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Compte rendu du séjour à Cotonou à l’occasion du forum sur la téléphonie rurale

Compte rendu du séjour de Bruno Jaffré à Cotonou dans le cadre du forum Cotonou , capitale... de la téléphonie rurale

- Tout de suite dans le vif du sujet

Je voyage à l’aller en compagnie d’un commerçant béninois, importateur de matériel électronique hi-fi et vidéo. La discussion se tourne très vite vers le téléphone. Il est peu répandu au Bénin : " J’ai voulu l’installer dans les faubourgs de Cotonou, on m’a fait payer 165000 FCFA car il y avait des poteaux à poser. Mais ça durait. J’ai du donner 15000 FCFA au technicien pour que l’installation se fasse. Il dit toujours qu’il manque telle ou telle chose, du câble un combiné. Il y a des gens qui ont payé qui peuvent attendre un an sans rien voir venir. " Il se trouve que dans la navette qui transporte les conférenciers à leurs hôtels, je me trouve avec les membres de RASCOM . j’en profite pour engager la conversation. Je me plains du manque d’information de l’absence de site Internet. J’apprends que les négociations avec ALCATEL ont duré près de 7 mois pour régler toutes les modalités. Le système de financement prévu est de type BOT (build, operate, transfer). Alcatel doit entièrement installer le système à ses frais et récupérer le chiffre d’affaires générées par les communications pendant dix ans. Le système doit ensuite être cédé progressivement à RASCOM qui doit alors prendre en charge la maintenance mais récupérer aussi les bénéfices. RASCOM est basé sur le lancement de 2 satellites géostationnaires dont la durée de vie est d’environ 15 ans soit près du double des systèmes à orbite basse tels Globalstar et Iridium. Le premier satellite devrait être lancé en 2002, un délai trop long mais selon mon interlocuteur un délai incompréhensible pour prendre en compte la construction du satellite. Je m’informe de savoir si Alcatel a touché des subventions, il pense que non mais ajoute que ce n’est pas leur problème. Je lui fais part de mes inquiétudes sur le fait que ALCATEL est partie prenante y compris comme investisseur sur de nombreux projets de satellites en particulier Globalstar. France Télécom et Alcatel ont en effet constitué une joint-venture pour commercialiser les services de Globalstar dans une partie de l’Afrique et de l’Amérique Latine. De même les opérateurs internationaux possédant des capitaux dans les opérateurs nationaux africains, et présents aussi dans des systèmes comme Globalstar ne risquent-ils pas de freiner le développement de RASCOM. En guise de réponse, mon interlocuteur me dit que Globalstar ne s’adresse pas à la même clientèle. Globalstar annonce pourtant vouloir installer des cabines publiques dans les villages et lors de la conférence on apprendra qu’en Mauritanie un accord a été conclu avec Globalstar pour l’installation de cabines dans 1000 villages. Bien sur l’ambition de RASCOM consiste à fournir 500000 terminaux, mais le début de la commercialisation doit commencer au plus tôt deux ans après Globalstar. Combien de clients auront alors été captés qu’il sera difficile de récupérer et qui sans doute seront parmi les plus aisés et les plus gros consommateurs de télécommunications ?

- Discours remarqué du Président du BDT

Le lendemain, vendredi 3 décembre, je découvre le lieu de la conférence. Il y a au plus une soixantaine de personnes dans la salle. Peu de représentations politiques si ce n’est des membres des agences de régulation constituées un peu partout en Afrique mais surtout des représentants des opérateurs qui ne sont pas non plus tous présents, loin de là. Ce à quoi j’assiste n’est pas très passionnant. Les exposés ressemblent plutôt à des publicités. Le président du BDT (Bureau de Développement des Télécommunications de l’UIT), M. Hamidoun Touré est là. Je profite d’une pause pour l’aborder et lui donner en main propre la présentation de CSDPTT ainsi qu’un numéro de la Lettre de CSDPTT. Il m’écoute poliment, prend mes documents. Je lui explique que nous avons entendu parler des discussions en cours avec certaines ONG pour l’intégration de celles-ci au sein de l’UIT. Et surtout je lui fais part des démarches que nous avons entreprises auprès de l’UIT pour que la récupération de matériel puisse être organisée en particulier du matériel de transmission qui aurait pu servir au réseau PANAFTEL qui traverse l’Afrique de part en part. Il n’est visiblement pas au courant et je lui donne donc le nom de son collaborateur à qui la question a été posée par le porte-parole du collectif d’ONG en discussion avec l’UIT il y a déjà pourtant plusieurs semaines. J’écoute attentivement l’exposé concernant l’expérience du TCP de Tombouctou. Un exposé de la part du représentant de l’UIT en Afrique, basé à Dakar, qui en vante les aspects mais semble assez loin des réalités. Il reconnaît cependant que " certains " ont trouvé les coûts excessifs. Des réactions de la salle ne tardent pas qui jugent les coûts excessifs (900 millions de FCFA à Tombouctou, 600 millions au Bénin). Des questions portent aussi sur la réalité d’un télécentre et son activité. J’interviens pour expliquer combien la participation de la population a été décisive et transmet quelques-unes de leur revendication. Si les téléphones en zone rurale sont en train d’être installés, le réseau des femmes n’a pas encore été mis en place. Je cite aussi quelques exemples de dysfonctionnement. Là-dessus, le président du BDT fait une intervention remarquée. " J’ai honte. J’ai honte de l’argent qui a été mis dans ce projet. Avec ça nous aurions du faire 20 télécentres. Il faut cesser de faire intervenir des experts venus d’ailleurs. Nous avons commencé. Nous avons fait intervenir des experts de la zone en Afrique australe. Cela nous a coûté 3 fois moins cher. On me dit que lorsque nous faisons intervenir des experts d’un pays voisin, il n’est pas accepté. Ce sont des africains qui disent ça ! Mais regardez dans la salle. Il y des africains et des non-africains. Mais nous avons tous été formés dans les mêmes écoles ! Moi qui suis à Genève, je regarde autour de moi. Les gens n’ont besoin de rien. Je suis trop loin de la réalité du continent, comme le sont les experts venus d’autres continents. Je suis fermement disposé à changer tout ça et je compte sur vous tous pour que nous y arrivions tous ensemble. Le développement commence par la tête. Les équipes dirigeantes sont décidées à nous sortir du sous-développement. Des non-africains font preuve de bonne volonté. Ils font parfois des efforts surhumains pour faire passer des lignes de crédit dans leur budget. Mais la charité ne fait pas le développement. Il faut créer des partenariats. Promettons-nous tous ensemble de faire un pas dans ce sens-là."

- Débats passionnants

Le lendemain, une séance va s’avérer passionnante. Un panel représentatif des opérateurs présents dans l’assemblée est constitué pour partie d’opérateurs privatisés, pour partie d’Offices de postes et télécommunications. Chacun doit intervenir tout à tour sur des questions tournant autour de la définition de ce qu’est la téléphonie rurale, la stratégie des uns et des autres dans ce domaine, l’ouverture ou non de la concurrence sur ce marché, la rentabilité ou non des télécommunications en zone rurale. La conférence prend une toute autre tournure. Le débat qui suit est particulièrement riche. Il tourne autour de questions fondamentales telles que le service universel, la rentabilité ou non du téléphone dans les zones rurales, la mise en place de fonds de développement par les agences de régulation destinés à développer les télécoms dans ces zones. La plupart des pays où la téléphonie rurale est peu développée ont mis en place de tels fonds tandis qu’au Sénégal où le pays est en avance dans ce domaine il n’y en a pas. Le représentant de CI-Telcom explique que les zones choisies pour l’extension du réseau l’ont été pour des raisons politiques et que l’opérateur sans les contraintes imposées au cours de la privatisation par le gouvernement aurait choisi d’autres critères basés surtout sur la rentabilité Un riche débat s’installe sur le fait de savoir si le téléphone est rentable ou non en zone rurale. Je me rends compte que les études de rentabilité apparaissent toutes approximatives ou fortement dépendantes de la région où elles ont été menées. Ainsi, un représentant de Côte d’Ivoire explique que les études réalisées jusqu’ici n’ont pris en compte que les appels sortants qui génèrent des reversements dans les pays destinataires. Et pour cause dit-il, " les transits internationaux sont incapables de nous dire si les appels entrant dans nos pays sont destinés à des régions rurales ". Ainsi ces calculs ne prennent pas en compte les régions à forte proportion d’émigrés qui reçoivent beaucoup d’appels. Bien sur un téléphone en zone rurale dont l’utilisation serait de toute façon collective génère un fort trafic comparé au trafic moyen d’une ligne dans le pays. Pour autant il semble que débat soit faussé. Les opérateurs défendent évidemment l’argument de la non rentabilité pour essayer d’obtenir des subventions. Les Etats expriment la position inverse pour tenter d’éviter à avoir justement à prévoir dans leurs budgets, déjà souvent assez serrés et sous surveillance du FMI ou de la Banque Mondiale, des sommes destinées à cet effet. Et les Etats ont un peu eu tendance à se défausser sur les opérateurs alors que l’accès au téléphone est plutôt une question politique, une question de politique générale de développement et d’aménagement du territoire. Un intervenant dans la salle ne manquera pas d’affirmer le droit à la communication pour tous quel que soit l’endroit où l’on se trouve réaffirmant ainsi le caractère politique de cette question. Un représentant de CI-Telcom explique qu’à la fin 2000, 1000 villages de 600 habitants au moins doivent être raccordés au réseau. L’agence de régulation de Côte d’Ivoire a mis en place un fonds pour le développement du téléphone dans les zones rurales non rentables. Le régulateur contrôle effectivement l’application des accords signés lors de la privatisation stipulant les obligations de l’opérateur. CI-Telcom a l’obligation d’installer une cabine publique dans chaque site rural. Si CI-Telcom avait choisi les sites à désenclaver elle se serait basée sur d’autres critères que ceux imposés par les politiques, privilégiant la rentabilité aux considérations politiques. Un autre intervenant constatera cependant que le fond de désenclavement ne permet de financer l’installation du téléphone que dans quelques centaines par an alors que la Côte d’Ivoire compte 10000 villages. Plus que de rentabilité, ne faut-il pas parler de la vitesse avec laquelle le système devient rentable ce qui constitue une toute autre approche ? Car en Europe et en Occident, l’arrivée massive de capitaux dans les opérateurs constitue une formidable pression non seulement pour être rentable, mais pour l’être le plus vite possible avec des taux de rentabilité de plus en plus importants. On n’en est pas là en Afrique mais compte tenu de la présence de plus en plus massive de capitaux en provenance des pays occidentaux on devrait petit à petit tomber dans les mêmes travers.

-Visite à Songhai, la plus grosse ONG béninoise Il est presque 14h30, les conférenciers n’ont toujours pas déjeuner, signe qu’un vent de passion traverse les participants nombreux à intervenir dans le débat. Mais il me faut quitter les lieux. J’ai faim et m’en entretient avec le chauffeur. Les blancs sont souvent considérés comme des gens fragiles à ménager. Il voulait m’emmener dans une boulangerie pour manger des croissants et il me faut vraiment insister pour qu’il comprenne que cela ne me dérange absolument pas, bien au contraire d’acheter un poulet grillé au bord de la route. Mon choix était le bon. Le poulet a beaucoup de goût contrairement à nos poulets industriels bien que pourtant moins maigres que les poulets que j’avais l’habitude de manger au Burkina Faso. Au centre Songhai, qui s’étend sur plusieurs hectares, je suis chaleureusement accueilli par Léonce, qui a eu la chance d’être embauché comme responsable du télécentre de Songhai en sortant tout juste de ses études. Je suis d’emblée frappée par la quantité et la qualité du matériel. La première salle que je visite comprend 3 ordinateurs flambants neufs sur lesquels travaillent deux employés de Songhai à la confection de cartes électroniques utilisant les photos numériques. Songhai vend aussi d’autres services, comme la saisie ou la mise en page. Mais ce n’est pas tout. Il existe une autre salle avec 5 ou 6 ordinateurs. Ceux-ci doivent servir à naviguer sur Internet. La navigation est facturée 100FCFA la minute, l’heure de navigation 5000FCFA, l’envoi d’un message 300FCFA. L’abonnement à Internet est de 12000FCFA/mois. Les tarifs sont prohibitifs, mais la minute de téléphone revient déjà à 70FCFA. Le télécentre est ouvert au public. Les utilisateurs sont des étudiants, des enseignants, les ONG mais aussi des services publics comme la bibliothèque nationale. L’objectif de Songhai est de mettre tous les sites en réseau et de diminuer les coûts, de disposer de son propre serveur et d’un nom de domaine. Tous les bureaux des locaux administratifs sont pourvus d’ordinateurs et il existe encore une autre salle, celle de la comptabilité comptant 6 ou 7 ordinateurs. Et ce n’est pas tout. Songhai possède des radios pour communiquer avec les centres situés à l’intérieur du pays, Savalou et Karakou, l’installation est toute neuve. Un ordinateur est branché dessus qui permet de communiquer par écrit. On a prévu de me faire converser avec les gens dans les centres éloignés que je souhaitais visiter, pour fixer une date. Malheureusement, le seul jour disponible aurait été le dimanche mais cela va s’avérer impossible, les chauffeurs ne travaillent pas. Léonce aurait accepter de m’accompagner mais on se refuse à mettre à notre disposition un véhicule sans chauffeur. Une discussion franche s’installe pourtant, car je lui fais comprendre que je ne vois pas trop de quoi ils ont besoin. Il me faudra d’ailleurs affiner ma position. Songhai est avant tout un centre de formation d’agriculteurs et ce qui est particulièrement positif, le centre continue à les suivre à la sortie de la formation. La visite des installations agricoles me révèle une formidable ingéniosité pour utiliser au maximum des ressources locales et pour que tous les déchets soient réutilisés ce que Léonce qualifie de production totale Nous rentrerons en taxi. Nous en profitons pour boire un verre au bar de Songhai où se trouvent plusieurs étrangers dont un indien, spécialiste en réseau qui, me dit Léonce, doit rester un an. Je goûte les jus fruits fabriqués sur place que je trouve succulents à côté de ces espèces de boisson gazeuse vendues soit disant à la pomme, mais plus probablement aux arômes chimiques. Léonce m’apprend que le pasteur qui dirige Songhai est d’origine américaine ce qui explique sans doute tous ces dons qu’il arrive à obtenir des Etats-Unis. Avant d’en arriver là il a aussi connu des échecs certains l’ont lâché dans l’adversité mais finalement il a réussi et bien réussi.

- La débrouille grâce aux Zemidjans

Nous décidons d’emprunter des taxis motos pour rentrer les zem zem ou zemidjan (ce qui signifierait mot à mot " emmène-moi illico "). Nos deux chauffeurs respectifs s’avèrent bien sympathiques et très prolixes pour nous expliquer leurs difficultés. L’un d’eux devrait être professeur d’histoire et n’a pas trouvé mieux pour subsister en attendant une hypothétique nomination dans la fonction publique. " Nous sommes forts et bien organisés. Il y a des intellectuels parmi nous. Nous manifestons régulièrement souvent pour qu’on nous écoute. Il faut qu’on s’occupe de nos problèmes. Le gouvernement doit s’occuper du chômage. On ne peut pas continuer comme ça ". Le discours est clair et précis. Notre interlocuteur paraît passionné. Il se plaint de la taxe de 600FCFA qu’ils doivent payer tous les mois. Mais ne doivent-ils pas participer à la construction des routes qu’ils utilisent ? Pour le reste, leur révolte paraît légitime. On voit beaucoup d’énormes maisons en construction particulièrement dans le quartier où se tient la conférence. Certaines pourraient sans exagération être qualifiées de palais.

Notre interlocuteur parle de 25000 zemidjan. On nous avancera aussi un peu plus tard le chiffre de 40000. Ce qui est sûr c’est que le jaune, la couleur obligée de leurs chemises, domine dans la circulation. Et les départs de feu vert prennent l’allure de marée jaune. Il y autant voire plus de motos et mobylettes qu’à Ouagadougou (où je n’ai pas mis les pieds cependant depuis 6 ans) mais les 4/5 ici sont des taxis alors qu’à Ouagadougou le phénomène zemidjan n’existe pas, les taxis étant exclusivement des voitures. Beaucoup font ça en complément d’un autre métier insuffisamment rémunéré ou en attendant autre chose. L’ampleur du phénomène, qui permet de survivre à une importante masse de la population alors qu’elle n’aurait guère de ressources dans une autre capitale, explique sans doute pourquoi la plus parfaite sécurité semble régner à Cotonou. Ce phénomène constitue la meilleure solution pour prévenir la délinquance tellement présente dans la plupart des autres capitales africaines et capitales tout court. Mais les chauffeurs sont tous des hommes.

- Le grand jour

C’est aujourd’hui que je dois faire mon exposé, le matin. J’ai de la chance car les après-midis les rangs déjà peu garnis tendent à se clairsemer encore un peu plus Je suis cependant rassuré, l’ambiance est bonne, les gens réceptifs. Mme Malégat intervient avant moi. Elle présente une expérience d’installation de valises INMARSAT dans un village malien. Une expérience qu’elle a grandement contribué à mener à terme. Son exposé est particulièrement bien construit, en expliquant tous les tenants et les aboutissants sans omettre la complexité de l’organisation à mettre en place et les questions qui se posent. Le prix de la minute se monte effectivement à près 3500FCFA. Je craignais que l’assistance réagisse négativement à la vue de ces tarifs prohibitifs mais l’assistance semble plutôt gagnée par l’émotion que laisse transparaître Mme Malégat.

Et puis c’est à moi. Bien entendu, mon exposé s’écarte un peu du texte que j’avais rédigé et qui sera distribué. Mais tout de passe à peu près bien. L’évoque en vrac, l’analyse des difficultés que nous avons connues avec l’ONATEL, la nécessité de l’implication de la société civile pour contrôler les décideurs voire même influer sur leur décision, mon étonnement et mon inquiétude en constatant le peu de représentation des instances politiques des pays alors que le marché ne pourra seul amener le téléphone dans les villages, l’analyse de la naissance de CSDPTT au sein de France Télécom en particulier (la persistance des sentiments de solidarité surtout chez les techniciens, la fin de la coopération institutionnelle, la volonté d’être utile par opposition à la logique de la satisfaction des actionnaires, une recherche de valeurs humaines et de ressourcement auprès de sociétés africaines en partie préservées des influences les plus mauvaises de la société occidentale, la nécessité pour l’UIT de rechercher une collaboration avec les ONG). Au cours du débat, un échange public a lieu aussi avec le représentant de l’UIT, M. Max Théret qui tient à m’expliquer pourquoi cet organisme qu’il représente ne peut accepter les ONG en son sein, mais que par contre elles pourront être présentes à la conférence mondiale pour le développement. Je reprends la parole pour dire que cette réponse n’est pas satisfaisante et je redonne publiquement l’exemple du matériel de transmission repéré par les adhérents de CSDPTT de Toulouse qui aurait pu servir à la remise à niveau du réseau PANAFTEL. Je reprendrais encore la parole pour évoquer RASCOM. Je me rends compte que les opérateurs ne l’intègrent pas dans sa stratégie et je le dis publiquement. J’en discuterai un peu plus tard avec un représentant d’ALCATEL. Il m’avoue qu’il faut se battre aussi au sein de son entreprise pour défendre RASCOM et que cela ne va pas de soi. Me suis-je attiré leur sympathie parce que j’ai plusieurs fois défendu RASCOM dans la conférence ? Je crois même avoir été le seul à le faire en dehors de ses représentants. Mais rassurez-vous, je n’ai pas été corrompu. Un projet qui annonce 500000 terminaux s’adressant directement aux communautés villageoises à des prix de communication de l’ordre de 70FCFA la minute ! Comment ne pas le défendre ?

- La téléphonie rurale au Bénin et au Burkina Faso

M . Paré prend la parole après moi et exprime sa satisfaction de notre collaboration tout en reconnaissant que cela n’a pas toujours été facile. Il est chargé d’exposer la politique de son pays en matière de téléphonie rurale. Le nombre de lignes y est passé de 256 à 3600 aujourd’hui. Les premières ont été financées dans le cadre du Liptako Gourma, un organisme qui regroupe les pays de la zone sahélienne. Par la suite, la plupart des extensions ont été financées par l’ONATEL sur fonds propres. Mais il a fallu surmonter de nombreuses difficultés dues en grande partie à la foudre. Des châssis entiers brûlaient. Petit à petit, on a fini par trouver des explications et des solutions. Les fournisseurs ne respectaient pas toujours le cahier des charges et avaient tendance à travailler dans la précipitation. Les vérificateurs ne prenaient pas toutes les précautions nécessaires. On a retrouvé des câbles enfouis à même le sol ce qui empêchait l’inter connectivité. Et puis la nuit on observait des micro-coupures qui provenaient d’une qualité insuffisante des panneaux solaires ou de la diminution du temps de l’ensoleillement. Ces difficultés ont été résolues petit à petit. Ainsi jusqu’en 98, l’ONATEL n’avait qu’un seul fournisseur ce qui comportait des avantages mais aussi des inconvénients. Il y en a deux désormais et il est question d’en introduire un troisième. Les problèmes ont petit à petit été résolus sur place grâce à l’expérience accumulée. Un marché de fourniture de pièces de rechange a en particulier été signé. L’ONATEL a aussi travaillé à une meilleure rigueur en vue d’un déploiement plus rationnel. En effet, l’ONATEL a constaté que les capacités n’étaient pas toujours remplies. Aussi a-t-on procédé à des réajustement de capacité, à des déplacements de stations ou simplement de cartes afin d’éviter au maximum des commandes supplémentaires. Un représentant de l’OPT béninoise prend ensuite la parole. Il explique que l’ingénieur local a dû s’opposer l’expert de l’UIT lors de l’étude du dimensionnement du réseau. Il rappelle que les ingénieurs locaux ont fait les mêmes écoles que les européens et qu’ils ne sont pas sortis les derniers. Il évoque la conférence d’Alger en 1982 où de nombreux experts ont expliqué la corrélation entre développement des télécommunications et développement tout court. Il souligne ce qu’il considère comme un aspect positif de l’ajustement imposé actuellement au Bénin. C’est désormais l’OPT qui fixe les priorités en matière de désenclavement évoquant l’époque où la politique en la matière pouvait être imposée par un ministre qui souhaitait munir son village du téléphone. Questionné sur la prise en compte de RASCOM il explique que pour lui ce n’est pas un sujet d’inquiétude et que les contrats signés relatifs au système VSAT installé sont renouvelables tous les ans ou tous les deux ans et que la migration vers RASCOM ne posera donc aucun problème. Enfin il informe qu’une fibre optique entre Cotonou et Parakou a été installée.

- La sociologie au secours des projets de télécommunications

André Nyamba fait preuve d’une grande maîtrise lors de son exposé. Il l’a entièrement rédigé, le seul à l’avoir fait, mais il ne lit pratiquement pas ses feuilles. Son exposé apporte un peu de fraîcheur au sein de cette assemblée de techniciens. Il leur demande de prendre conscience des dangers que représente l’intrusion du téléphone dans ces sociétés tout en soulignant la capacité d’adaptation des communautés villageoises ayant déjà assimilé de multiples tout au long de leurs longues histoires. Au cours de la discussion, on sent monter une certaine complicité entre Nyamba et l’auditoire dont les quelques européens semblent exclus. Nombreux sont les participants qui semblent heureux de ce rappel de leur culture comme s’ils en avaient besoin. Un intervenant raconte la très grande difficulté qu’il y a eu à installer un pylône à l’endroit prévu sur les plans lorsqu’il s’avéra être au beau milieu d’un bois sacré. Il aurait fallu dévier la trajectoire du faisceau pour satisfaire les paysans. Les interventions techniques ou administratives étant inefficaces, il en a fallu d’autres mais il ne précise pas lesquelles. Le représentant de la SONATEL renchérit à l’aide d’autres exemples. Ici, il a fallu abandonner l’idée d’installer un téléphone alors que l’investissement était prévu du fait de l’impossibilité de choisir un lieu consensuel. Ailleurs, alors que tout était prêt, le branchement s’avéra impossible. Les habitants d’un autre quartier que celui où était installé le téléphone considéraient qu’il n’était pas question de laisser terminer le branchement si eux-mêmes n’avaient pas aussi leur téléphone. Et pas question non plus de démonter ce qui a été installé pour l’installer ailleurs. Bref une perte sèche pour l’opérateur. Ce même intervenant s’appuiera sur notre exemple de collaboration avec André Nyamba pour souligner l’intérêt de l’intervention des ONG. Ce à quoi je répondrais que nous l’avions fait à titre expérimental mais que nous ne disposions pas des moyens des opérateurs et qu’ils leur appartenaient de les financer. Il affirma alors la disponibilité de la SONATEL à financer de telles études. Cette affirmation sera-t-elle suivie d’effet ? J’appris encore au cours de cette discussion que dans les années 80, une très importante étude avait été engagée par RASCOM, menée avec un certain enthousiasme par les employés des opérateurs amenés à visiter à cette occasion de très nombreux villages.

- Du marché au tailleur en passant par un télécentre L’après-midi, je me laisse happer par le marché dans lequel je me perds par plaisir J’achète du tissu et me laisse convaincre par la commerçante d’aller le faire couper chez son tailleur. Nous empruntons chacun un zemidjan. Nous nous retrouvons au milieu d’une marée jaune au sein de laquelle je me laisse guider par mon accompagnatrice. Je la laisse négocier le prix de la course. C’est malheureusement l’heure de pointe et nous traversons le centre ville. On frise l’étouffement au milieu des fumées bleutées. Le respect des priorités n’est pas une valeur très prisée au sein de la circulation. En plus ces nuées de mobylettes ne facilitent pas les choses. Quelques rares policiers arrivent cependant à assurer un ordre minimum notamment au sein des ronds-points. Nous nous perdons de vue et je ne sais trop comment nous nous sommes retrouvés. Nos chauffeurs ne sont sans doute pas des débutants, d’autant plus que nous ne sommes pas franchement légers. Nous arrivons enfin à destination. Je fais mine sans trop de conviction de discuter le prix de la confection des chemises. A 1500 FCFA la pièce, une chemise taillée sur mesure, je ne vais tout de même pas me gâcher la soirée. Le tailleur me montre son " book ". Et nous entamons la discussion. Il me parle de son rêve de s’installer en France où il doit partir dans quelques mois. Il m’emmène dans un télécentre à côté pour téléphoner. J’y entrevois une photocopieuse. J’ai une carte prépayée mais le jeune employé est un ami de mon tailleur et il me laisse gentiment l’utiliser. C’est une nouvelle occasion de glaner quelques informations. On paye ici 100FCFA la taxe de base au lieu de 70FCFA, le prix officiel de l’OPT. Après avoir réglé les taxes estimées à 10FCFA, sur chaque unité de taxe, le télécentre gagne donc 20FCFA. Les télécentres sont sans aucun doute une bonne affaire. Je comprends pourquoi mon tailleur souhaite pouvoir en ouvrir un comme il me l’avoue. Mais ça fait deux ans qu’il attend une ligne. La carence en téléphone permet la création de petits emplois. Ainsi par exemple on trouve souvent à côté des cabines publiques quelqu’un possédant une carte qui vend des unités à ceux qui ne peuvent se payer une carte entière. Une telle somme peut être évidemment utilisée à d’autresd priorités. Alors on accepte de payer un peu plus cher. L’un de ces vendeurs de taxe m’expliquera une autre fois, si j’ai bien compris, qu’il faut demander l’autorisation de l’OPT pour pratiquer ce petit commerce. Le tailleur me livrera mes deux chemises le lendemain et je quitte mes deux interlocuteurs avec un petit pincement au coeur, leur compagnie m’ayant été bien agréable.

- Rencontre avec le Président d’ORIDEV Le soir, nous avons rendez-vous avec Ken Lohento, le jeune correspondant du réseau anaïs (une association soutenue par une fondation suisse et le président du Mali qui oeuvre au développement d’Internet en Afrique) au Bénin que j’avais raté lors de son passage à Paris. On nous apprend que nous sommes conviés à un dîner spectacle par le ministre de la culture. Il nous faut écourter notre rencontre. Nous lui proposons de le faire rentrer. André insiste et s’en va aussitôt parlementer avec les organisateurs. Mais Ken a préféré rentrer. On remet notre rencontre au lendemain. Il nous emmène alors dans un petit maquis à côté de chez lui, bien agréable. Ken est le correspondant du réseau anaïs mis en place à la suite d’une initiative du président malien. Mais contrairement à ce qui se passe au Mali, ce n’est pas ici une association liée au pouvoir. Il me fait part de ses projets, du lancement d’un journal électronique. Il en veut beaucoup à l’OPT qui ne lui permet pas de disposer de tout ce dont il a besoin pour travailler. Le local de son association n’a toujours pas le téléphone et j’oublie de lui demander comme fait-il pour se connecter à Internet. Cette économie de la rareté leur confère sans doute un pouvoir qu’ils n’auraient pas ailleurs et dont ils savent probablement se servir. Je lui explique un peu plus dans les détails l’action de CSDPTT et essaye de le convaincre de nous aider de trouver au sein de l’OPT des agents avec lesquels nous pourrions travailler. Il reste très sceptique. Alors, je lui suggère un regroupement d’ONG pour faire pression pour faire baisser les prix par exemple évoquant la possibilité de s’exprimer dans la presse. Il est toujours facile de donner des conseils. J’évoque avec lui la nécessité pour les ONG de faire pression sur les décideurs afin d’accélérer l’extension massive du téléphone. Tout n’est évidemment pas si simple et il existe ici des risques de réprimandes sournoises malgré cette relative libéralisation de la vie politique. On se sent bien. La discussion vire sur des sujets plus personnels, plus intimes comme les prémices d’une amitié qui risque malheureusement de se perdre dans la distance qui nous sépare. Internet ne peut pas tout. Nous pourrons certes nous écrire mais rien ne remplace les discussions de ce genre. Nous nous quittons en nous promettant d’essayer de continuer à s’entraider. La dernière journée est consacrée aux courses et à une sieste de près de trois heures. C’est déjà avec un petit pincement au coeur qu’il faut rentrer mais aussi avec la satisfaction d’avoir beaucoup appris, d’avoir fait des rencontres qu’il va maintenant falloir fructifier. Bruno Jaffré CSDPTT Ile de france


-Intervention de bruno jaffré, qui représentait CSDPTT au forum de la téléphonie rurale de Cotonou du 2 au 7 décembre 1999.

1. Introduction :

2. L’irruption de la société civile : une réalité à intégrer rapidement

2.1. Elles apparaissent partout

2.1.1. En Occident

2.1.2. En Afrique

2.1.3. Au niveau international

2.2. Les ONG sont utiles

2.3. Elles dérangent

2.4. Elles sont diverses et ne manquent pas d’aspects contradictoires

3. Dans le monde des télécommunications aussi

3.1. Au sein de France Télécom

3.1.1. Importants changements au sein de l’entreprise

3.1.2. Une entreprise est avant tout composé de ses hommes

3.1.3. Une ONG de professionnels au sein d’une entreprise

3.2. Au sein des opérateurs africains

4. Etude de cas : un projet de coopération avec un opérateur national l’ONATEL au Burkina Faso 4.1. Le projet

4.2. Les difficultés

4.3. Bilan

5. Conclusion

L’irruption des Ong dans le monde des télécommunications Etude de cas : un projet au Burkina Faso

1. Introduction : * Bravo pour l’initiative, mais absence de représentants des populations rurales, les principaux intéressés (mieux étudier la façon de les faire participer au prochain salon )

* L’arrivée du téléphone dans les zones rurales n’est pas une problématique technique. C’est une question de volonté politique. Nous sommes sceptiques quant au fait les lois du marché seules puissent permettre un accès massif des populations rurales au téléphone. Où sont les décideurs politiques des pays africains ?

* Les interventions prennent trop souvent un caractère publicitaire

* Réflexion à propos des débats : RASCOM devrait nous rendre inutile du moins dans notre activité concernant la téléphonie rurale mais les opérateurs ici présents semblent en pas prendre en compte ce projet dans leur stratégie alors qu’il est sur le point d’aboutir.

2. L’irruption de la société civile : une réalité à intégrer rapidement

2.1. Elles apparaissent partout

2.1.1. En Occident

* Crise de la politique représentative, prise de conscience citoyenne

* Recherche d’actions concrètes, volonté de maîtriser l’action de bout en bout, de travailler sur des micros projets (taille humaine)

2.1.2. En Afrique

* Processus de démocratisation et ouverture de nouveaux espaces de liberté

* Dégâts de la mondialisation dus aux pressions des organismes internationaux (F.M.I., Banque Mondiale) pour le désengagement de l’Etat, dysfonctionnement des Etats eux-mêmes. Les populations s’organisent pour régler leur problème (ce qui n’est pas nouveau mais on assiste à un important développement récent)

* Les ONG occidentales recherchent des partenaires * Accès à des financements plus faciles

* Ex d’ONG (ici au Bénin Songhail, nous sommes aussi en contact avec le CEFRAR en Côte d’Ivoire)

2.1.3. Au niveau international * Irruption des ONG comme moyens de pression y compris dans les processus de décision (ex OMC)

* La plupart des agences de l’ONU travaillent avec les ONG. A l’UIT le processus d’intégration est long. Les discussions existent depuis près de 5 ans. Devrait bientôt aboutir.

* ENDA une des ONG internationale née au Sénégal (lutte contre la pauvreté au quotidien, prise en charge des citoyens)

2.2. Les ONG sont utiles

* Les dirigeants politiques prennent-ils la mesure des besoins des populations ?

* Les marchés sont-ils signés dans la transparence et au meilleur prix ?

* Certaines ONG sont libres et peuvent se permettre de poser des questions gênantes

* Elles introduisent le contrôle citoyen sur les décideurs

* Elles sont souvent reconnues pour une efficacité accrue, le fort engagement des membres souvent très motivés, leur contact avec le " terrain ", une capacité à diminuer les coûts

* Elles servent parfois aussi de médiation entre les décideurs et les " décidés "

* Ce sont des laboratoire d’expérimentation sociale 2.3. Elles dérangent

2.4. Elles sont diverses et ne manquent pas d’aspects contradictoires

* Instrumentalisation au profit des Etats ou des entreprises (risque de récupération politique ou risque d’être un élément de la stratégie marketing d’une entreprise)

* Stabilité non assurée

* Manque de professionnalisme

* Le bon coeur n’est pas efficace (paternalisme, donneur de leçon, sentiment d’être des sauveurs indispensables)

3. Dans le monde des télécommunications aussi

3.1. Au sein de France Télécom

3.1.1. Importants changements au sein de l’entreprise

* Transformation de France Télécom. Elle est passée d’une entreprise fière de ses compétences techniques à une entreprise commerciale. Le travail des techniciens est moins valorisé (ils sont plus ou moins contraints de devenir des commerciaux), entraîne des frustrations

* Forte baisse de la coopération institutionnelle auparavant prise en charge par l’administration des PTT et financée par l’Etat. Total désengagement de France Télécom de la coopération au profit d’opérations commerciales. Retour des coopérants permanents. Quasi disparition de l’aide (en moyens humains, d’ailleurs pas toujours justifiée auparavant) au profit de l’aide sous forme de prêts.

3.1.2. Une entreprise est avant tout composée de ses hommes

* Persistance des valeurs humanistes au sein de l’entreprise

* Forte vie associative

* Les syndicats (trop occupés par les problèmes internes à l’entreprise, victimes de la désyndicalisation) peu actifs dans les domaines de l’aide au développement

* Possibilité accrue de voyager, diminution des coûts

* Remise en cause des valeurs occidentales (stress dans le travail, recherche de l’argent, course à la performance), recherche de ressourcement

3.1.3. Une ONG de professionnels au sein d’une entreprise

* Compétence professionnelle. Les techniciens interviennent dans leur métier

* Possibilité de récupérer du matériel gratuitement et de le démonter dans de bonnes conditions par ceux-là même qu’ils l’ont utilisé et maintenu

* CSDPTT suscite une fort intérêt de la part des ONG de développement en général comme partenaires pour des projets intégrés avec un volet télécommunications

* Responsabilité : un pont entre les ONG et le monde des télécommunications, important rôle d’information (site internet pas seulement pour parler des actions de CSDPTT mais aussi lieu de débat, Lettre de CSDPTT)

3.2. Au sein des opérateurs africains

* Créations d’associations au Mali à Sévaré-Mopti, Tombouctou, Bamako, après une mission de CSDPTT dans ce pays (prise de contact, don de matériel de maintenance, formation) et une rencontre des adhérents parisiens de CSDPTT avec une délégation du télécentre de Tombouctou

* Fortes demandes d’entraide des collègues africains sur le terrain

* Nombreux techniciens et cadres compétents, goûts de technique, volonté de mieux faire, de progresser

* Volonté de CSDPTT de construire une véritable coopération (recherche de partenaires actifs et engagés qui traitent d’égal à égal et transfert de la résolution des problèmes locaux à des associations locales

* Il n’appartient pas à CSDPTT d’identifier les besoins

4. Etude de cas : un projet de coopération avec un opérateur national l’ONATEL au Burkina Faso

4.1. Le projet

* Installation de téléphone dans 4 villages au Burkina Faso

* Matériel (TERA) récupéré au sein de France Télécom à l’occasion d’un renouvellement de version

* Partage des financements : ONATEL : frais de dédouanement du matériel, alimentation électrique, mise à disposition de techniciens CSDPTT : matériel, moyen humaon,, déplacement de ses adhérents Villageois : construction de locaux + subvention de la coopération française de 3600000 FCFA, coût total estimé du projet à 20 millions de FCFA)

* Le projet comprend un volet sociologique (étude de faisabilité "sociale ", voir exposé de M. Nyamba, choix du lieu d’installation du poste de téléphone, choix du responsable, et après installation des téléphones études des changements sociaux)

* Le projet comprend un volet formation, l’ONATEL a proposé que lors d’un projet futur avec le même matériel, il soit installé par les seuls techniciens burkinbé

4.2. Les difficultés

* Manque d’expériences des deux côtés (l’ONATEL comme n’importe quel autre opérateur n’a pas l’habitude de travailler avec une ONG) et il s’agit d’une première véritable expérience de collaboration avec un opérateur pour CSDPTT (qui a préparé une convention précisant les interventions des uns et des autres)

* Difficulté de prise de décision au sein de l’ONATEL devant cette situation inédite (contexte particulier aussi de crise politique en même temps que la privatisation est en cours)

* Ne s’intègre pas dans les schémas de développement élaboré au sein de l’ONATEL. CSDPTT en est conscient et souhaite proposer un projet plus vaste (il s’agissait de procéder par étape et d’expérimenter sur un petit projet la faisabilité d’une telle coopération)

* CSDPTT travaille à l’économie de moyens (ce qui rend difficile la communication à distance) alors qu’une telle coopération inédite mérite des discussions approfondies et des échanges permanents

* Maladresse de CSDPTT qui ne respecte pas toujours le hiérarchie au sein de l’opérateur

* Difficulté pour un opérateur à accepter du matériel d’occasion, et volonté justifiée de se prémunir contre les pannes

* Les subventions de la coopération doivent être dépensées au plus tard un an après leur versement

4.3. Bilan

* Il fallait passer par ces difficultés pour mieux apprendre à travailler ensemble, apprendre à " s’apprivoiser "

* Une mission supplémentaire par rapport à ce qui était prévu sera nécessaire

* Ce type de projet peut être reproductible dans un autre pays, mais il faudrait pouvoir fructifier cette expérience afin d’aller plus vite

* Il n’est pas exclu que cette expérience se traduise par la création d’une association au sein de l’ONATEL

* Dans une étape supérieure, CSDPTT souhaite pouvoir travailler à un projet de téléphonie rurale de plus grande ampleur, qui cette fois à la fois s’intègre dans les plans de développement de l’opérateur mais soit aussi situé dans une région où l’on pourra bénéficier de la collaboration d’une ONG locale qui se chargera de la sensibilisation et de l’organisation autour des téléphones.

5. Conclusion

* La privatisation risque de concentrer les efforts des opérateurs dans les zones rentables (ce qui était déjà le cas) au détriment du service public. Les demandes en direction des ONG vont se multiplier

* La récupération de matériel déjà utilisé ne doit-elle pas être organisée à une plus grande échelle et pas seulement en France ?

* L’intégration des ONG au sein de l’UIT ne doit-elle pas être accélérée alors que l’irruption massive d’intérêts privés par le biais des opérateurs privatisés risque de lui faire perdre son caractère d’agence de l’ONU oeuvrant pour l’intérêt général ? (la question est en discussion, mais aujourd’hui surtout posée par des ONG de radios communautaires ou radio amateurs)

* Les ONG arrivent (en Afrique aussi), mieux vaut travailler avec que s’opposer à elles

* Le travail de M. Nyamba suscite un fort intérêt. Des projets comme RASCOM ou Globalstar ne doivent-ils pas s’entourer de sociologues (très nombreux au chômage à la sortie de l’université, obligés de gagner leur vie en exerçant d’autres professions) afin de s’assurer la viabilité " sociale "de leur projet ?.


CSDPTT coopération Solidarité Développement aux PTT BP8 75261 Paris Cedex 06


 

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