téléphoniques alors que la collectivité à travers un agent appelé surveillant assurait l’entretien de la ligne et servait également de standardiste ; d’où leur appellation « surveillants de collectivité ».

Dès que les postes et télécommunications dans le développement de leurs réseaux reprenaient la liaison, les statuts la ligne et celui de l’agent changeaient. Les abonnés étaientrattachésaunouveau réseau et l’agent était généralement reversé dans le corps des surveillants des lignes PTT (postes, télégraphe, téléphone).

Avec l’arrivée (le plus souvent) d’un opérateur chargé de l’exploitation de la liaison, la gratuité des communications locales était supprimée. L’agent PTT, formé pour gérer les différents types de communications établissait alors les tickets en fonction du temps et des zones. On comptait en 1965 cinq (5) ans donc après les indépendances plus de douze (12) « lignes d’intérêt local » réparties dans six (6) centres et auxquelles étaient raccordés plus de trente (30) abonnés. Par exemple, nous avions entre autres les centres de :
-  Koudougou où étaient rattachés Didir, Réo, Nanoro, Kindi, Sabou, Kokologho, Fara et Tenado.
-  Tougan où on avait Gassan et Toma.
-  Fada où étaient rattachés Diabo, Pama, Matiakoali, et Bogandé
-  Ouahigouya où était rattaché Thiou
-  Léo où étaient rattachés Boura, et Ouessa
-  Tenkodogo où étaient rattachés Ouargaye et Komyenga

Généralement, les appuis étaient en bois, localement coupés dans les environs et plantés non traités. D’où les difficultés majeures qui surgirent pour le développement et la maintenance de telles liaisons.
-  a) Les feux de brousse brûlaient les appuis.
-  b) La désertification rendait rares les arbres sur lesquels on prélevait les poteaux.
-  c) Plus tard, les fils qui traînaient par terre parce que les appuis étaient détruits et n’étaient pas remplacés furent la cible de coupeurs de fils et autres prédateurs. La limite objective de ce type de liaison fut alors vite atteint.

Les PTT se transforment en Offices

A partir de 1969, la transformation des PTT en office allait permettre un essor significatif qui permit de reprendre la plupart des liaisons classées « intérêts locaux » dans des projets de développement. On refit alors les lignes généralement en cuivre avec des poteaux métalliques. L’exploitation changea naturellement avec l’installation de bureaux de poste. La notion de poste automobile rurale (PAR) fut alors introduite.

De 1969 à1985, l’expérience de la téléphonie rurale fut jumelée à celle de la P.A.R. (poste automobile rurale) Si les lignes téléphoniques sur appui furent remplacées par des systèmes radio du type IRT, le courrier postal quitta pour la plupart des destinations intérieures, les transporteurs classiques pour être acheminé par des camionnettes affrétées par l’OPT ; d’où leur appellation de poste automobile rurale. L’OPT fut alors à partir de ce moment, maître d’œuvre de l’acheminement de son courrier.

La qualité de service fut nettement améliorée, mais les frais de fonctionnement grevèrent sérieusement le budget de l’OPT qui ne fut pas en mesure, comme les PTT en Suisse, d’associer le transport de personnel à celui du courrier. Cependant l’OPT tint bon et cherchait même à aller plus loin vers le milieu rural, avec le concours des populations.

Celles - ci s’organisèrent en effet, et recrutèrent des facteurs appelés « facteurs ruraux » qui, à bicyclette, continuaient l’œuvre des camionnettes jusqu’aux destinataires des correspondances dans les villages les plus reculés. C’est pour appuyer ces facteurs d’un autre genre que la CSD/PTT France avait envoyé des vélos à l’administration des postes.

Malgré la nécessité et l’engouement des populations concernées, la téléphonie rurale atteint rapidement les limites surtout dans son développement, puisque elle dépendit désormais exclusivement du programme de développement de l’OPT. En effet, il ne fut plus possible aux habitants d’une localité (fussent elles intéressées) de rassembler des poteaux, d’acheter du fils et être disponible en main d’œuvre pour obtenir leur rattachement au réseau téléphonique le plus proche. Ce type de liaison ne pouvant plus être réalisé dans le réseau OPT pour raison de choix technique opéré par l’opérateur national. Cette option fut du reste guidée par l’avancée technologique qui impliquait maintenant l’utilisation des techniques nouvelles dans les sources d’énergie.

Si dans les années 60 à 70 la source d’énergie en campagne était la pile sèche pour les téléphonies, à partir de 1970 l’énergie solaire et les groupes électrogènes entraient en jeu et ces deux (2) types d’énergie étaient hors de portée des populations rurales.

La qualité des communications fut notamment améliorée, mais l’accessibilité dans le milieu rural fut réduite en raison de la faible couverture.

Et maintenant, comment répondre aux besoins ?

Ce n’est qu’après le 3ème projet télécoms qu’une couverture de petites localités fut entreprise et, à partir de ces points, une grande partie de la population rurale a pu avoir accès au téléphone. Cependant, malgré cette percée, la majorité des villages du Burkina reste enclavée téléphoniquement et parler de téléphone dans certaines localités reste toujours du domaine du rêve. C’est pourquoi, l’expérience de la téléphonie rurale que la CSD/PTT France a tentée et réussie dans cinq villages du Burkina Faso est aujourd’hui l’objet d’un intérêt certain.

Les localités de Biba, Nimina, Koin, Yaba et Sérékéni ont depuis bénéficié d’un système de liaison téléphonique radio réalisé à l’aide de matériel radio récupéré sur les installations françaises.

Le matériel radio a été récupéré et envoyé gratuitement au Burkina par les adhérents de la coopérative, solidarité développement de France.

L’office national des télécommunications du Burkina ONATEL a payé le transport France - Burkina, fourni l’énergie et assure l’installation et l’entretien des liaisons qui sont exploitées comme des cabines téléphoniques communautaires.

Les adhérents de la SODEPTEL - Burkina assurent les études de réalisation sur les sites et coordonnent les opérations avant, pendant et après l’installation.

Les communautés villageoises assurent l’exploitation des liaisons et la sécurité des équipements. Ce sont elles aussi qui réalisent les abris.

Après quatre (4) années de fonctionnement, nous avons constaté que le système est fiable et peut être développer au bénéfice d’autres villages. A cet effet, selon une étude menée par la SODEPTEL, plus de deux mille (2000) localités attendent cette expérience et au moins deux cent (200) demandes ont été reçues avec au moins dix (10) qui ont déjà réalisé des abris.

Les CSD/PTT et la SODEPTEL sont en pourparler avec l’opérateur national pour un projet de convention devant permettre une collaboration plus dynamique et dans un cadre régulier.

En attendant, l’activité se poursuit sur les anciennes bases et nous souhaitons obtenir des donateurs éventuels des appuis dans le domaine de la prise en charge de fourniture d’énergie et le coût des études préalables aux installations.

Nous nous adressons donc à tous les acteurs de la coopération pour le développement, qui agissent dans le milieu rural en Afrique.

En effet, bien que des actions soient programmées par des acteurs du développement dans nos villages, dans le sens d’améliorer le sort et l’existence de nos populations, le domaine des liaisons téléphoniques est toujours laissé de côté. Nous souhaitons maintenant la prise en compte du facteur télécommunication dans tous les projets et nous nous mettons à la disposition de tous les acteurs pour :
-  a) apporter notre contribution
-  b) compléter si nécessaire les informations relatives
-  c) obtenir des soutiens
-  d) Partager les expériences d’autres régions ou systèmes.

Mousbila Sankara

Président de SODEPTEL-BF (Solidarité Développement dans les postes et télécommunications au Burkina Faso)

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> Historique de la téléphonie rurale au Burkina Faso

27 novembre 2004, par Mousbila Sankara

Monsieur DABIRE,

Je pense que d’ici la fin de vos travaux de mémoire vous découvrirez que malgré quelques apparences, l’idée de la communauté n’est pas un rêve dans le milieu rural ; même si celle-ci n’est plus tout à fait ce qu’elle était du temps de nos aïeux ;

En effet, il vous sera facile de constater que la plupart des activités majeures (travaux champêtres, mariage, baptême, constructions d’abris etc...) est organisé en communauté.

L’activité individuelle en milieu rurale est du domaine de l’artisanat ou du commerce dans une certaine mesure. Il ne faudra pas confondre l’absence de moyens ou d’occasions pour pratiquer une activité ou manifester un sentiment, à l’inexistence du potentiel relatif à l’activité ou à un manque d’envie ou de volonté.

Les télécentres communautaires, je peux vous garantir ont de beaux jours devant eux.

Je vous donnerai pour vous en convaincre quelques repères.

Malgré l’avancée technologique en matière de télécoms, aucun projet ne pourra couvrir entièrement le territoire national de façon à rendre inutile ces télécentres communautaires ; cela relève de plusieurs facteurs dont les principaux sont :
-  La configuration des réseaux, le relief des zones et des localités ;
-  La qualité des signaux selon la distance et les orientations des antennes (car pour l’instant le satellite n’est pas encore utilisé au plan national dans les télécoms) ;
-  Et (c’est à mon sens le plus important) le coût du portable et la permanence de son alimentation dans le milieu rural.

Le type d’exploitation d’offrent les télécentres communautaires permet de gérer la communication comme dans tout télécentre (avec chrono ou renvoi de taxe) et garantie la transparence dans la gestion.

Du reste, à Ouaga où tous les opérateurs du mobile coexistent, on ne peut pas se passer des télécentres donc le parc ne cesse de croître ; faites un tour à l’onatel qui pourra vous donner les détails : c’est impressionnant ! Les télécentres communautaires sont destinés à l’usage public, leur importance ou alors leur rentabilité en zone rurale s’évalue en tenant compte du besoin exprimé par la population et l’intérêt qu’il va susciter dans le village et ses environs.

Quant à la perspective très optimiste que vous évoquez pour notre milieu rurale (où la majorité de la population posséderait le téléphone portable), je ne vois pas cela pour demain ; car même si les opérateurs du mobile venaient à réaliser cette couverture du pays, il y’aura toujours le handicap financier qui ne permettra pas à tout le monde d’avoir son « cellulaire ».

Mousbila SANKARA Pdt sodeptel-BF (Solidarité développement dans les postes et télécommunications).

> Historique de la téléphonie rurale au Burkina Faso

20 novembre 2004, par Dabiré Der Stéphane

La lecture de cet article a été d’un grand intérêt pour moi qui conduit présentement un mémoire de maîtrise en sociologie sur les faits de communication en milieu rural dans la province du Kénédougou. Cet article me permet de comprendre pourquoi cette zone connait un développement difficile en matière de télécommunication.par ce que restée enclaver jusqu’à une date recente. cependant’ une question sur les enjeux d’une extension de tel projet à l’ensemble du monde rural Burkinabè face à la percée et vulgarisation des téléphones portables dont les réseaux couvrent la quasi-totalité du pays mérite d’être éclaircie à l’avenir. En quoi serviraient vos cabines téléphoniques communautaires dans mon village où la majorité de la population possède le portable et où l’idée de la communauté n’est qu’un rêve ?

Voir sur le site Histiorique de la téléphonie rurale au Burkina faso

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