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Les enjeux de la téléphonie rurale en Afrique

Enjeux de la téléphonie rurale en Afrique

 

La première fois, que nous avons discuté de l’opportunité d’amener le téléphone avec des responsables d’un groupement villageois, il y a de cela 10 ans environ, nos interlocuteurs nous ont tout de suite fait part de trois besoins immédiats :

  • pouvoir communiquer avec l’hôpital le plus proche en cas d’urgence médicale. Ce besoin fut illustré par des récits d’accouchement difficiles parfois suivis de décès
  • pouvoir communiquer avec les jeunes du village, le plus souvent partis en ville suivre leurs études, et plus généralement avec le reste de la famille résidant hors du village pour échanger des nouvelles
  • favoriser la vente de la production de fruits du village alors qu’une partie pourrit sur place faute d’acheteurs.
  •  

     

Des besoins qui ne diffèrent guère de ceux de nos sociétés occidentales où le téléphone est un objet des plus banals devenu indispensable. Inutile non plus de s’étendre sur les retombées que le téléphone pourrait avoir sur le développement du village. Voilà maintenant près de 30 ans que les experts de l’UIT (Union Internationales des Télécommunications) ont mis en évidence une forte corrélation entre développement et nombre de lignes téléphoniques principales.

Aujourd’hui, alors même que l’ensemble des acteurs du développement semble s’être rallié au concept de développement intégré, il semble inconcevable de parler de développement sans communication et donc sans téléphone.

Du point de vue des structures administratives et politiques, comment construire des Etats solides en laissant la plupart des sous-préfectures ou même parfois des préfectures sans téléphone  ?

Enfin, pour le sociologue qui se penche sur le changement social, l’arrivée du téléphone doit être accompagnée d’un certain nombre de précautions. Il arrive par exemple que des téléphones destinés à un usage collectif ne puissent fonctionner faute d’une appréhension claire des réalités locales par les technocrates : cet outil ravive toute une série de rivalités locales souvent difficiles à percevoir pour un étranger au village. Cependant, le téléphone est aussi " un instrument " transporteur " des préoccupations économiques et sanitaires mais aussi un outil qui les exprimerait " mais surtout " les populations rurales ont un impératif d’adaptation parce qu’elles sont engagées, bon grès mal gré dans la violence du changement social et de la mondialisation ! L’impératif d’adaptation des populations rurales au sud du Sahara s’exprime en termes d’ouverture sur l’extérieur  ; c’est une nécessité absolue, si elles ne veulent pas accélérer leur propre décomposition identitaire, structurelle et organisationnelle ".

Dans la zone francophone, le pays le plus avancé, le Sénégal, atteint une densité téléphonique de 1,7 %. La plupart des abonnés réside en ville, et la moitié des 10 000 télécentres sont à Dakar. Bien sûr, la notion de couverture géographique paraît plus adaptée et ce pays s’est fixé des objectifs de distance minimum par rapport au premier poste de téléphone. Mais, doit-on pour autant se satisfaire de ces modestes objectifs ?

Pourtant, le développement rapide d’Internet, ses usages et applications multiples ainsi que la volonté des francophones pour rattraper leur retard par rapport à l’hégémonie américaine ont largement contribué à remettre la communication aux premiers plans des préoccupations. Ici ou là, on entend de plus en plus des voix affirmant le droit à la communication pour tous : la communauté internationale semble se pencher sur le problème, un groupe d’experts de l’ONU vient de rendre un rapport, le dernier G8 a lui aussi décidé de commander un rapport pour étudier les moyens de diminuer la " fracture numérique ". On aimerait croire qu’il ne s’agit pas seulement d’étendre toujours plus le marché rémunérateur et que l’objectif n’est pas uniquement de se partager les clients les plus " solvables " dont certains sont toujours privés de lignes téléphoniques.

Aujourd’hui les télécommunications ont été libéralisées partout en Afrique ou vont l’être dans un très proche avenir. Les anciens monopoles d’Etat, désormais partiellement privatisés au profit d’un opérateur stratégique, ont quelque peu accéléré la construction de lignes téléphoniques en zone rurale. Cela faisait partie des contraintes imposées par les Etats aux opérateurs candidats aux appels d’offre lors de la privatisation. Mais ce sont surtout les petites villes qui en ont bénéficié. Ainsi, en Côte d’Ivoire, un premier plan de raccordement de 400 villages se termine et un autre en concernant 1000 autres va débuter. Le pays compterait cependant 10000 villages environ ... et le monopole dont a bénéficié la CI-Telcom devrait bientôt être levé. On est en droit de se demander si les autres villages seront un jour reliés au réseau au rythme où se font les raccordements.

Les téléphones mobiles constituent-ils une alternative dans ce pays, l’un des premiers où le nombre d’abonnés au réseau mobile a déjà dépassé celui des abonnés au fixe ? Sans doute pour ceux qui en ont les moyens mais la grande masse des habitants des zones rurales devra-t-t-elle alors être livrée à quelques commerçant peu scrupuleux capables de faire payer 2 ou 3 fois plus cher ? On pourra certes annoncer officiellement une couverture quasi totale du pays mais cela ne signifiera certainement pas l’accès pour tous au droit à la communication.

Le satellite peut-il constituer une alternative ? Voilà près de 20 ans que les pays africains se sont regroupés au sein de RASCOM (Organisation Régionale Africaine de Communication par Satellite) afin de lancer leur propre satellite capable de raccorder tous les villages. Au moment de son lancement, ce projet a suscité une importante mobilisation parmi le personnel des opérateurs qui est allé enquêter dans de nombreux villages. Ce projet n’avait bien sûr pas l’assentiment des opérateurs occidentaux : la plupart des communications entre deux pays africains passaient le plus souvent par un pays d’Europe qui empochait au passage une partie du coût de la communication. Aujourd’hui, après une intense compétition américano-européenne, dont le projet a finalement bénéficié puisqu’il a enfin débouché, après être longtemps resté au point mort, un accord a été conclu avec ALCATEL, mais les nouvelles sur son degré d’avancement se font rares. ALCATEL n’est-il pas parallèlement l’un des plus gros investisseurs du projet Globalstar (le système Globalstar est un réseau de communications mobiles par satellites évoluant en orbite qui est conçu pour fournir des services de téléphonie personnelle à des utilisateurs répartis dans le monde entier ; appareil à 7000FF et communications à 10FF la minutes) qui après l’échec d’Iridium (réseau de communications mobiles par constellation satellitaire), se présente aussi comme une solution à la téléphonie rurale alors qu’il était initialement destiné aux hommes d’affaires mobiles ?

Ainsi, laisser faire le marché a permis une certaine accélération de la construction de lignes téléphoniques en Afrique mais la limite fixée par la nécessaire rentabilité est proche et, bien entendu, les zones jugées non rentables (ou pas assez rentables) resteront exclues. Les solutions satellitaires, à part RASCOM (60 centimes la minute) qui avance trop doucement, comme les mobiles, ne s’adressent pas à l’ensemble de la population rurale mais à une minorité de clients aisés. Il faudra donc bien que la communauté internationale se penche sur la question de façon plus énergique. Les solutions techniques ne manquent pas.

Il ne serait pourtant pas difficile de lever les fonds nécessaires en regard des profits engrangés dans les télécommunications et des sommes faramineuses disponibles. RASCOM ne coûterait que 500 millions de dollars soit de l’ordre de 100 fois moins que ce qu’a coûté le rachat d’Orange par France Télécom.

Pourquoi ne pas taxer, même de façon infime, ce type de transaction à l’image de ce que proposent les partisans de la taxe Tobin, proposition qui fait petit à petit son chemin ? On aurait largement de quoi financer le raccordement de chaque village du monde au réseau téléphonique. Un investissement qui d’ailleurs serait, soulignons-le, bénéfique aussi pour les opérateurs puisqu’ils augmenterait de façon considérable le nombre de personnes susceptibles d’appeler et d’être appelées. Cette somme ne saurait cependant être livrée directement aux opérateurs. Que l’UIT accepte enfin de collaborer avec les ONG et cette somme pourrait être gérée sous le contrôle d’une commission comprenant des représentants des populations, des experts en télécommunications choisis par les ONG représentatives, des représentants de l’UIT, des Etats concernés et des opérateurs et constructeurs chargés de réaliser techniquement le projet ? Seul manque la volonté politique et seule la pression des citoyens dans le monde entier est à même de faire emporter la décision.

  Bruno Jaffré


 

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Les enjeux de la téléphonie rurale en Afrique

10 janvier 2008, par elodie

Bonjour,

Je suis étudiante en école de commerce, et dans le cadre d’un cours en partenariat avec une école d’ingénieurs nous essayons de mettre en place un projet de service sur téléphone mobile répondant aux besoins spécifiques de l’Afrique subsaharienne (pour rétrécir l’environnement, nous avons choisi le Sénégal, La Cote d’Ivoire et le Cameroun).

Cependant, nous n’avons que peu (pas) de connaissances sur ce marché et ses besoins. Pouvez-vous nous donner des pistes de sites ou d’associations pouvant nous aider à avoir une connaissance plus précise des demandes sur ces PVD d’Afrique ?

Merci beaucoup !!

> Les enjeux de la téléphonie rurale en Afrique

19 août 2005, par Bruno JAFFRE

Cher monsieur, Ce serait plus facile de dialoguer si vous laissiez vos coordonnées... Mais juste une remarque, l’article date de 2001 et a donc été écrit avant le désengagement d’ALCATEL de Globalstar si je ne me trompe. Nous avons d’ailleurs largement rendu compte des difficultés de globalstar tout comme celles d’Iridium d’ailleurs dans la lettre de CSDPTT (taper "globalstar" dans notre procédure de recherche). Même remarque pour RASCOM, nous rendons compte régulièrement du projet dans la lettre de CSDPTT... Mais il faut reconaitre tout de même qu’entre la naissance du projet RASCOM, né bien avant le développemnt des mobiles, et sa réalisation, le marché à une physionomie bien différente et qu’il va avoir du mal à se faire sa clientèle. De la à penser que les multinationales ont tout fait pour en empêcher voir en retarder sa conrétisation... En tout cas merci d’intervenir sur notre site nous permettant ainsi d’approfondir le débat. A propos si vous avez des information sur le financement du projet n’hésiter pas à nous les faire parvenir.... Bruno Jaffré

> Les enjeux de la téléphonie rurale en Afrique

6 août 2005

Bonjour M. Jaffré, Votre article, qui a le mérite d’attirer l’attention sur le besoin vital de télécommunications rurales en Afrique, présente deux "approximations" qui méritent d’être corrigées : 1) Alcatel s’est complètement désengagé de Globalstar. 2) Le programme Rascom est en plein développement, tant au niveau du satellite (voir par exemple http://www.rascomstar.net/web/contenu/news/pdf/YqxdTl2.pdf) qu’au niveau du segment sol. La prévision de mise en service du système est de 2006

> Les enjeux de la téléphonie rurale en Afrique

27 juin 2005, par Jean-Louis Fullsack

Bonjour Monsieur Folléa

Merci pour l’intérêt que vous portez à notre association et à ses publications.

Sur le fond je m’interroge sur l’opportunité d’un indicateur "village sans téléphone" dans le cadre d’un programme de décentralisation. Mais ce cadre présente indéniablement une forte sensibilité quant à la desserte des zones éloignées et isolées en moyens de communications, ne serait-ce que pour traduire les liens d’appartenance à l’entité nationale qui se déclinent sous différents aspects : politiques, administratifs, économiques et sociétaux pour faire court.

La question posée relève ainsi d’une problématique complexe ou au moins à différentes "entrées", et mérite un séminaire à elle toute seule ! A défaut, une discussion me paraît s’imposer et je suis prêt à y participer (mais j’habite à Strasbourg ...). Est-il possible de se rencontrer ?

A défaut d’une rencontre voici quelques éléments de réponse :

-  Bien définir le "Village" : population concernée mais aussi la place du "village" dans l’organisation socio-économique et administrative. Cette définition devrait déboucher sur une typologie en fonction de quelques critères dont le majeur est probablement la population concernée (cinq ou six "classes" de villages, p.ex.). S’agissant du problème posé, on peut diviser chaque "classe" de village en deux : ceux qui disposent d’un accès au réseau de télécommunication et ceux qui n’en disposent pas. Le "Village sans téléphone" serait ainsi le résultat d’un tri facile et compréhensible pour tous.

Ce qui à mon avis constitue probablement l’indicateur le plus pertinent quant à l’importance (urgence) de la desserte en moyens de télécommunications, est "le bassin", c’est-à-dire la zone géographique concernée par l’absence d’un accès au réseau de télécommunications. Ce "bassin" peut contenir plusieurs "villages" ou groupements de population, qu’il convient de définir en termes de superficie et de population totale concernée. C’est un concept qui transcende le "village" (qui dans certains types d’habitat est difficile à identifier) et ramène à l’essentiel : ces vastes espaces -souvent très éloignés- à désenclaver et à intégrer dans les structures du pays. Une typologie de ces "bassins" pourrait être établie en fonction de deux ou trois critères principaux, le premier étant la population totale concernée.

-  Dans la mesure où la décentralisation (administrative) est concernée, un critère majeur devrait porter sur l’éloignement du village ou du "bassin" concernés par rapport au centre de décision le plus proche ou hiérarchique. Dans le cas de la question posée, ces centres de décision disposent ou non d’un service de télécommunications. Dans ce dernier cas l’éloignement devrait être établi par rapport au centre disposant de ce service le plus proche.

Pour le Mali, le gouvernement a défini un Plan de desserte progressive des villages les plus importants ("les 701 villages" si j’ai bonne mémoire) et des chefs-lieux principaux.

L’indicateur "bassin" devrait prendre en compte les réalisations et le calendrier de ce Plan. Il deviendrait ainsi un outil de "pilotage" pour le gouvernement, d’autant plus utile qu’il est en cohérence avec les paliers de décentralisation visés.

On pourrait ainsi relier les problématiques de la décentralisation (qui s’appuie indiscutablement sur les moyens de communication pour les entités administratives concernées) avec un Programme de desserte en moyens de télécommunuications décliné selon des priorités en fonction de la typologie décroissante des bassins identifiés.

Question "où trouver les informations" :

A la Direction générale de la SOTELMA pour l’équipement en télécommunications et la desserte des villages par le réseau fixe.

Une recherche en termes de couverture du territoire par les deux opérateurs mobiles -Malitel et Ikatel- me paraît indispensable, la communication via mobile contribuant indéniablement au désenclavement (bien qu’il faille faire quelques réserves)

A l’Agence de régulation des télécommunications.

Aux services des Ministères concernés (que vous connaissez probablement)

Bonne réussite dans votre travail

Jean-Louis Fullsack

> Les enjeux de la téléphonie rurale en Afrique

25 juin 2005, par Folléa

Bonjour Mr Jaffré, dans le cadre de la préparation d’un projet d’appui budgétaire de l’UE à la décentralisation malienne, nous devons identifier un certain nombre d’indicateurs mesurant différentes améliorations des conditions de vie des populations. Je souhaite introduire un indicateur "villages sans téléphone", mais j’ai beaucoup de mal à convaincre nos commanditaires que cet indicateur est pertinent d’une part et mesurable facilement d’autre part. Le téléphone semble parfois perçu comme un luxe... Pouvez-vous m’aider ? (1) sur la pertinence de l’indicateur ; (2) sur la possibilité de trouver ces données ; (3) sur des contacts utiles au Mali Je suis à Bamako jusqu’au 1 juillet. Vincent Folléa follea@aol.com

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