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Télécentres en Afrique : durabilité, relations-privés/communautaires.

 

Le lancement du thème « Télécentres en Afrique.... » a marqué le démarrage du second forum thématique organisé sur la liste Africa_net (10 février au 29 mars 2003). Pour nourrir les réflexions, deux textes de lancement ont été proposés par les deux animateurs du thème. Ces textes présentaient différentes problématiques que les contributions ont traité, tout en abordant d’autres questions. On peut structurer ces interventions sur les axes suivants : terminologie et typologie des télécentres et des services, services payants ou gratuits, durabilité, rentabilité et financement, usages, pertinence des contenus, questions techniques.  Cette structuration qui n’est pas étanche, rend surtout compte de l’importance des contributions obtenues sur ces différents axes. Dans le texte, nous utilisons les initiales des contributeurs pour les désigner ; le lecteur est invité à se reporter en fin de document pour consulter les noms entiers des intervenant(e)s ainsi qu’une liste des documents diffusés sous forme de liens.

1. Terminologie et typologie des télécentres et des services
Si les contributions s’accordent à entendre par le vocable « télécentre » une structure proposant des services collectifs d’information et de communication (téléphone, internet, etc.), la différence entre les trois termes « télécentres communautaires », « télécentre » et «  cybercentre ou cybercafé » ne semble pas évidente, par rapport aux types de services proposés ou à proposer, et aux porteurs de ces projets (association, service de l’Etat, entreprise privée). En effet, quand est-ce qu’un télécentre est dit « communautaire » ? Comment définir si un télécentre géré par une association est « communautaire » surtout si les services sont payant comme dans chez les privés ?  Si des réponses et un consensus clairs n’ont pas été obtenus sur ces questions, on peut noter les remarques intéressantes de certains contributeurs Ainsi, RS définira le cybercentre comme « un télécentre (téléphone, photocopie, fax...) offrant des services internet. » ; pour OL, « un centre d’accès communautaire (CAC) est bien (et doit être) différent d’un cybercafé. » ; Un CAC est un lieu de rencontre et de promotion des TIC pour la communauté, à cet titre son objectif premier n’est pas de faire du bénéfice, mais de promouvoir les TIC, de former les novices, de permettre l’accès au plus défavorisés  » ; SO dira « Nous constatons en Afrique (Sénégal, Burkina, Mali...) qu’il y a peu d’accès communautaire au vrai sens du terme. Les quelques accès communautaires qui existent ne sont pas situés toujours dans des endroits où il y a la demande  ». On peut aussi noter que « Les termes existant pour désigner la même réalité (à la base) sont trop nombreux, et ceci à cause notamment du désir de visibilité des différentes institutions appuyant la mise en place des télécentres ». (KL). On a ainsi les PAJE, (Point d’Accès aux Inforoutes pour la Jeunesse) les CMC, (Centres multimédias communautaires), les TCP (Télécentres Communautaires Polyvalents », etc.

2. Services payants ou gratuits
Un débat vif a émergé à propos du caractère gratuit ou non des services dans les télécentres servant les classes défavorisées, et en général dans les services proposés aux populations, qu’ils aient trait à la communication ou pas. SO recommande de « Ne jamais faire une formation gratuite. Ce qui est gratuit n’a pas de valeurs ou cache un piège, pensent les gens le plus souvent . . J’ai constaté que sur 10 personnes que l’on forme gratuitement, 1 personne termine la formation. Par contre, 100% de ceux qui paient termine la formation et viennent même régulièrement....C’est une loi naturelle de payer un bien ou un service. La gratuité nous a conduit à l’accoutumance dans la consommation de certains produits et services et après on était obligé de les acheter à prix d’or. ». DJ contestera cette opinion en déplorant le fait que les africains soient sensibles au discours internationaux sur le «  tout privé » : « Je plaide pour la gratuité des services y compris de santé, d’éducation, d’information et de communication dans les zones rurales et dans les zones de pauvreté ...Je vois que dans les pays développes riches tout le monde plaide pour l’accès a internet gratuit dans les écoles, dans les administrations, dans les lieux publics...Tout le monde plaide pour la gratuite des soins SIDA sauf les africains cela les dérange de faire gratuitement les choses... Dans les villages visites en Afrique les gens déterrent des racines pour survivre...L’expérience des radios rurales communautaires à service entièrement gratuit pour les populations villageoises gérant en autogestion leur outil est la pour prouver que l’associatif et le communautaire peut marcher ! ». SB précisera que « la demande d’initiatives privées et commerciales vient surtout des bailleurs de fonds (USAID ne finance des projets que s’ils sont commerciaux à 100 %) et de organismes de tutelle comme le FMI ». D’autres contributeurs tels DR soutiendront OS « Nous organisons des formations gratuites et nous sommes désagréablement surpris que le travail que nous apportons, les moyens mis en œuvre ne  semblent pas pris en considération par les élèves. Ceux ci viennent, repartent, décalent à volonté les rendez-vous »). D’autres adopteront des positions médianes comme AD, EM : « Il me semble nécessaire de distinguer les actions qui nécessitent un investissement psychologique de la part de ceux qui en bénéficient (par exemple l’accès à des formations), des actions qui ne font pas intervenir cette notion de motivation (par exemple l’accès aux soins médicaux).... Mais la gratuité n’est peut être pas souhaitable dans tous les domaines, notamment lorsque la motivation entre en jeu » ; KL :  « on peut faire de la gratuité, mais ciblée, ponctuelle...En contre partie des services payants nous menons beaucoup d’autres opérations gratuites : l’information sur les TIC au Bénin, l’organisation de conférences et manifestations de sensibilisation gratuites, etc.  ».

3. Durabilité, rentabilité et financement
Cette question a été également l’une des plus abordées. Elle a été traitée, par rapport à l’implantation des services en zone rurale ou urbaine,  et par le mode de gestion de l’initiative (privée ou non, associative), même si les intervenants ne précisent pas toujours le type d’initiatives à laquelle il(s)/elle(s) réfère(nt).
Le constat général est que les télécentres connaissent de graves problèmes de durabilité et de rentabilité, qu’ils soient privés ou non, appuyés par des institutions internationales ou non. MMb constate au Sénégal que «  Les télécentres communautaires subissent de plus en plus la loi des grandes entreprises commerciales. De plus en plus de télécentres mettent la clé sous le paillasson puisqu’ils n’arrivent pas à suivre la concurrence déloyale des mandarins. J’en ai pour preuve la chute de Metissacana premier cyber d’Afrique de l’Ouest qui a fini par céder à la pression de Sonatel » Il se demande si un « fournisseur d’accès également concurrent des télécentres (ses clients) peut être objectif dans les services qu’il fournit aux clients ? ». SO lui répond en partie : « les providers internets n’arrivent pas à s’en sortir : ils sont donc obligés de se rabattre sur des secteurs rentables en utilisant leurs lignes spécialisées et casser le coût des accès internets ». PD constate une guerre des prix aboutissant à la fermeture de certains cybercentres  : « Les ISP n’ont pas baissé les coûts de la connexion mais les cybercentres baissent tous les jours leur tarif réduisant la marge bénéficiaire au strict minimum ». AH précisera en parlant du cas du Bénin : « ceux qui ferment sont pour la plupart du temps de simples hommes d’affaires qui n’ont pas la technicité. Si en plus des énormes charges l’exploitant d’un télécentre doit faire appelle aux services d’un prestataire, il se retrouve finalement avec des charges largement supérieures à ses recettes. Mieux, il y a un autre cas...c’est celui des messieurs qui ont besoin d’une activité pour blanchir de l’argent sale...Ils cassent les prix et continuent d’ouvrir malgré les pertes successives qu’ils enregistrent ». TON fera remarquer que la concurrence a quand même eu ses bons côtés avec la baisse des coûts de navigation (de 6000 FCFA à 1000 F par heure au Gabon). MB se demandera si on doit « parler de modèle économique et/ou de modèle socialisant (créateur de tissu social autant que de savoir et/ou de richesse ? ». RS, soutenue par d’autres, affirmera que la survie des « cybercentres » dépend de la loi du marché et que « les moins efficaces mourront ». MM précisera : « S’il s’agit d’une affaire commerciale comme c’est souvent le cas, il me semble que le sort de l’activité est celui de toute affaire commerciale...En ce qui concerne les initiatives associatives, on pourrait penser à un modèle de recouvrement des coûts, à l’exemple de ce qui est fait par exemple dans le secteur de la santé...l’élaboration du projet doit intégrer l’implication de la communauté bénéficiaire, et les principes de bonne gouvernance ». Pour SO, « Les télécentres qui s’insèrent dans une dynamique déjà existante (ONG, Associations, Mairies, Hôpitaux, écoles et collèges...) sont aussi plus solides. Plusieurs frais sont réduits : locaux, électricité, gardiennage... L’erreur que l’on commet le plus souvent, c’est de croire au bénévolat.. ». Conséquence, des initiatives internationales de télécentres sombrent surtout lorsque les financements de départ arrivent à terme, pourtant les bailleurs sont informés des problèmes de durabilité que connaissent les télécentres parfois avant même de les mettre en place. L’avenir des structures créées, est alors en question  : « Après la valse des expériences pilotes subventionnées, qui continuent encore à certains endroits (pour l’instant) que fera
-  t-on ? Que feront les porteurs des projets locaux ? Que fera l’Etat ? La responsabilité des éléphants blancs risque d’être collective ! » (KL). TN a semblé alors proposer qu’on ferme simplement les télécentres communautaires ayant des difficultés économiques, d’autant qu’ils auraient déjà atteint leur « double objectif : susciter l’intérêt des futurs entrepreneurs et sensibiliser à l’Internet les jeunes désormais futurs clients ». L’organisation des accès collectifs en réseau (associations, collectifs) a été envisagée comme un moyen d’action efficace. Des contributeurs engagés dans de telles initiatives ont alors parlé des difficultés de fonctionnement de ces associations dans leurs pays.

 Sur la question d’implication de la communauté précisément dans les zones rurales, KL remarquera que «  Même avec l’intervention des populations, la viabilité n’est pas souvent réelle, car, ce n’est pas souvent prouvé que les communautés rurales aient tellement besoin de l’internet qu’elles soient prêtes à financer les télécentres  ». SO déplore qu’on oublie que ces populations utilisent des médias traditionnels. JS s’étonne : « Ce qui est un peu artificiel à mon avis c’est l’obsession par l’application des télécentres communautaires au monde rural. L’auto-suffissance d’un télécentre devrait être toujours cherchée pour qu’il soit soutenable à la longue, et cela exige une concentration de population importante : milieu urbain ...J’ai écouté dernièrement la présentation de plusieurs projets de télécentres en milieu rural où j’avait l’impression que la moitié du projet avait pour bout de créer le besoin et l’autre moitié de le satisfaire ! ». Son point de vue est légèrement contestée par MMb qui affirme : « dans certains des coins les plus reculés de mon pays des immigrants sénégalais envoient encore des mails à leur parents qui ne savent ni lire ni écrire encore moins utiliser un clavier. Ces parents se contentent de faire traduire le message par le gérant et de dicter leurs réponses  ». DB n’en dit pas moins : « ce débat qu’"Internet doit être réservé aux lettrés, à ceux qui peuvent se payer un micro et une liaison" je le rejette ». Pour RS, la diffusion de l’internet dans les communautés rurales peut être aussi facilitée par la théorie du two-step flow of communication : « En ce qui concerne les centres communautaires, même les paysans analphabètes ou non peuvent y aller. Seulement et si seulement si la communication à deux étages aboutit, ie (ex des sociétés Mossé) si le feu vert est donné par le Chef quand bien même ceux-ci sont informés de l’utilité des centres. ». BS n’en pense pas moins, en parlant des résultats positifs qu’on obtient lorsqu’on explique aux populations les avantages qu’elles peuvent en tirer. Des contributions ont affirmé que certaines expériences étaient plutôt concluantes. SN affirmera : « il ne faut pas croire que le villageois qui n’a actuellement pas accès à certaines informations, ne rêve pas secrètement d’avoir certaines connaissances.  ». JS reconnaît toutefois « qu’il faut être prudent avant de donner des règles générales, il peut avoir certains cas où quelque chose n’a pas de sens et la même chose réussit bien ailleurs. »
 Répondant à la question de savoir si l’Etat ne pouvait pas venir en aide aux « télécentres populaires », contribuant à la démocratisation des NTIC, OL affirme qu’un centre d’accès communautaire « ne peut pas fonctionner avec un busines plan, mais plutôt sur la base de subventions, cotisations des membres et autres aides. Le tout étant de permettre la pérennisation des activités du centre et non de faire des bénéfices dans une logique commerciale ». SO les comparent à un centre social, en affirmant qu’ « un centre social ne peut jamais être autonome à 100%. ». Soulignant le rôle prépondérant que l’Etat doit jouer, CA indique : « qu’aucun commerçant n’irait installer les cybers ou télécentres dans une brousse sans un accompagnement où le peuple est analphabète et où il n’y a pas un grand flux d’activités. » ; KLas a renchérit : «  le développement des télécentres en Afrique est aussi l’Affaire de l’Etat .Par exemple le cas Burkina Faso, l’Etat est gestionnaire et propriétaire de l’internet, même les opérateurs (ISP) privé ont un débit et une tarification tributaire de ceux de l’Etat. Aussi la simple ligne téléphonique connaît le même problème. Il y a des zones ou quelque soit ta fortune tu ne pas avoir le téléphone fixe ». DB contestera son opposition au financement des initiatives privées : «  Ce débat que l’"Etat doit subventionner les telecentre privés" pour que certains s’en mettent plein les poches et que d’autres se trouvent des missions civilisatrices et moralisatrices en se plaçant comme providers zèles je le rejette ». Quant à PV il indique que : « Quelles que soient les bonnes volontés associatives ou des porteurs de projet individuels, sans une volonté réelle des pouvoirs publics d’investir dans cette démocratisation numérique, les réalisations, même si elles seront toujours très utiles, resteront marginales. ». JLR donnera l’exemple de la France  : « jusqu’a maintenant ... la plus grosse aide de l’Etat Français en matière de politique d’accès public à l’internet est une aide au FONCTIONNEMENT puisque l’Etat finance 80% du salaire mensuel des emplois-jeunes ... L’aide aux associations via des subventions est possible tout comme le recours a des fonds de fondation. D’autre part, sur le plan principalement de l’investissement - et de la formation du personnel- il existe des crédits le plus souvent régionaux, complétés souvent par des fonds européens. ».
Des exemples de divers pays africains et non africains ont été donnés pour montrer que le pouvoir public intervient déjà pour appuyer ces initiatives. Le sentiment général était donc que l’appui de l’Etat puisse être non seulement consolidé, mais que les activités de formation aux NTIC mais également à la gestion des télécentres soient assurées, au risque de voir les initiatives sombrer à terme (PYG et DG).

Usages dans les télécentres
 Les contributions des participants au forum ont également beaucoup abordé cette thématique. La question principale était d’appeler ou non à un usage « socialement utile » des NTIC, en particulier lors des séances navigation. MMb a introduit cette question en écrivant : « certains jeunes de Dakar ne se branchent que pour faire de la "e-drague ". Ils passent des heures au Chat pour dire des banalités à une fille qui est au bout du monde... ». Et il demande : « Est ce que n’importe qui peut gérer un télécentre ? Ne faudrait il pas réserver cette tache à des éducateurs capables d’accueillir, d’orienter et d’assister sans imposer et sans vexer tous les jeunes (les plus gros clients des télécentres) ? TON a approuvé MMb en indiquant que « la plupart des jeunes utilisent l’outil pour suivre des images pornographiques, les tchatches, amour.com, et que sais-je encore sous l’oeil complice des gérants qui ne semblent se préoccuper que de leurs gains...Il serait souhaitable que l’on arrive à former les tenanciers des télécentres pour que l’outil soit réellement utilisé dans une option de développement  ».  VT affirmera que « nos » populations ne sont pas matures et qu’il faut les canaliser et que « la logique du policier n’est pas mauvaise dans la mesure où nous savons que nous fonctionnons très souvent au bâton ». Ces positions vigoureusement contestées par d’autres contributeurs. Par exemple Tehache. répliquera en ironisant : « Pourquoi ne pas tout simplement mettre un policier dans chaque télécentre, ce serait encore mieux...L’Africain est comme tous les autres humains, il aime les loisirs, le sexe....Avec les années ils (jeunes) s’assagiront tous (en tout cas la plupart) sans aller vers des carrières en rapport avec l’industrie du sexe ». Toutefois, TON insiste : « Faut-il au nom de la démocratie laisser l’installation de l’anarchie ? Des jeunes de moins de 15 ans qui suivent des images pornographiques dans les télécentres, je pense que si c’est au nom de la démocratie, alors la démocratie est une mauvaise chose... Et pour ma part les télécentres doivent jouer un bien meilleur rôle : sans pour autant interdire le divertissement (utile pour la jeunesse) on peut cependant le canaliser, car il y a des bons et des mauvais divertissements ». SN renchérira  : « je pense que ce serait une grave erreur que d’affirmer que l’on doit laisser les élèves/collégiens/lycéens décider du contenu qu’ils ont envie de voir. Ce serait une démission. ». SO a rappelé le débat ayant eu lieu l’année antérieure sur les enjeux culturels de l’internet, qui avait tout en reconnaissant la pertinence de cet argument, montré sa relativité et les difficultés de son application, d’autant que les jeunes sont également en face de la pornographie à travaux d’autres canaux. Il apparaît qu’il faut adopter une position médiane.

La pertinence des contenus
La question des contenus a également été abordée, non seulement dans le cadre de leur consultation dans les télécentres mais aussi de façon générale. SB à provoqué le débat en écrivant : «  Cette question du contenu m’agace beaucoup. Il suffit de passer une heure dans un cybercafé en Afrique à regarder par dessus l’épaule des clients pour voir que l’application la plus utilisée, et de loin, est le courrier électronique... Avec Internet, on ne doit plus se préoccuper de contenu : comme avec le téléphone, on crée un média, pas un spectacle. ». PM répliquera  : « Il ne suffit pas d’avoir le média pour avoir le message, tout comme avoir une langue (l’organe physique) ne suffit pas à parler bien, clairement et avec les mots venant aisément... Le courrier électronique est une chose, mais la numérisation de nos savoirs et cultures, et leur "présentation" via le web est le véritable challenge.... Les utilisateurs veulent se connecter sur des sites de Wemba, de Youssou qui soient localisés à Dakar, à Kin ». Dans le même ordre d’idée, KL s’étonnera  : « Même si le courrier électronique est en Afrique, comme dans le monde entier, l’application la plus utilisée, cela justifie t-il le fait qu’il n’y ait pas un besoin de contenus locaux à créer ? ... N’est-il pas utile que des agents travaillant dans le secteur rural puisse avoir une plateforme d’informations en ligne (sorte d’extranet) qui puisse leur permettre de pouvoir, depuis les diverses localités du pays, s’y référerpourmieuxfaireleurtravail,plutôt quede se déplacer sur des kilomètres ou d’attendre la poste à chaque fois pour avoir l’information recherchée ? Etc.  ». PV approuvera en indiquant : « Je pense que les cybercentres peuvent avoir un rôle important à jouer en terme de formation et de création de contenu. Ils pourraient devenir des centres de capitalisation et de diffusion du savoir, en les couplant peut-être avec d’autres medias tels que la radio dans les zones les plus reculées.  », alors que MMb affirmera : « Le net Africain se fera avec un contenu ou ne se fera pas ». SN quant à lui précisera  : « Dire qu’il suffit de numériser les contenus existants et a mon avis assez simpliste. Il y a toute une démarche à créer d’abord : d’abord être sur d’avoir des utilisateurs (ça parait évident, mais ce n’est pas si sur), savoir comment le leur présenter et pouvoir faire vivre ce contenu. Toute cette démarche n’est malheureusement pas encore ancrée dans la mentalité des "faiseurs de contenus africains" ».

Questions techniques
Les contributeurs du forum ont également réfléchi sur les aspects techniques liés au fonctionnement des télécentres, tout en l’élargissant sur des problématiques générales. Ainsi JMM s’est demandé s’il ne fallait pas œuvrer pour l’optimisation de la bande passante africaine puisque son coût contribue à alourdir les dépenses, entre autres au niveau des télécentres  : « Ne trouvez vous pas cela paradoxal que la majorité des africains « checkent » leur mails Yahoo ou Caramail....c’est à dire qu’un malien pour envoyer un mail de Bamako à Dakar a de fortes chances d’utiliser un compte Yahoo...c’est-à-dire utiliser cette bande passante internationale (si chère) ». MMb se demandera si l’utilisation des logiciels libres ne pourraient pas contribuer à la réduction des charges au niveau des télécentres, logiciels pour lesquels SO réaffirme sa réserve : « Je ne veux pas d’un internet libre qui nous maintient dans un environnement esclave où je ne suis qu’un simple consommateur ; En fait, rien n’est libre, on quitte un environnement pour aller se rendre prisonnier dans un autre. ». DO, rappellera qu’on a « tendance à penser qu’une fois l’ordinateur branché est fourni, l’accès est établi ...Quels logiciels, claviers conviennent mieux aux besoins, comment mieux faciliter l’emploi de l’audio par les utilisateurs, quelles langues faut-il supporter dans des sociétés multilingues, etc. ? C’est une question qui concerne avant tout les télécentres  ». Il s’interrogera également sur la conformité entre la disposition du clavier et les langues des utilisateurs : «  si on veut saisir quelque chose dans une langue qui utilise des caractères non prévus par les claviers et dispositions de claviers standards, comment faire ? C’est effectivement un empêchement pour utiliser beaucoup de langues africaines. ».

Partage d’expériences et de documents
Au total dans la discussion du thème, des expériences de divers pays ont été présentées ou mentionnées (Bénin, Burkina Faso, Gabon, Mali, Sénégal, Niger, Congo, France, Belgique, Brésil, etc.). Différents documents (liens) ont été proposés aux abonnés de la liste. Les mentions entre parenthèses représentent les initiales des personnes les ayant proposés. Plus de 140 messages ont été envoyés au total sur ce thème, dont plus de 90% correspondant au thème. Quarante-trois personnes on contribué, dont au moins deux femmes.
Liens des documents proposés (non exhaustive parce que certains documents étant contenus directement dans les messages) :
- "Comment bâtir un telecentre ? http://unesdoc.unesco.org/images/0012/001230/123004e.pdf", (JMM)
- http://www.iafric.net/div/ouvrages/coralie.htm note de lecture sur le livre « Les accès publics d’accès à l’internet » (KL)
- Etude sur les NTIC au Burkina http://www.burkina-ntics.org/publica.html  ; (SO)
- Etudes sur les espaces publics en France http://www.123interview.com/Rapport-EPM
- Appel d’offres a/s télécentres au Bénin http://www.gouv.bj/offre/pnud1.htm (CA)
- Expérience d’accès gratuit par les logiciels libres au Brésil http://www.mediasol.org/xarticle.php3 ?id_rubrique=8&id_article=2972 ; (PV)
- Initiatives internationales de télécentres http://intif.francophonie.org/PAJE/ ; http://www.f-i-a.org/reseau-paje/, http://www.unesco.org/webworld/build_info/gct/index.shtml ; http://www.idrc.ca/pan/teleproj.html  ; (KL)
- Textes sur les télécentres et leurs durabilité http://www.developmentgateway.org/ict/telecenters (DR)
- TIC dans le monde rural http://www.ictdevagenda.org/frame.php ?dir=07&sd=10&id=364  ; (GL)
- Espaces publics en Belgique : http://www.veille-citoyenne.be/download/EPN_Wallonie_A5.pdf  ; (DR)
- Logiciel libre de gestion de télécentre créé en France http://epnadmin.pierrefitte93.fr/ » (PV)
- Expérience WIFI en milieu rural, http://www.jhai.org/jhai_remoteIT.html  ; (L)
- Etude des cas indiens http://www.ticad.gouv.bj/ppt/Rajesh-fr_fichiers/frame.htm  (L)
- « La folie du web au Burkina) http://www.afrik.com/journal/decouverte/ ?dec-712-10.htm
- Evaluation des télécentres http://www.educ-pop.org/379  (PV)

Contributeurs
ALI DAO (AD) ARMAND MAVINGALassana KABORE (KLas) Baudouin Schombe (BS) Brice TOFFOUN (BT) Christian Akplogan (CA) Dacosta Aly Denis Pansu Djiby Bathily Djilali Benamrane (DB) Don Osborn (DO) Emmanuel Lacroix (EL) Tanguy NZUE OBAME (TON) Fullsack Jean-Louis (FJL) GBAGUIDI Donaldine (GD) George(s) Lessard (GL) Guy Raoul GBAGUIDI (GRG) Javier Simó (JS) Jean Michel Mas (JMM) Ken Lohento (KL) Lawase Akpolou Leguss (Roland)  MALIN AMANI (MA) Jean-Luc RAYMOND (JLR) Michel Bongiraud (MB) Misse Misse (MM) Moustapha MBENGUE (MMb) Ousmane Ly (OL) Patrick Yvon GANKPA (PYG) Paul MOUKETA (PM) Pierre DOVONOU (PD) Philippe Villette (PV) Rakotonoera Denis (RD) Ramata Sore (RS) S. ABOU GUIGMA Seydina Ndiaye (SN) Stephane Bortzmeyer (SB) Sylvestre.ouedraogo (SO) TehacheTshimbulu Ntambue (TN) Vivianne Tchatchoua (VT) Xulucity

Synthèse réalisée par Ken L. avec l’appui de Moustapha Mbengue

Ce document est une production de la liste africa_net.  copy left - Africa_net
 
 


 

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> Télécentres en Afrique : durabilité, relations-privés/communautaires.

4 février 2006, par Bakay Faye

Bonjour Je remercie bien vivement Monsieur Stéphane Dabiré pour ses félicitations et l’appréciation positive qu’il a bien voulu porter sur mon article. Ainsi, l’intérêt qu’il porte au monde rural est manifeste. C’est pour cette raison que, ayant le plus grand plaisir à lui donner les réponses ci-après, je souhaite que tous ceux et toutes celles qui sont intéressés par la question apportent leur contribution pour un débat de fond au bénéfice du monde rurale.

1)- L’appui au processus de décentralisation et la réduction de la pauvreté demeurent quelques uns des fondements de la politique du gouvernement sénégalais depuis un certain nombre d’années. Les NTIC ont été considérées comme un levier important pour la mise en œuvre de cette politique. Le Comité national informatique (CNI) a été constitué en 1972 et chargé de formuler et coordonner une politique nationale en matière d’informatique. En 1987, la Délégation à l’informatique (DINFO) fut créée pour mettre en place les éléments d’une stratégie pour le développement de la technologie de l’information. Le décret 2001 - 476 du 18 juin 2001 portant création de la direction informatique de l’Etat (DIE) vient en approfondissement à cette politique. Celui-ci assigne à la DIE entre autres missions les tâches suivantes :
-  La mise en place d’un cadre cohérent de promotion des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC) pour les prochaines années ;
-  La définition du rôle de l’administration dans la promotion des NTIC ;
-  Le renforcement des instruments de mise en œuvre de la politique nationale par l’amélioration des mécanismes de partenariat avec les principaux acteurs de développement des TIC au niveau national et international. Il s’agit aujourd’hui d’adapter aux exigences et réalités locales un concept quasi universel plutôt que de réinventer l’histoire ; dès lors trois enjeux majeurs au développement de l’économie des NTIC au Sénégal se déclinent comme suit :
-  Un enjeu politique : il s’agit de renforcer le processus démocratique et la bonne gouvernance par l’utilisation des NTIC dans l’administration ;
-  Un enjeu économique : il s’agit de favoriser l’émergence d’un secteur privé de services à valeur ajoutée compétitif, et d’une diversification des centres de décision en matière économique avec un partage des ressources, de l’information et du savoir ;
-  Un enjeu culturel : puisqu’il s’agit d’une reconnaissance, voire d’un encouragement à l’expression des diversités locales. Par ailleurs, de définir les valeurs de la société de demain pour que l’avenir éclaire les décisions du présent.

2)- Ces préoccupations doivent concerner toutes les populations du pays, urbaines comme rurales, car la disponibilité de l’information rend encore plus aisée l’utilisation des moyens de communication participatifs au profit des communautés rurales. Or, les nouvelles unités de gouvernance locale (les communautés rurales notamment) se trouvent confrontées à une pénurie d’informations utiles pour une gestion rationnelle des ressources locales. Il leur manque l’équipement et la maîtrise des outils des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) qui leur est nécessaire pour accéder aux informations, les maintenir à jour, et les diffuser aux élus, électeurs et autres segments de la population concernée. Dans le domaine des TIC, il ne doit pas être question d’entretenir une marginalisation continue des populations à la base. Il conviendra donc dans une approche dynamique de développement, de mettre l’accent sur les usages locaux des TIC pour la résolution des problèmes locaux de développement (santé, éducation, économie, gouvernance locale, etc.) L’accès aux technologies de l’information et de la communication devient alors une nécessité pour : a) - Amener des populations à découvrir, à connaître les TIC et à mesurer leur importance dans leurs activités (gain de temps, réduction des coûts de déplacement par l’utilisation du téléphone par exemple) ; b) - Résoudre en partie, les problèmes de l’emploi par l’exploitation de télécentres, notamment communautaires, avec accès à Internet, services de photocopies et de traitement de textes ; c) - Effectuer un commerce électronique rudimentaire par l’utilisation des télécentres pour la vente de produits agricoles transformés (l’information sur les prix des produits peut être obtenue sans déplacement dans les centres urbains et autres localités rurales éloignées grâce au téléphone) d)- Permettre aux populations d’être aussi des producteurs et pas seulement des consommateurs de contenus de programmes radio et télévisions (en préparant et émettant leurs propres programmes en fonction de leurs besoins spécifiques).
-  La mise à contribution et la formation des acteurs au développement (jeunes, femmes et personnes âgées) pour la mise à profit des TIC dans toutes les actions de développement.
-  Combattre globalement l’ignorance et la pauvreté par les TIC (téléchargement de programmes éducatifs pour les écoles et pour les vulgarisateurs ruraux, etc.).

3) - Expérience de la Communauté rurale de Malicounda Comprenant les enjeux liés à l’émergence et au développement des TIC dans tous les secteurs de la vie sociale, le conseil rural de Malicounda, organe délibérant de cette collectivité locale a décidé de tout mettre en œuvre pour connecter la Communauté Rurale de Malicounda au monde des TIC et à la Société Ouverte de l’Internet. Il s’agit, grâce à un important projet financé par l’OSIWA (Open Society Initiative for West Africa) et réalisé par l’ONG CRESP (Centre de Ressources pour l’Emergence Sociale Participative), de faire bénéficier la localité de :
-  un site Web (www.sip.sn/malicounda) visible au niveau national et international, contenant une base de données d’informations pour prendre des décisions au niveau local et pour les membres de la communauté ;
-  un centre de formation et de ressources informatiques avec 20 ordinateurs connectés à Internet ; - des formateurs experts engagés dans l’éducation de la population de Malicounda aux techniques de secrétariat et à l’utilisation d’Internet ;
-  un cyber centre fonctionnel avec 15 ordinateurs ;
-  près de 300 personnes formées et préparées à l’utilisation de ce cyber centre. Cela inclut 200 diplômés des deux premières sessions et 100 diplômés supplémentaires ;
-  un plan de gestion qui permettra aux deux centres d’activité de demander des prêts et d’en financer sans problème. En conclusion, nous pensons que les populations rurales, s’appropriant les TIC, gagneraient exactement ce que gagnent les populations urbaines. Mais l’accès aux infrastructures de base comme l’électricité, reste une des conditions essentielles pour l’ouverture du monde rural aux Technologies de l’information et de la Communication. Je vous remercie des contributions que vous voudrez bien apporter au débat.

Bakary Faye, Conseiller rural.


Universite Cheikh Anta DIOP - DAKAR

> Télécentres en Afrique : durabilité, relations-privés/communautaires.

3 février 2006, par Der Stéphane DABIRE

Félicitations à Bruno et à Ken pour cette synthèse combien intérèssante et instructive sur les "Télécentres" en Afrique. Tout en relevant une insuffisance du débat sur les questions technico-économiques(problèmes et coût d’électrification de nos pays, je veux apporter une contribution sur le volet services payants/gratuits. Il y a trois positions là-dessus,mais il faut se rendre à l’évidence que le service gratuit n’existe pas dans les systèmes de représentations sociales en Afrique. Il y a un prix symbolique à tout service. Il se traduit en un gain de capital social ou politique dans la majorité. D’où, il faut se pencher vers une abordabilité des services et non vers la gratuité.

> Télécentres en Afrique : durabilité, relations-privés/communautaires.

27 avril 2004, par Jean-Louis Fullsack

Bravo pour cette très intéressante synthèse autant que rétrospective des "télécentres".

Si le contenu et les aspects sociétaux (accès, adéquation, réponse aux besoins "in situ", ... ) ont été abondamment illustrés, il me semble qu’un paragraphe sur les aspects technico-économiques n’aurait pas été inutile.

Concernant les "modèles" il serait aussi intéressant de comparer celui de l’UNESCO à celui de l’UIT (avis aux thésards en mal de sujet).

En tous cas un grand merci à Ken pour son travail si intensif et à Bruno pour en faire bénéficier les camarades et amis de CSDPTT !

Bonne continuation et bien amicalement Jean-Louis Fullsack a

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