![]() | "Promouvoir les échanges et l'entraide entre les peuples en apportant un soutien aux actions de développement dans le domaine de la poste et des télécoms" | | Rechercher sur le site |
| Actualités · Documents · Projets · La Lettre de CSDPTT · Forum · Nous écrire | |||
| |||||||||||||||||||||||||
| NEPAD/NOPADA : Le Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique : nouvelle politique ou nouvelle plaisanterie pour divertir l’Afrique ?
Djilali Benamrane, économiste1 Sommaire :
B. PRIORITES SECTORIELLES
Le contexte historique :
2. Cette accélération soudaine des évènements semble découler d’une dynamique instaurée par la Déclaration du Millénaire, adoptée avec faste en septembre 2000 par l’Assemblée Générale de l’Organisation des Nations Unies, rencontre historique, considérée comme le plus grand show jamais organisé, en présence des représentants de 191 pays dont 147 chefs d’Etat et de Gouvernement. Les recommandations pour une réponse spécifique aux besoins spéciaux de l’Afrique y sont développées au même titre que les nécessités de renforcer l’ONU, de répondre aux impératifs de la paix, de la sécurité, du désarmement, des droits de l’homme, de la démocratie et de la bonne gouvernance ou de prendre en considération les exigences du développement et de l’élimination de la pauvreté ou celles de la protection de la paix, de l’environnement et des groupes vulnérables. 3. Très rapidement, l’Afrique va réagir à ces recommandations onusiennes, se payant le luxe de présenter officiellement une multitude d’initiatives alternatives et/ou intégratives. En février 2001, à Davos en Suisse où se tient en général et annuellement la conférence mondiale informelle des grands décideurs de ce monde, puis à Gênes en Italie en juillet 2001, où eut lieu la rencontre périodique des dirigeants du Groupe des huit pays les plus industrialisés (G8), puis à New York aux Etats Unis d’Amériques en septembre 2001, lors de l’Assemblée générale des Nations Unies, réunie en session extraordinaire sur l’Afrique, et enfin plus récemment en mars 2002, à Monterrey au Mexique lors de la Conférence mondiale sur le financement du développement. 4. La première de ces initiatives, dite ’’Plan OMEGA’’ fut inspirée par le Président Wade du Sénégal. La seconde dite ’’Plan Africain pour le Millénaire’’ ou ’’Programme de Redressement Africain - PRA -’’ ou ’’Millenium African Plan - MAP -’’, fut inspirée par les Présidents Bouteflika d’Algérie, Mbeki d’Afrique du Sud et Obasanjo du Nigeria. Une troisième initiative a été l’œuvre de la Communauté Economique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA) et a circulé discrètement en juillet 2001, sous l’intitulé ’’Compact pour l’Afrique’’. Il est vrai que le camouflet reçu par la CEA, à la fin des années 1980, pour son document ’’Cadre Africain de référence pour les Programmes d’ajustement structurels en vue du redressement et de la transformation socioéconomiques ’’, amendé en ’’Solution alternative de réponse aux Programmes d’Ajustement Structurel ’’ (CARPAS/SARPAS), incite les rares détenteurs d’idées et de courage à la plus grande prudence. Pourtant, la CEA ne faisait que proposer une autre vision pour l’Afrique que celle imposée par les Institutions de Bretton Woods, à l’exemple de la réflexion et des propositions développées au même moment par l’UNICEF dans son document plaidant pour des programmes d’ajustement structurels à visage humain. Encore qu’à la décharge des initiatives sans lendemain de la CEA, qui aujourd’hui se souvient du Programme Prioritaire de Redressement Economique de l’Afrique 1986-1990 (PPREA), adopté par l’OUA en 1985 ou de son frère jumeau le Programme d’Action des Nations Unies pour le Redressement Economique et le Développement de l’Afrique 1986-1990 (PANUREDA), adopté par l’Assemblée générale des Nations Unies. 5. Une quatrième initiative a été
sponsorisée par cinq chefs d’Etat : Afrique du Sud, Algérie,
Egypte, Nigeria et Sénégal et adoptée par le Sommet
de l’OUA en juillet 2001, sous l’appellation ’’Nouvelle Initiative Africaine
6. Pour la mise en œuvre et le suivi du NEPAD, il a été décidé de renforcer l’équipe des cinq chefs d’état initiateurs, promus comme coordonnateurs de programmes thématiques (Afrique du Sud : gouvernance politique, paix, sécurité et démocratie, Algérie : développement humain, Egypte : accès aux marchés et diversification de la production, Nigeria : gouvernance économique et flux de capitaux et Sénégal : infrastructures, environnement, NTICs et énergie), par deux chefs d’état représentant chacune des cinq sous régions du continent. Ainsi, le Comité de mise en œuvre se compose-t-il désormais de quinze chefs d’état. Ce Comité est appuyé par un Comité de pilotage (Steering Committee), composé à l’exemple des sherpas du G8, des représentants personnels des chefs d’Etat et de gouvernement, membres du Comité de mise en œuvre et des représentants des institutions économiques et financières africaines. Le Comité de pilotage est en charge d’appuyer les programmes pour la formulation de projets, à vocation sous régionale ou continentale, éligibles au financement par l’intermédiaire du dispositif du NEPAD. En plus du Comité de pilotage, un secrétariat permanent est mis en place à Pretoria en Afrique du Sud (cf. site Web : http://www.nepad.org ). 7. La Conférence du secteur privé africain de même que celle sur le financement du NEPAD, toutes deux organisées à Dakar, respectivement en janvier et avril 2002, témoignent de l’intérêt porté par le secteur privé et par le Sénégal, les dirigeants de ce pays s’investissant tant et plus pour s’impliquer et se mettre en position de jouer un rôle de leader dans le processus, toutes initiatives et tous secteurs d’activités confondus. En effet, vraisemblablement par carence des autres, le Sénégal se distingue par une boulimie d’initiatives avec une attente fondée de recueillir des dividendes conséquents, notamment en se situant en des secteurs stratégiques comme ceux de la mobilisation et de l’allocation des ressources mobilisables dans le sillage de la mise en œuvre du NEPAD. A cet effet, lors des rencontres et débats dakarois, il a été proposé la création d’un Fonds Continental du Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (FCN)2 . Comme toute institution intergouvernementale qui se respecte, le dit fonds serait doté de la pleine personnalité juridique internationale et des garanties y relatives. Il serait doté de capacités requises pour recruter les ressources humaines, acquérir des biens meubles et immeubles nécessaires à son fonctionnement, ester en justice, intervenir sur les marchés financiers pour mobiliser des fonds ou placer des ressources, d’emprunter, recueillir des fonds, de tirer des revenus de ses ressources disponibles, ou réaliser des dons ou des prêts et accorder des subventions. Pourvu de prérogatives des plus larges, il a compétence pour participer ou pour assurer le financement des projets continentaux ou trans-régionaux correspondant aux objectifs fixés par le NEPAD et à cette fin, il est apte à lever les fonds lui permettant d’assurer le financement de ces différents projets. Il détermine les conditions dans lesquelles des projets sont éligibles aux crédits dont il dispose. Il coordonne les activités de fonds sous-régionaux à mettre en place avec la même structure et les mêmes compétences au niveau des espaces sous-régionaux africains. Nulle part il n’est question du double emploi que peuvent constituer de telles institutions « népadiennes » au regard d’institutions similaires en fonctionnement (BAD et banques de développement sous-régionales type BOAD) ou à créer dans le cadre des institutions de la toute récente Union Africaine. 8. Se retrouvera qui pourra dans cette jungle d’appellations, d’acronymes, de surenchères de propositions de structures, d’institutions, d’acronymes et d’équipes sponsors ! Combien d’intellectuels, de décideurs, de parlementaires, de leaders de la société civile, de femmes et d’hommes de l’information et de la communication, de responsables africains, peuvent de vanter d’avoir eu connaissance et/ou de disposer de la maîtrise de cette demi douzaine de documents d’importance, publiés en l’espace de quelques mois à peine ! 9. Comprendra qui voudra cette pratique consistant à réunir en Afrique, mais souvent aussi en dehors, les conférences mondiales sensées s’apitoyer sur la souffrance de ce continent et en proposer des solutions. Les rencontres préparatoires et/ou de validation sous-régionales et régionales, tant qu’elles restent ciblées principalement sur les experts et techniciens ne suffisent pas pour justifier une supposée préoccupation de donner au processus un vernis de participation et encore moins d’implication populaire réelle ! Ne reste plus qu’à s’interroger sur la finalité réelle du NEPAD et se demander s’il ne s’agirait pas d’une supercherie monumentale, conçue hors d’Afrique et destinée à saborder le processus en cours de mise en place des institutions de l’Union Africaine (UA) appelée à remplacer celles de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) ? L’état des lieux :
11. Le continent africain, malgré le pillage dont il continue à faire l’objet sans discontinuité depuis des siècles, constitue encore, pour son malheur, une source significative de matières premières4 et de main d’œuvre à bon marché dont l’exploitation incontrôlée et abusive contribue à la formation de la richesse et des profits drainés et accaparés par le Nord. Le potentiel de ses ressources environnementales et écologiques en fait un patrimoine public mondial, de même que ses sites paléontologiques et archéologiques et la diversité des pratiques sociales en font un patrimoine culturel universel. 12. A relever que si le NEPAD a innové en rappelant à juste titre les potentiels de ressources environnementales, écologiques, paléontologiques, archéologiques et culturelles du continent, potentiels dignes de figurer comme composantes du patrimoine mondial, il est beaucoup moins explicites que les documents qui l’ont précédé et qui décrivent mieux le potentiel des ressources naturelles et minérales, appelées, il est vrai à être exploitées pour l’exportation, par des compagnies transnationales (cf. en annexe l’analyse comparative PAL/NEPAD). 13. Des décades après sa décolonisation, loin de combler le fossé qui le sépare de l’opulente et grandissante prospérité du monde nanti du Nord, le continent africain continue de sombrer dans les profondeurs de la pauvreté, de la misère et de la désespérance. Au fil des années, les perspectives de rattrapage entre le Nord et le Sud s’éloignent. Les engagements souscrits et périodiquement réitérés devant la communauté internationale, lors des nombreux et coûteux sommets mondiaux, visant l’octroi de 0.7% du PIB des pays riches, sous forme d’aide au pays en développement, n’ont jamais été honorés par l’écrasante majorité des pays concernés puisque aucun mécanisme d’évaluation, de suivi et de sanction n’a été et ne sera convenu pour sanctionner les manquements aux engagements souscrits. De même aussi, les engagements particuliers miroités tous les dix ans aux yeux des responsables crédules des pays les moins avancés (PMA) et qui n’ont jamais été tenus, sans donner lieu à la moindre explication sur l’irrespect des engagements et le mépris à l’égard des populations en danger de port pour malnutrition, misère et maladies5. De même encore, les engagements souscrits pour soulager le poids de la dette, unanimement considérée comme insupportable et injuste, surtout dans les pays les plus pauvres et appliquée au compte gouttes et sur la base de conditionnalités révoltantes. D’ailleurs, pour les bien pensants, aujourd’hui le concept d’aide est jugé inadéquat, rétrograde et inopérant. Le slogan ’’Trade and not aid’’ fait du commerce, du business et des affaires, le seul instrument efficace de la coopération internationale pour le progrès et le développement du monde. 14. Tous les objectifs de croissance économique, de développement social et de protection des populations pauvres vivant des situations intolérables de vulnérabilité et de précarité, convenus après d’âpres débats en conférences internationales, restent des vieux pieux, des références vite effacées de la mémoire et honte à ceux qui oseraient en faire état. Au demeurant, pour mettre fin aux lamentations de l’insignifiante intelligentsia du Sud, excédée par des promesses illusoires, le dernier Sommet mondial de Monterrey au Mexique sur le financement du développement a innové en gommant purement et simplement toutes références à des indicateurs quantifiés ; les engagements moraux et qualitatifs devraient suffire, nul besoin de chicaner sur des objectifs, sur des délais, sur des chiffres et sur des pourcentages, alors que les choses changent si souvent et si vite ! 15. Les chefs d’Etat et de gouvernement qui ont représenté
en juin 2002, le Continent au Sommet des G8 de Kananaskis au Canada auraient
décidé d’y aller sans requête d’aide particulière.
A croire que le NEPAD s’inscrirait désormais dans une logique de
dialogue philosophique ou poétique entre partenaires recherchant
confort et convivialité et non dans un esprit de négociation
serrée pour relever des défis, stopper l’approfondissement
du fossé qui continue à se creuser entre le Nord riche et
le Sud pauvre et corriger des situations d’injustice flagrante qui risque
d’entraver le processus d’une globalisation plus équitable et la
construction du village planétaire où il ferait bon vivre
pour l’ensemble des êtres humains.
17. A titre d’exemple, la fracture numérique, pour puiser une illustration récente dans la nouvelle économie et dans les nouvelles technologies de l’information et de la communication, ne déroge pas à ce un pour cent puisqu’un récent rapport du PNUD fait état d’une population de l’ordre de 0.1 % d’internautes se trouveraient en Afrique subsaharienne où vivent pourtant quelques 10 % de la population mondiale ! le seuil de 1/20 de mesure du fossé durant les années 60 dépasse dans beaucoup de domaines celui des 1/100 comme l’atteste la situation du fossé numérique6. Il est vrai que dans le secteur d’activités des NTICs, comme dans les autres, la situation est loin d’être homogène entre les différents pays africains pour prendre l’exemple d’un des pays les plus performants en la matière, l’Ile Maurice7 est l’un de pays africains le mieux doté en infrastructures téléphoniques,19 lignes téléphoniques pour 100 habitants, déjà en fin 2000 il ambitionnait un taux de taux de connexion de 25% et un délai de réponse à une demande d’installation de lignes à moins d’une semaine. La téléphonie cellulaire est en pleine croissance et vise les niveaux prévalant en Europe. Ce pays est membre du projet SAFE (South Africa Far East cable Network) qui gère un câble de fibre optique entre la Malaisie et l’Afrique du Sud via l’Ile Maurice et la Réunion avec une bande passante qui permet l’accès au réseau mondial à très haut débit, 10 gigabits par seconde. Ce pays est aussi partie prenante à un autre projet de pause d’un réseau câblé sous-marin de haute capacité reliant le Pacifique, l’Asie du Sud Est, le Moyen Orient et l’Europe, un réseau de 38.000 Km permettant l’interconnexion dans une zone de plus de 3 milliards d’habitants pour un investissement estimé à 1,5 milliards de dollars. La situation de l’île Maurice n’a rien à voir avec celle d’un pays comme le Niger qui vit encore une situation de début du 20ème siècle avec, en ce début du 21ème siècle une connexion téléphonique pour 500 habitants, disponibles dans les seuls grands centres urbains, avec sa vingtaine de milliers de lignes téléphoniques pour un pays de dix millions d’habitants il est normal qu’il ne soit pas attractif pour des opérateurs de réseaux à très haut débit. 18. Faut-il rappeler qu’indépendamment de la situation d’hétérogénéité qui prévaut, la communauté internationale y va de ses engagements répétés de ne ménager aucun effort pour combler le fossé numérique qui prend la dynamique d’une faille géologique. 19. Pour être politiquement correct , du côté de l’axe du bien, dans la mouvance de la pensée unique et de la globalisation, il est de bon ton de situer la culpabilité des responsables d’une telle situation au niveau de la mauvaise gouvernance des gouvernements africains qui se sont succédés depuis les indépendances et rejeter toutes références à l’histoire de la traite, à celle de l’impérialisme, du colonialisme ou de la guerre froide, comme facteurs historiques explicatifs du retard accusé par le continent. 20. Aujourd’hui, l’Afrique fait pitié. Elle accuse dans la presque totalité des domaines, plus de retard et de recul que jamais et la situation ne cesse d’empirer quelques soient les transformations et réformes répétitives. Elle constitue un terrain d’expérimentation et d’amusement où se défoulent des stratèges diaboliques, des experts forts du pouvoir de leurs mandants mais sans responsabilité, ni idées ni vision. Les programmes d’ajustement des années 80 et 90, imposés à l’Afrique par la toute puissance des Institutions de Bretton Woods, ont efficacement effacé les progrès accumulés difficilement durant les années 60 et 70, années de balbutiement de l’exercice de la souveraineté et de l’expérimentation de pratiques de la planification. Pour des raisons exclusivement idéologiques, au nom de l’ultra libéralisme et des impératifs de soumission suicidaire aux lois du marché, de productivisme, de rentabilité financière et autres raisons biaisées d’équilibres macroéconomiques, l’économie publique a été sa tannisée et anéantie dans la précipitation, sans que les initiatives privées n’aient été préalablement préparées pour prendre la relève dans des conditions minimales de sauvegarde et de protection d’une base économique et sociale des plus fragiles. Le résultat aura été la destruction systématique du peu d’expérience de production et de gestion, accumulée dans l’économie publique mise en place avec peine et à des coûts conséquents. Cela a eu le mérite, sans doute recherché, de liquider pour longtemps le peu d’expérience de socialisation par le travail de populations exclues durant la période de colonisation, de l’administration, des services publics et de la discipline du travail dans le secteur moderne. 21. Les compétences construites lentement et avec difficulté après les indépendances au prix fort, à coup de projets et de programmes de renforcement des capacités et compétences, ont été sacrifiées sous l’autel du sacro-saint concept de la privatisation des entreprises publiques, déficitaires ou non et du dégraissage de la fonction publique et du déguerpissement des meilleurs commis et autres agents de l’Etat et de l’économie publique. L’exclusion a concerné spécialement ceux venus à maturité, témoins et victimes des réformes répétitives et inefficaces, mais capables d’interrogations fondées sur la faillite des dites réformes imposées. Ces cadres jugés incompétents, budgétivores, inutiles ont pourtant bien été recyclés à la barbe des Etats liquidateurs de leurs intelligentsias et de leurs ressources humaines. Nombreux d’entre eux ont été incités à alimenter la fuite des cerveaux, à animer les activités d’un secteur privé naissant domestiqué et au service des intérêts des multinationales. Beaucoup d’entre eux aussi décriés paraissaient-ils se sont recasés dans les représentations des institutions internationales, des ONG et autres structures prolifiques d’encadrement de la société civile. Les apports et les limites du NEPAD :
24. La forme d’élaboration et d’adoption du document par ou sous la responsabilité des seuls chefs d’Etat et de gouvernement, sans implication et participation préalables des populations ni des parlements ni même des cadres nationaux rappelle les problèmes récurrents du statut des Etats-Nations en formation, avec les transformations sociopolitiques et économiques en cours, situation qui peut générer des tensions face au processus de construction des espaces sous régionaux et régional. 25. Le cadre temporel du NEPAD, 2000-20158, pour autant qu’on se réfère à certaines projections explicites, présente certes l’avantage d’exister comme repère et de coller à la Déclaration des Nations Unies sur le Millénaire en lui empruntant pour l’essentiel les grands objectifs de développement et d’élimination partielle de la pauvreté en 2015 ; il ne recèle pas moins l’inconvénient d’un horizon trop court pour un travail approfondi de prospective qui tienne compte du poids des variables lourdes sur le développement économique et social d’un Continent en déperdition et aux défis monstrueux. 26. Des mécanismes appropriés de direction et d’animation : Comité de mise en œuvre composé de quinze chefs d’Etat et de gouvernement, présidé au départ par le Président du Nigeria, appuyé par deux vice-présidents, celui d’Algérie et celui du Sénégal et dont les cinq membres fondateurs sont responsables de programmes thématiques identifiés, le Comité de pilotage composé de représentants personnels de haut niveau des membres du Comité de mise en œuvre et renforcé par des représentants des institutions africaines de financement et de développement et le secrétariat permanent situé en Afrique du Sud. Ces mécanismes constituent un appareil efficient pour autant que les Etats et les ensembles sous régionaux puissent y retrouver leurs intérêts respectifs. Il est normal que certains chefs d’état ou que certains programmes du NEPAD soient appelés à montrer plus de dynamisme et de performance que d’autres, cependant, la relative visibilité voire la trop grande concentration des pouvoirs au niveau de certains chefs d’Etat zélés, désireux d’entraîner plus loin et plus vite leur pays, leur sous région et parfois le continent entier, comporte le risque de démobiliser des pays et des ensembles sous régionaux qui peuvent se sentir moins concernés ou pire encore marginalisés et lésés par le processus global. Le NEPAD a-t-il accordé suffisamment l’attention au rôle et au devenir des sous régions dans la construction de l’ensemble africain et son insertion dans l’économie mondiale ? 27. Le mécanisme de direction et d’animation du NEPAD est lui-même complété par un dispositif inédit de suivi et d’autoévaluation, confié à un groupe de membres de Chefs d’Etat et de Gouvernement, volontaires (African Peer Review Mechanism APRM), appuyé par un Panel de personnalités éminentes (Panel of Eminent Persons - PEP) et par un secrétariat. Le mandat du APRM est de s’assurer sur la base d’exercices périodiques que les politiques et pratiques appliquées par les gouvernements sont conformes aux valeurs convenues en matière d’étique, de politique, d’économie et de gouvernance. Le PEP, quant à lui composé de cinq à sept personnalités de très haut niveau professionnel, d’une moralité irréprochable et mus par des idéaux panafricains devrait constituer un atout majeur de reconstruction de la crédibilité dans les capacités africaines à évaluer et à corriger les manquements à la transparence et à la gouvernance des gouvernants soumis à l’examen. Restent des interrogations d’envergure dont l’engagement effectif des Etats africains à se soumettre à cette instance et à prendre en considération ses recommandations, les conflits potentiels dans la division du travail entre cette institution et d’autres mécanismes d’arbitrage mandatés ou à mandater au sein de l’Unité Africaine, et enfin, les rapports de force oh combien déséquilibrés entre ce mécanisme népadien, les instances onusiennes de même mandat ou simplement les agences de notation du risque pays fonctionnant dans les pays développés9. 28. Afin de maintenir une certaine cohérence dans le fonctionnement des institutions en charge du Contient, il a été retenu le principe que le Président en exercice et le Secrétaire général de l’Union Africaine (ex Organisation de l’Unité Africaine) puissent participer de plein droit aux travaux du Comité de mise en œuvre du NEPAD et qu’au niveau du Comité de pilotage, l’Union Africaine y soit également représentée. Cette disposition rend incertain le statut du Président du NEPAD, on aurait pu comprendre que le Président du Nigeria présidait le NEPAD en sa qualité de président en exercice de l’Union Africaine, mais cela semble être démenti par le principe de l’implication du Président de la dite l’Union au Comité de mise en œuvre. 29. En outre, l’expertise des organisations intergouvernementales africaines est requise grâce à leur association aux travaux du NEPAD au sein de groupes de travail qu’elles coordonnent dans les domaines suivants : a) Renforcement des capacités dans les domaines
de la paix et de la sécurité : comme chef de file l’Union
Africaine
ii) au plan des impératifs d’intégration sous régionale et continentale : 30. Le NEPAD constitue une rupture nette avec les initiatives qui l’ont précédées. Cela est d’ailleurs revendiqué avec force par les Chefs d’Etat promoteurs qui oeuvrent avec zèle pour sa mise en œuvre. Ils s’inscrivent avec fierté dans une vision militante d’un alignement sans discernement sur le libéralisme porté par les Institutions de Bretton Woods et par l’OMC ne laisse guère de place aux idéaux du Plan d’Action de Lagos pour le développement économique de l’Afrique qui quelques années au paravent avait plaidé délibérément ’’pour une intégration des économies africaines en vue d’accroître l’interdépendance et favoriser un développement autosuffisant, endogène et autoentretenu’’. Le NEPAD qui, à en croire ses partisans, n’entend pas constituer une organisation africaine de plus qui viendrait compléter, alourdir ou se substituer à celles déjà existantes, s’inscrit dans une complète soumission à une option délibérée en faveur des priorités d’un développement intégré au niveau du continent au travers de ses cinq sous régions (Afrique du Nord, de l’Ouest, du Centre, Australe et enfin, de l’Est et de l’Océan Indien)10. Il s’inscrit dans une dynamique d’insertion aux processus de mondialisation et de globalisation. A cet égard, le passage obligé par les composantes sous régionales d’où sont pilotés les programmes du NEPAD soulève des interrogations légitimes : • Au regard de la composante sous régionale
:
32. Outre la prise en compte dans le futur de l’éventuel dépérissement des paliers sous régionaux au profit du seul niveau continental, il se développe d’autres idées de regroupements spatial à la mode et qui répondent aux besoins impératifs de trouver des solutions adaptées aux multiples contraintes d’ordre transfrontalier auxquelles se heurtent les pays africains. • Au regard du concept de pays frontière :
• Au regard des programmes et projets a vocation sous
régionale ou continentale :
Un manque de vision et une ambition minimale
pour l’Afrique
36. Les populations prises en otage, ignorées voire méprisées, sont déboussolées et ne savent qui croire, qui suivre, pour quelle vision du devenir de l’Afrique. Elles vivent le cauchemar, englouties dans un engrenage sans fin menant à la faillite générale, à la désespérance, à l’anéantissement. Malgré de soi-disant progrès notés en matière de percées démocratiques, de règne du multipartisme, d’avancées dans le respect des libertés et de droits de l’homme, la réalité est qu’on ne relève aucun progrès significatif et durable, aucune prise de conscience ni de position des populations sur des motifs et encore moins sur les relations entre les causes et les effets des tragédies qu’elles vivent. Ces effets sont toujours changeants, toujours plus flous, qu’il s’agisse des abus des partis uniques, de la planification impérative et centralisée, du libéralisme destructeur ou du peu d’équité prévalant. Les remèdes préconisés changent, les réformes imposées déstructurent mais s’avèrent le plus souvent inopérantes, les constats de mauvaise gouvernance se succèdent avec toujours un seul fautif : la gouvernance politique africaine et une seule aberration : une démarche auto culpabilisante et suicidaire de cette même direction politique africaine. 37. Si ce n’est pas la malédiction cela lui ressemble ! Les afro optimistes peuvent toujours estimer que l’appréciation est outrancière et qu’il y a du mieux depuis le règne des programmes d’ajustement structurel et des programmes et stratégie de réduction de la pauvreté, on aimerait bien les croire mais le niveau de pauvreté et de misère ne cesse d’augmenter 12 et les indicateurs d’une éventuelle amélioration des conditions de vie et de travail ne cessent de démentir pareille assertion. Pire encore, le projet africain assez cohérent et certainement plus mobilisateur de l’ère de la construction socialiste, du règne des partis uniques, de la domination de l’économie publique, de l’éducation pour tous et de la santé gratuite, ce projet s’est disloqué et a été remplacé par une nébuleuse ou le multipartisme politique exacerbé sert une déstructuration et une informalisation de l’économie et de la société régentées par les marchés dominés de l’extérieur. 38. Des exemples sont nombreux qui illustrent l’absence de vision et les carences des dirigeants africains. Ils concernent l’ensemble des secteurs d’activités et se sont traduits par des phénomènes de désindustrialisation structurelle, de choix infructueux de spéculations agricoles tel le coton, d’échec lamentable de maîtrise en commun de moyens de transport aérien (Air Afrique) ou de transport ferroviaire (RAN), de difficulté de montage concerté d’institutions sous régionales ou continentales spécialisées de recherche, de formation supérieure ou de centres hospitaliers de référence. L’essentiel des activités de transport international, de banque et d’assurance reste confié à des opérateurs multinationaux qui drainent vers leurs capitales respectives l’essentiel des surplus dégagés à grande peine. Les exemples qui suivent donnent d’autres éclairages sur les lacunes et occasions ratées fautes d’une volonté claire d’opter pour des politiques de construire ensemble les fondations d’un développement solidaire, hors des choix offerts par l’ultralibéralisme et les militants de la pensée unique. i) incapacité de gérer ensemble et
efficacement les enjeux du fossé numérique :
ii) l’enlisement du projet africain « RASCOM »
41. Ce projet qui semble être toujours d’actualité puisqu’il nourrit ses gestionnaires et constitue encore un marché juteux pour les fournisseurs d’équipements et de services dont le constructeur Alcatel Space, pourrait connaître un début d’exploitation en 2006. Pour un coût de cent cinquante millions de dollars, avec une économie espérée de cinq cents millions que débourse annuellement le Continent pour des opérations de transit à des opérateurs multinationaux, ce projet semble être rentable encore faudrait-il le resituer en tenant compte de la privatisations des opérateurs nationaux des télécoms, la multiplicité des offres d’accès aux satellites et la concurrence des autres moyens de télécommunications. Est-ce un hasard si les câbles péricontinentaux et transcontinentaux se multiplient et connaîtront l’exploitation avant le démarrage des services de RASCOM ? Qu’est ce qui explique que l’Afrique dans sa grandeur n’a pas pu mobiliser cent cinquante millions de dollars pour réaliser en temps opportun un tel projet ? Qui a bloqué l’opération ? Sur quel conseil ? Et pourquoi ? A qui profite le crime du pourrissement de la situation sinon aux promoteurs de la privatisation du secteur et à la volonté manifeste des pays du Nord et des multinationales sous leurs ordres pour priver le plus longtemps possible l’Afrique de moyens stratégiques de peser sur les relations internationales dans les domaines névralgiques de l’information et de la communication. 42. Il est triste de reconnaître que le NEPAD n’apporte pas de solution probante pour une meilleure gestion de ce secteur et cela n’est pas étonnant tant le militantisme au service de l’ultralibéralisme de ses promoteurs est flagrant. Les quelques idées retenues par l’initiative sont décevantes, quelconques, inconsistantes. Avoir l’ambition pour l’Afrique de doubler la densité des réseaux pour pouvoir disposer de 2 lignes téléphoniques pour cent habitants à l’horizon 2005, diminuer le coût et améliorer la fiabilité des services ce sont là des objectifs parmi d’autres creux16, sans ambitions au regard des besoins du continent et du développement spectaculaire du cellulaire dont se dotent aujourd’hui les familles dans les zones urbaines à la cadence d’une unité par personne. Plaider pour un accès de meilleure qualité et aux moindres coûts, ce sont là des arguments qui font pleurer de honte ! Appeler à des politiques de promotion et de formation des opérateurs et de collaboration avec les institutions régionales et internationales compétentes, merci le NEPAD ! Veuillez à s’assurer que le développement des télécoms serve l’économie et la culture africaine, bravo le NEPAD. Ces idées généreuses et ridicules ont été confirmées lors de la rencontre sur le financement du NEPAD qui eut lieu en avril 2002 avec quelques pistes d’opérationnalisation telles le renforcement des capacités sous régionales d’harmonisation des législations et réglementations, de mise en place d’infrastructures, d’industries de montage, des services d’entretien et de maintenance, de politiques de formation professionnelle, de production de contenus et de propositions d’expérimentation en gestion de moyens et de service électroniques d’affaires, d’éducation, de santé, de paiement, d’information et de communications. iii) l’occasion ratée du projet Ouest et
Sud africain SAT-3/WASC
44. Les pays de cet ensemble peuvent désormais bénéficier du haut débit ainsi que d’une interconnexion commune et avec le reste du monde. Mais, quel transfert de technologie effectif conditionnera l’intervention du maître d’œuvre des travaux, la société Alcatel Submarine Networks, responsable de l’installation des quelques 28 000 Km de câble, le long de la côte atlantique et de l’Océan Indien ? Ce système de télécommunication d’une capacité de l’ordre de 120 gigabits par seconde et d’un coût approximatif de 650 millions de US $, ouvrira sans doute d’immenses bandes passantes aux pays africains bénéficiaires et de nouvelles perspectives en potentialités d’accès aux NTICs. Mais quelle occasion perdue pour mieux négocier le transfert de technologie ou l’implication de davantage de pays riverains ou une stratégie concomitante d’interconnexion avec d’autres systèmes en négociation, tel le système transsaharien devant relier le Nigeria à la Méditerranée via les pays sahéliens ! 45. Se prévaloir d’avoir eu l’intelligence et le courage politique de passer un marché, produit en main, avec une multinationale extra africaine, comme elles le sont toutes et qui engrangera des profits de conception, de réalisation, de gestion et de maintenance du projet durant des décades c’est admettre que les conditions prévalant lors du colonialisme ont changé en pire puisque maintenant nul n’est besoin d’une armée coloniale pour imposer et renforcer la dépendance de l’économie africaine à l’égard des ex-métropoles. Arrivera-ton un jour à une vigilance suffisante pour que lors de la conception, de la mise en œuvre, de l’exploitation de projets de telle envergure puisse s’inscrire au départ dans une démarche africaine solidaire, avec un impératif de faire participer équitablement tous les pays et populations concernés, sans tenir compte de la richesse, de la solvabilité ou du dynamisme des dirigeants de tel ou tel Etat membre. iv) et du projet Est et Sud africain SAFE
47. Pire encore est cette absence remarquable de l’Afrique et de son NEPAD à une initiative mondiale pour un réseau câblé sous-marin à très haute capacité, appelé à relier l’Europe, le Moyen Orient, l’Asie du Sud-Est et les pays du Pacifique. Il s’agit d’un projet d’une longueur de 38.000 Km, devant desservir une population estimée à plus de 3 milliards d’individus pour un coût de 1,3 milliards de dollars. Une centaine d’opérateurs sont impliqués dans cette gigantesque opération, pas un seul n’est africain. L’Afrique a bradé ses opérateurs publics et ses opérateurs privés sont des marionnettes manipulées par les multinationales qui n’ont aucun intérêt à dévoiler leur mainmise sur l’Afrique dans des initiatives d’envergure mondiale, quant aux Etats, quant au NEPAD, quant aux institutions sous régionales et continentales, ils sont disqualifiés du fait des lois du marché et des conséquences des privatisations bâclées dont ils sont les premiers responsables. v) des lenteurs dans l’exécution de projets
d’infrastructures
49. Une illustration en Afrique de l’Ouest que ce projet tourné davantage vers une stratégie plus structurante et plus intégratrice des efforts de désenclavement et de lutte contre la pauvreté dans les zones de pauvreté. Il s’agit d’un projet de modernisation et d’extension des infrastructures ferroviaires : 2 000 kilomètres de voies ferrées nouvelles pour relier le Burkina, le Sénégal, le Niger, le Bénin et le Togo en attendant d’autre liaisons possibles avec les pays d’Afrique Centrale à l’Est et les pays du Maghreb au Nord dans une perspective de création d’un réseau dense intégré de transport ferroviaire. Un projet ambitieux, dont le coût total devrait s’élever à 2 milliards de dollars dans un environnement idéologique dominant, plus favorable aux transports routiers que ferroviaires, position fondée sur la vétusté et la mauvaise gestion des 4,000 km de chemin de fer existant dans l’ensemble géographique concerné ! Des opérateurs privés nationaux et internationaux de même que des sources de financement semblent s’intéresser à la réalisation de ce projet qui risque, s’il venait à être réalisé, de changer fondamentalement et durablement les données socioéconomiques et le niveau d’intégration de la sous-région. Les nouvelles lignes devraient d’abord relier Ouagadougou à Cotonou, via Niamey, puis Lomé et Ouagadougou, avec des retombées heureuses sur les coûts des programmes d’entretien routier et sur la dynamisation des ports du Togo et du Bénin. 50. Dans le même ordre d’idée, un autre exemple qui recèle des potentialités évidentes d’instauration d’une dynamique structurante d’intégration des économies africaines d’une part et de promotion possible d’opérateurs économiques nationaux et sous régionaux, en de multiples filières de travaux publics, mais également de matériaux de construction, de transports et de services : celui du développement des infrastructures et réseaux routiers. Déjà dans les années 80, l’OUA et la CEA proposaient la réalisation ou le parachèvement de cinq projets de routes transafricaines : la transsaharienne, la transafricaine : Mombasa Lagos, la transsahélienne : Dakar N’Djamena, la côtière : Nouakchott Lagos et la transafrique de l’Est : Le Caire Gaborone. L’étude prospective préliminaire 1983-2008 de la CEA proposait dès 1983 quatre projets additionnels : Tripoli Luanda Windhoek, Nouakchott Le Caire, Dakar N’Djamena Massawa et Beira Lobito. vi) pourtant que de potentialités, y compris
dans les secteurs technologiques complexes
52. Les responsables africains se considèrent comme des concepteurs responsables, avisés, sérieux, soucieux de poser des actes pour transformer la situation peu enviable de leur continent et pour le sortir de sa malédiction. Pour ce faire, ils revendiquent l’instauration d’un rapport nouveau entre partenaires ! Ils revendiquent le droit et le devoir de rompre avec la pratique traditionnelle et la logique implacable de l’aide, humiliante puisque le donateur impose ses conditionnalités et se trouve en position de force par rapport au bénéficiaire, le récipiendaire de l’aumône et prônent pour une plus grande implication du capital financier international dans les programmes et projets de développement. Mais là aussi la vigilance devrait être de rigueur pour qu’une telle implication ne se traduisent pas par soit par des opportunités perdues pour la promotion d’entreprises africaines à vocation nationale, sous régionale ou régionale, soit pire encore par la poursuite du pillage du continent par les multinationales et le transfert du peu de ressources vers les pays riches. 53. De plus, qui prône un rapport de partenariat équilibré devrait pouvoir s’inscrire dans une logique de réponse à la satisfaction d’intérêts réciproques qui se compensent. Or, on se demande bien qu’ont les responsables africains à offrir que leurs ’’partenaires’’ n’ont déjà coutume de prendre unilatéralement et sans condition, du seul fait de la rente de situation et des rapports de force dont ils disposent ? 54. S’aligner sous les lasers américains qui délimitent l’axe du bien contre le mal, qui tracent les voies du paradis et de l’enfer sur terre et se faire les chantres symboliques de la lutte sans merci contre le terrorisme et pour la sécurité internationale pour que règnent la paix et la concorde dans le village planétaire projeté par la globalisation ? Ils l’ont déjà fait promptement, dans leur écrasante majorité, sans condition, le lendemain du 11 septembre 2001, avant même qu’on ne le leur demande ! S’engagent-ils solennellement à se contraindre à pratiquer une meilleure gouvernance et à lutter plus activement contre la pauvreté ? Les Institutions de Bretton Woods ont déjà verrouillé d’aide publique au développement déclinante, dans des costumes taillés sur mesure, des plans d’alignement, d’encadrement et de surveillance rapprochée, une nouvelle génération de programmes ingénieux de stabilisation et d’ajustement, rebaptisés ’’Stratégies de Réduction de la Pauvreté’’ ! Plaident-ils pour le renforcement ses économies nationales, sous régionales et régionales en privilégiant l’apport en investissements privés internationaux en lieux et places de l’aide publique au développement, ils courbent encore plus l’échine devant dieu le maître qui a décidé ’’Trade and not Aid’’, dans l’intérêt prioritaire de ses opérateurs transnationaux et de ses préférences technologiques, pour le moins hasardeuses ! 55. La démarche consistant à légitimer à posteriori la tendance à la réduction de l’aide publique au développement en la compensant par les investissements privés internationaux d’abord, ensuite nationaux de façon accessoire, est plus suicidaire que jamais. Malgré les apparences des résultats prometteurs des rencontres de Dakar de janvier et d’avril 2002 visant la mobilisation des opérateurs privés africains et internationaux pour la réalisation des objectifs du NEPAD le pari semble être des plus incertain. En effet, à l’échelon national comme aux échelons sous régionaux et continentaux, les meilleures opportunités d’investissements ont été déjà pour beaucoup brader pour débarrasser les Etats des activités de production et de service dont ils ont été définitivement exclus par les programmes d’ajustement structurel. 56. Faut-il être de mauvaise foie pour ne pas admettre que les interventions nouvelles significatives des opérateurs privés internationaux ne peuvent se concevoir que pour des opérations juteuses, productrices de profits conséquents, le plus souvent sur financement de bailleurs de fonds. Il en va ainsi des grands chantiers à vocation nationale ou sous régionale de constructions urbanistiques, d’infrastructures de communication, hydraulique, énergétique, de télécommunication, de transport ou socio-éducatives. Le plus souvent, ces opérateurs qui s’installent plus ou moins durablement de fait de leur poids économique, de leurs capacités de lobbying et d’intervention et des préférences des bailleurs de fonds en leur faveur, éliminent et pour longtemps toute possibilité pour les entreprises nationales à gagner des marchés et à acquérir une dimension nationale ou internationale. 57. Jusqu’à preuve du contraire, les multinationales qui investissent en Afrique, soit dans la reprise des entreprises publiques à privatiser soit dans le cadre de zones franches où elles trouvent des conditions toujours plus attractives, interviennent avec l’objectif affiché de faire dans les meilleurs délais, les plus grands profits possibles et de les exporter vers leurs sièges respectifs. A leur décharge, elles n’ont jamais revendiqué de faire de l’humanitaire ou du bénévolat, à peine peut-on relever que certaines d’entre elles ont créé des fondations qui au demeurant tirent dans certains cas, des avantages substantiels en publicité et en marketing au profit de leurs sociétés commerciales respectives. 58. Le NEPAD ne serait-il en définitive que la simple apparence d’une initiative inspirée de l’extérieur et « réappropriée » par les dirigeants africains, lesquels, bien que synthétisant des documents fortement influencés par la pensée unique et l’ultra libéralisme, ne servent que d’alibi pour que les choses cheminent aux conditions et aux rythmes décidés unilatéralement, souverainement par le G8 et les institutions internationales aux ordres ? Pourquoi le NEPAD connaîtrait-il des lendemains différents de ceux réservés au Plan d’Action de Lagos pour le développement économique de l’Afrique (PAL), au Programme prioritaire de redressement économique de l’Afrique 1986-1990 (PPREA) ou au Programme des Nations Unies pour le redressement économique et le développement de l’Afrique 1986-1990 (PANUREDA), plan et programmes adoptés respectivement par les plus hautes instances de l’OUA durant la Décennie des années 80, selon les mêmes formes, le même cérémonial et le même tapage médiatique que ceux qui ont présidés à l’adoption du NEPAD ? Quelques conclusions et recommandations
60. La quasi-totalité des propositions et contributions initiée par ou avec l’appui du Continent, telles les initiatives du dialogue Nord Sud et du Nouvel Ordre Economique International, proposées au milieu des années 70 sont restées sans lendemain. Le Plan d’Action de Lagos pour le développement économique de l’Afrique adopté en avril 1980 par une Conférence souveraine des chefs d’état et de gouvernement de l’organisation de l’Unité Africaine, le CARPAS et autre SARPAS de la fin des années 1980, lorsque l’Afrique a voulu dénoncer les aberrations inacceptables des programmes d’ajustement structurels imposés par les Institutions de Bretton Woods n’ont pas eu plus de succès. Aujourd’hui, le NEPAD n’échappera pas au même destin que celui réservé aux précédentes initiatives qui ont été systématiquement réinterprétées, réalignées, dénaturées, voire bloquées et ignorées, dès lors qu’elles sont jugées non conformes à la pensée unique édictée par le G8, les Etats riches industrialisés et les multinationales dont elle défend les intérêts. 61. Au niveau méthodologique, il importe de compléter les travaux de programmation et de quantification des coûts des activités sectorielles et thématiques, travaux qui seront menés sur une base triennale pour plaire aux méthodes des institutions de Bretton Woods, par un exercice de prospectif à l’horizon 2025, voire 2030 et ce afin de donner une minimum de crédibilité aux objectifs de renversement des tendances d’appauvrissement du Continent, de stabilisation et de réduction de la pauvreté et de décollage de l’économie africaine. Au niveau de l’architecture des institutions, la clarification des rôles dévolus aux Etats-nations, aux ’’Pays frontières’’, aux ensembles sous régionaux et aux institutions continentales pour une intégration cohérente de la société et de l’économie africaines et leur insertion concertée dans les processus de mondialisation et de globalisation constitue un défi majeur qui conditionne dans une large mesure la réussite du NEPAD. 62. Au niveau de l’organisation du fonctionnement et des mécanismes d’opérationnalisation, bien que les concepteurs se défendent de vouloir créer de nouvelles structures susceptibles de constituer des duplications avec celles en fonctionnement, le croisement des cinq niveaux sous régionaux, des cinq programmes coordonnés, des cinq domaines de compétence des organisations intergouvernementales africaines, d’un mécanisme ad hoc de suivi évaluation assumé par des pairs, assisté d’un panel de personnalités éminentes, d’une présidence au Nigeria, d’un Secrétariat en Afrique du Sud, voilà qui commence à devenir complexe sans sous-estimer la capacité des leaders africains à s’arroger les domaines non encore investis. Sous réserve de déficit d’information, le cas du Sénégal est des plus probants, ce pays assumant la vice présidence du NEPAD, responsable de secteurs importants des infrastructures, environnement, NTICs et énergie, aura pris ces derniers mois des initiatives de mobilisation des ressources de financement du NEPAD et d’intéressement des secteurs privés africain et international pouvant couvrir l’ensemble des secteurs d’activité du NEPAD et au delà. 63. Au niveau des opérateurs, à de très rares exceptions, les multinationales appelées à investir en Afrique et qui semblent susciter dans le NEPAD de grands espoirs en tant que sources alternatives à l’aide pour le financement du développement et pour aider au décollage économique et à l’amélioration de la situation sociale dans le continent, réaliseront en priorité leurs objectifs de rentabilité maximale de leurs investissement avant toutes autres considérations de renforcement des capacités productives des pays et de réduction de la pauvreté. 64. Au niveau des institutions internationales qui sont sensées réguler les dispositifs mondiaux de prévention et de maintien de la paix, de relations économiques, financières, sociales et culturelles et qui restent sous contrôle effectif des pays riches industrialisés, elles ne prendront aucune disposition en faveur de l’Afrique qui comporterait des effets indésirables pour les économies et les sociétés développées. 65. L’ultra libéralisme qui fonde la pensée unique triomphante et exclusive, favorise les riches et les nantis et pénalise les pauvres et les miséreux. Libre concurrence oblige, c’est un véritable hymne aux vainqueurs, aux dominateurs, aux exploiteurs, aux gagnants, aux meilleurs. Aucune pitié, aucune solidarité humaine pour les vaincus, les dominés, les exploités, les perdants, les moins bons ! Et, il en est ainsi des personnes comme des communautés et Etats ou des ensembles multinationaux. L’Afrique et les africains ne peuvent se retrouver dans cette compétition biaisée dès le départ. Le choix est à la fois simple et douloureux : Accepter et rationaliser, pour les opinions publiques africaines endormies, les impératifs de l’insertion de l’économie et de la société africaine dans la division internationale du travail telle que configurée par les tenants de la pensée unique et de l’ultra libéralisme et accepter la relégation de l’Afrique comme quartier des pouilleux, des misérables et des exclus dans le paradisiaque village planétaire en construction ? Ou s’enfermer sur soi-même, dans la dignité et la solidarité et s’investir avec abnégation dans la recherche de voies nouvelles alternatives pour imposer à l’humanité le droit au respect et à la compensation pour dommages subis tout au long de l’Histoire et jusqu’aux effets des choix inopportuns et contre productifs des programmes d’ajustement structurels imposés par les Institutions de Bretton Woods ? 66. L’Afrique est en position d’exiger de bénéficier du droit à l’exception pour être dispenser de l’application des lois de l’ultra libéralisme, tout au moins durant le temps nécessaire à son rattrapage des niveaux atteints par les économies et les sociétés avancées. La communauté internationale semble disposer à lui accorder ce droit à assistance à continent en péril ! Seuls les gouvernants africains semblent s’entêter à considérer que c’est porter atteinte à leur intelligence et à leur dignité que de laisser croire que l’Afrique n’est pas en mesure de compétire et de sortir indemne et gagnante dans le combat que se livrent les ensembles américain, européen et asiatique, malgré les millénaires d’avance qu’ils ont accumulés sur le Continent. 67. La grande majorité des dirigeants africains
sont davantage préoccupés par la problématique de
comment s’assurer de la pérennité de leur pouvoir et de leur
impunité jusqu’à leur mort et au-delà, tout en donnant
l’image d’animer une démocratie participative et consentante, portée
par une bonne gouvernance convenue. S’agirait-il là d’une exception
démocratique qui s’imposerait en ce domaine, c’est tellement plus
important que le reste. Renvoyer ces dirigeants indignes et incapables
au regard des grands défis auxquels ils ont à faire face
et les remplacer ? comment et par qui, maintenant que le recours aux coups
d’Etat semblent proscrits et leurs auteurs mis d’office aux bancs de la
société mondiale ! Peut-être innover en proposant une
nouvelle colonisation mais sous condition : qu’elle s’opère sous
la responsabilité exclusive de l’ONU et pour un temps limité,
celui nécessaire à la phase de rattrapage, encore faudrait-il
au préalable réformer et relégitimer l’ONU pour
l’habiliter à entreprendre une telle mission et à rendre
compte des conditions de réalisation des objectifs à elle
assignés ! Ce n’est là qu’une suggestion, libérons
les énergies créatrices du peuple africain affranchi de ses
dinosaures d’un temps révolu et gageons qu’il y aura d’autres propositions
plus pertinentes.
---
— - Annexe I : portant analyse comparative des objectifs
du PAL et du NEPAD
Annexe II : portant résumé des objectifs du NEPAD en réponse aux impératifs de comblement du fossé numérique et liste des projets prioritaires. • Des objectifs
• Des projets retenus lors de la Conférence
sur le Financement du NEPAD (Dakar, Sénégal 15-17 avril 2002)
Annexe n° III : portant extraits du texte instituant le NEPAD dans le domaines des infrastructures et des Nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) B. PRIORITES SECTORIELLES
|