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Débat à l’INT d’Evry sur le Thème NTICs et Développement avec CSDPTT

Le 21 mai 2003 les associations de l’INT (Institut National des Télécommunications) d’Evry, Mosaik, AIESEC et Equiterre ont organisé un débat dans leur école autour du thème de la fracture numérique.

Alain Roblin Demont de CSDPTT qui a effectué récemment deux missions de formation au NTICs au Burkina et au Niger, Bruno Jaffré Président de CSDPTT et Djilali Benamrane fonctionnaire international de l’ONU à la retraite ayant travaillé plusieurs années en Afrique Sub-saharienne et dont le dernier projet consistait à le mise en place d’un réseau de 50 radios communautaires au Niger ont fait des communications et répondu aux questions.

Le débat était animé par Benoit Varin élève de l’INT. Une quarantaine d’élèves ont assisté au débat ainsi que quelques enseignants dont M. Bruno Salgues.

Les thèmes abordés :
-  La définition de la fracture numérique
-  L’origine et les causes de fracture numérique
-  Son illustration avec des témoignages des difficultés des internautes africains
-  les Nouvelles technologies de l’information et de la communications constituent-ils une priorité pour le développement
-  La déréglementation du secteur des télécommunications en Afrique et les privatisations

Nous publions ci-dessous un compte rendu plus détaillé effectué par Claire Vitorge Claire.Vitorge@int-evry.fr Contact : Benoît Varin Benoit.Varin@int-evry.fr

Les TIC, une source de développement ?

Intervenants :
-  Bruno Jaffré, président de CSD-PTT (Coopération Solidarité Développement aux PTT). Cette association rassemble des salariés de France Telecom et de La Poste (sans soutien des deux entreprises) afin de mettre leurs compétences au service de projets de développement (formations, réseaux téléphoniques, soutien à des ONG locales dans le secteur d’Internet)

-  Alain Roblin Demont, formateur en informatique, membre de CSD-PTT, ayant participé à deux missions de formation en Afrique cette année.

-  Djilali Benamrane, retraité du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), a travaillé comme économiste auprès de gouvernements et sur des projets locaux de développement des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC).

Pour introduire, Bruno Jaffré définit la « fracture numérique », avec quelques chiffres et des explications. L’IDATE, centre d’études et de conseil en Europe spécialisé dans l’analyse des industries des technologies de l’information et de la communication, prévoyait 605 millions d’internautes fin 2002 dont 1,8% en Afrique et au Moyen-Orient. On parle de « fracture » ou de « fossé » numérique. La « fracture » sous-entend qu’elle est réparable, tandis que le « fossé » est très difficile à combler. Le terme « numérique » est là pour signifier qu’il s’agit à la fois de télécom et d’informatique. En Afrique, la télédensité, c’est-à-dire le nombre de lignes téléphoniques pour 100 habitants est de 1,2. Ce chiffre prend en compte l’explosion du téléphone portable, solution qui apporte certes une réponse, mais qui reste discutable. Plusieurs problèmes africains sont connexes à ce sous-équipement en télécommunications :

-  L’analphabétisme
-  Le problème de l’énergie, qui est souvent sous-estimé,
-  Le service public. Pour le CSD-PTT, la crise mondiale des télécom de ces dernières années est une conséquence de la privatisation des opérateurs historiques dans la plupart des pays du Nord comme du Sud.

Concrètement, une des premières applications d’Internet, le courrier électronique, n’est pas aisée en Afrique. En effet, les hébergeurs de boîtes mail gratuites : yahoo, hotmail, etc... sont situés aux Etats-Unis ou en Europe et obligent les utilisateurs à télécharger une grande quantité d’images et de publicité qui rallongent beaucoup les temps de connexion inutilement, alors que les débits sont faibles et les prix de connexion assez élevés.

A l’origine de ces difficultés dans les pays d’Afrique sub-saharienne francophone, les responsabilités sont partagées entre les dirigeants de ces pays et la France. Les opérateurs publics ont été découpés en deux, pour créer des opérateurs internationaux et des opérateurs locaux. Les communications longue distance étant les seules à permettre de dégager des marges suffisantes, elles permettaient jusque là de financer les services de base tels que les communications locales (par le jeu des « subventions croisées »). Les équipements du réseau Internet se situent majoritairement dans les pays occidentaux, et les communications sont donc tournées avant tout vers l’international.

Djilali Benamrane souligne les différences de situation entre l’Afrique et le reste du monde. Les solutions adoptées ailleurs ne peuvent pas être transposées telles quelles dans des village où il n’y a ni route goudronnée, ni électricité, ni téléphone, ni service postal. Les Plans d’Ajustement Structurel (PAS) négociés entre les Etats et les organismes internationaux (Banque Mondial, FMI,...) pendant la crise de la dette et après sont reconnus aujourd’hui, y compris par ces institutions internationales, comme des causes majeures de déstabilisation économique et sociale. Ces plans ont conduit dans les années 90 à la privatisation de pans importants des économies du Sud, et à la réduction des budget des Etats. Aujourd’hui, les plus grands défenseurs de ces PAS sont, selon M. Benamrane, les chefs d’Etat africains. En effet, ils restent convaincus que le secteur privé permettra de développer leur pays, alors que, dans des villages où il n’y a pas d’économie monétaire, il n’y a rien à gagner, donc aucun intérêt pour le secteur privé.

Les TIC sont porteuses de beaucoup d’espérance dans les domaines économiques et sociaux (accès au marché, météo, liens avec les émigrés, éducation, santé...), mais la préoccupation principale de beaucoup d’acteurs reste la rentabilité des opérateurs, ce qui est un frein au développement. Par ailleurs, la suppression des opérateurs publics a des effets secondaires néfastes : les opérateurs ne peuvent plus recevoir d’aides publiques internationales au titre de la coopération. Les situations qui en ont découlées sont parfois absurdes. Ainsi M. Benamrane raconte qu’en Nouvelle Guinée, une sous-préfecture n’a plus eu les moyens d’avoir une ligne téléphonique après la privatisation. L’Etat leur fournit désormais une carte de téléphone pour aller appeler depuis la cabine en face du bâtiment ! Le sous-préfet semble assez fier de ce « progrès ».

M. Djilali a participé a des projets de mise en place de radios au Niger. En tant qu’ex-expert du PNUD, il dénonce l’absurdité de certains programmes au coût exorbitants (700 000 dollars pour l’installation d’une radio, auxquels il faut ajouter des charges récurrentes, par exemple) ; alors que des solutions plus légères et beaucoup moins coûteuses, sont faciles à mettre en place, en s’appuyant sur la population et en prenant en compte ses besoins. Malheureusement, les organismes internationaux ne sont pas prêts à financer des projets de radio auto-gérée qui ne coûtent que 10000 ou 15000 dollars.

Alain Roblin Demont a participé à deux projets de formation de formateurs, l’un au Burkina Faso (dans l’association Yam Pukri) et l’autre au Niger (groupe Internet Niger, structure d’envergure nationale). Le problème des débits limités se pose de manière cruciale : Yam Pukri dispose de 10 ordinateurs en réseaux qui se partagent une connexion de type RTC à 33,6 kbits/s. Au Niger, le débit était en principe meilleur (liaisons louées à 64 kbits/s) mais, en réalité, le débit était aussi catastrophique. Dans ce contexte, les messageries de type Hotmail, Yahoo ! ou Caramail consomment énormément de bande passante avec la publicité. Il faut savoir que la bande passante totale du Burkina Faso vers l’extérieur est de 8 Mbits/s. Par ailleurs, le climat peut parfois être aussi une source de problème pour les équipements informatiques (la chaleur et la poussière viennent rapidement à bout de certains ordinateurs pourtant très perfectionnés).

La parole est ensuite donnée à la salle.

Bruno Salgues, professeur de marketing à l’INT, intervient pour signaler qu’il ne faut pas confondre les vrais et les faux arguments de la fracture numérique : les communication de deux internautes de Castres en France passent aussi par les Etats-Unis. Ce n’est donc pas dans l’excentralisation des serveurs que se situe le problème.

Pascal Fortin, chercheur en sciences sociales, et membre d’IRIS (Imaginons un Réseau Internet Solidaire), participe à la préparation pour la société civile le Sommet Mondial de la Société de l’Information qui aura lieu en décembre 2003 à Genève. Il interroge les intervenants sur la place des Etats dans le développement des télécom et leur marge de manœuvre actuelle. Cette question touche des problèmes de moyens et donc de priorité politique. Mais la question qui se pose le plus est celle des objectifs des promoteurs des TIC : pour certains, la motivation n’est qu’économique ; il s’agit de relancer le secteur des télécommunications, en permettant aux opérateurs de faire des profits. A titre d’exemple, Bruno Jaffré prend le Sénégal, dont le président, Wade, est un libéral, et où les télécom sont aujourd’hui relativement développés, car l’opérateur était déjà solide avant la privatisation. Aujourd’hui les meilleurs opérateurs ont déjà été vendus et les opérateurs restant sont bradés faute d’acheteur.

Un débat s’engage dans la salle sur la question des priorités : installer des ordinateurs dans des pays où les gens ne mangent pas à leur faim paraît prématuré, voire indécent à certains. La nécessité d’alphabétiser la population et de l’éduquer est aussi avancée comme un préalable au développement des TIC en Afrique. Cependant des arguments et des exemples venant de la tribune et de la salle défendent au contraire, les TIC comme un outil de développement au service des communautés et comme un facteur d’amélioration des conditions de vie.


 

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