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Un regard critique des bénéficiaires de l’aide sur leurs donneurs potentiels - Sylvestre OUEDRAOGO Juin 2001

Un regard critique des bénéficiaires de l’aide sur leurs donneurs potentiels
Ce travail est le résultat d’interviews auprès d’associations, ONG et structures décentralisées pour avoir leurs appréciations à propos du partenariat Nord-Sud. Les paroles et expressions exprimées ici sont les différents points de vue des individus enquêtés mais non la vision officielle de leurs institutions. Nous tenons à remercier toutes les personnes qui ont accepté témoigner librement lors de nos multiples entretiens.

 Liste des sigles et abréviations

 AGR Activité Génératrice de Revenus
 BC : Banque de Céréales
 BP : Bourse Paysanne
 CES/AGS Conservation des eaux et des sols/Agro Sylvo Pastorale
 CFD Caisse Française de Développement
 CILSS : Comité Permanent Inter Etats de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel
 COOPEC : Coopératives d’Epargne et de Crédit
 CRPA : Centre Régional de Production Agro-pastorale
 FAARF Fonds d’Appui aux activités Rémunératrices des Femmes
 FAO : Fonds des Nations Unis pour l’Alimentation et l’Agriculture
 FED : Fonds Européen de Développement
 FDR : Fonds de Développement Rural
 FEER : Fonds de l’Eau et de l’Equipement Rural
 FODECOM Fonds de démarrage des communes
 FONADES : Fondation Nationale pour le Développement Economique et Sociale
 GV : Groupement Villageois
 GVF : Groupement villageois féminin
 PGD : Puits à Grand Diamètre
 OP : Organisation Paysanne
 ONG : Organisation non Gouvernementale
 ORD : Organisme Régional de développement
 

Avant propos
 Diversité des approches de développement et même finalité : l’accroissement qualitatif et quantitatif des principaux indicateurs de développement.
 La dynamique des associations/ONG dans les actions de développement au niveau local : mêmes finalités, mais démarches différentes. (Schéma)
Les formes de l’aide et la nature des relations bailleurs - bénéficiaires
 Que peut-on dire de la nature des relations bailleurs - bénéficiaires ?
 Les divergences d’approches et de méthodes de financement
 Point de vue des ONG sur les visions des bailleurs
Les raisons de l’inefficacité de l’aide
 Les méthodes de confection de projets et d’évaluation différentes selon les bailleurs.
 Absence de suivi des activités.
 La mauvaise répartition géographique des intervenants.
L’exemple de Yam Pukri
Quelle forme d’aide serait-elle appropriée ?
 Définir des critères de pauvreté acceptables et utilisables par tous les partenaires
 Harmoniser les mécanismes d’intervention
En terme de conclusion,
 Sources :
____________________________________
AVANT PROPOS
 Les pays d’Afrique Subsaharienne et surtout le Burkina Faso sont appelés souvent des pays sous perfusion, c’est à dire des pays qui vivent grâce à l’aide internationale. La plupart des actions de développement sont effectuées par les associations, ONG et groupements villageois qui travaillent à la base avec les populations cibles.
 L’aide, quelque soit sa forme joue un rôle de premier plan dans les économies de l’Afrique subsaharienne. Dans le budget de l’Etat, elle occupe une place de choix ainsi que dans les projets de développement économique qui sont souvent financés à plus de 90% grâce à l’aide. L’aide est intégrée comme une variable prédominante et fondamentale dans les politiques de développement.
 Un développement économique durable passe nécessairement par une maîtrise des variables clés, ce qui n’est pas le cas pour l’aide qui dépend des disponibilités et de la politique extérieure de l’occident.
 Les actions de développement sont multifonctionnelles et diversifiées. Elles vont de l’alphabétisation à la restauration de l’environnement en passant par la santé. Les associations de développement au Burkina Faso travaillent activement dans ces différents volets. Elles sont le plus souvent aidées par des partenaires locaux et étrangers.
 Après quatre décennies de pratique des activités de développement, nous constatons dans la plupart des cas que ce sont les partenaires qui apportent les ressources financières, qui dictent leurs lois en matière d’évaluation et de montage de nouveaux projets.
 Les partenaires du Nord sont-ils devenus des freins au développement par l’imposition de leurs normes ? quel est la perception des acteurs locaux de leurs partenaires extérieurs ?
 Un projet qui est considéré comme un échec par un  bailleur peut être considéré comme un succès par la population au vu de l’expérience apprise ou au vu d’un changement qualitatif dans le langage utilisé par la population pour caractériser le phénomène étudié, même si quantitativement, on n’observe pas un accroissement des principaux indicateurs .
 Le plus souvent, nous avons dans les rapports d’études la vision des partenaires sur les acteurs locaux, il est rare que l’on note directement l’avis les acteurs locaux et ce qu’ils pensent réellement des actions qu’ils entreprennent.
 Ce travail est basé sur un recueil d’information auprès de plusieurs structures associatives et ONG locaux au Burkina Faso. Il est organisé comme suit :
 - Les divergences d’approches et de méthodes de financement
 - Les tentatives de monopoliser les ONG nationales
 - Les tentatives de blocages des bailleurs en cas d’insuccès dans une activité
 - Le manque de confiance aux ONG
 - Les suggestions pour un apport véritable des ONG dans la lutte contre la pauvreté.

Diversité des approches de développement et même finalité : l’accroissement qualitatif et quantitatif des principaux indicateurs de développement.
 Comme le montre le schéma ci-dessous, il y a plusieurs portes d’entrée dans le domaine du développement. La complexité vient du fait que l’on ne sait pas par quelle porte entrer, tellement tout semble essentiel et prioritaire. Chaque intervenant selon ses penchants et ses théories va opter pour tel ou tel portail.
 Quelle que soit la porte d’entrée, nous avons à peu près le même processus d’application sur le terrain : animation - formation et début des actions.
 L’évaluation de ces actions est au cœur de notre analyse. C’est aussi grâce à l’évaluation que les partenaires du Nord pourront s’assurer du bien fondé de leur aide et décider de poursuivre ou de modifier les actions sur le terrain, afin de les faire correspondre aux objectifs définis auparavant.
 Cette évaluation comporte généralement des indicateurs quantitatifs et qualitatifs.
 Les indicateurs quantitatifs apprécient l’accroissement de la production et des revenus. Bien que ces indicateurs soient quantitatifs, leurs évaluations posent des problèmes du fait de la difficulté de récolte des informations. Les acteurs pour des raisons stratégiques ou encore les séquelles de la colonisation biaisent les informations sur les revenus et autres biens.
 Il arrive aussi fréquemment que plusieurs effets soient confondus et qu’ils soient presque impossible ou très coûteux d’apprécier l’accroissement d’une variable due à l’impact d’une seule action.
 Nous constatons aussi que le plus souvent, les actions non quantifiables ou difficilement quantifiables sont dominantes dans le champ du développement. Pour les bénéficiaires, ils peuvent ressentir ses effets non quantifiables comme fondamentales. Un œil extérieur n’arrivera pas à percevoir cet aspect. Par exemple, comment apprécier une satisfaction morale du simple fait de la possession d’une charrue ou d’un point d’accès d’eau  ?
 Il arrive donc fréquemment que les bénéficiaires et les partenaires n’aient pas le même langage ou la même vision du phénomène. Le partenaire pense à un succès tandis que le bénéficiaire reste indifférent ou découragé ou vice versa.
 Nous laissons ici la parole aux bénéficiaires afin qu’ils jugent leurs partenaires. Cet élément est essentiel dans une stratégie de développement durable.
 

La dynamique des associations/ONG dans les actions de développement au niveau local : mêmes finalités, mais démarches différentes.
 

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Les formes de l’aide et la nature des relations bailleurs - bénéficiaires
 L’aide revêt plusieurs formes dans la pratique au Burkina Faso. Nous allons les regrouper en trois catégories :
 - l’aide en nature généralement sous la forme d’aide alimentaire dans les cas d’urgences( vivres, engrais, semences...)
 - l’aide en logistique, moyens techniques, matériels et ressources humaines.
 - l’aide financière (dons ou subventions).
 Il faut préciser que ces formes d’aide ne sont pas ciblées sur un acteur spécifique, c’est à dire sur l’Etat, les collectivités locales ou les ONG/Projets mais peuvent être retrouvées ensemble ou en partie parmi les différentes aides accordées à un acteur.
 La tendance actuelle étant à la privatisation, à la décentralisation de l’appareil étatique et donc, à la responsabilisation des collectivités locales, des associations dans la gestion et les prises de décision des questions de développement, l’aide va de plus en plus vers ces derniers.

Que peut-on dire de la nature des relations bailleurs - bénéficiaires ?
 Des dires des acteurs, les rapports entre bailleurs et bénéficiaires est de type relations bilatérales ou multilatérales. C’est une relation de partenariat contrairement à la première génération d’aide qui était une relation de subordination. C’est ce que nous retrouvons dans tous les dépliants des ONG/Projets ou encore dans tous les documents contractuels bailleurs - bénéficiaires.
 Les nouvelles approches de développement fondées sur le développement participatif, le développement intégré, endogène... ont amené le concept de partenariat. Désormais, le bénéficiaire traite d’égal à égal avec son bailleur et a son mot à dire sur l’utilisation de l’aide et la forme appropriée qui lui conviendra : on n’offre plus le développement aux bénéficiaires mais ce sont ces derniers qui le demandent avec le consentement de la population de base.
 On peut donc dire que la question du développement est résolue puisque les partenaires trouvent toujours un terrain d’entente avec comme finalité l’accroissement du bien être de la population bénéficiaire.
 Pourquoi alors malgré ce type de partenariat, ces derniers ne sont pas suffisamment satisfaits des rapports qu’ils ont avec leurs partenaires ?

Les divergences d’approches et de méthodes de financement
 Les bailleurs mettent souvent en avant certaines activités comme prioritaires, bien que ceux qui sont sur le terrain ne perçoivent pas la chose de la même manière. Certains partenaires pensent connaître les problèmes plus que ceux qui les vivent. Il arrive que chaque bailleur définisse ses termes de référence pour les modalités de financement, ce qui est très difficile par les ONG, car il faut toujours changer de démarches et d’indicateurs pour la même activité si vous recherchez un financement auprès de différents partenaires. On dénote donc l’absence d’un cadre uniforme d’intervention.
 Chaque bailleur a tendance à canaliser ses actions et à entretenir des relations de types bilatérales. Pour bénéficier d’un financement, certains préfèrent créer d’autres associations au lieu d’aider celles déjà existantes et qui ont fait leurs preuves.  Cette situation conduit à disperser les énergies et réduit l’efficacité des actions de lutte contre la pauvreté. Il arrive souvent qu’il y ait des concurrences entre plusieurs ONG sur le terrain, chacun voulant avoir la paternité de telle ou telle action. Les bailleurs ne luttent pas contre la pauvreté, ils amplifient souvent la pauvreté par leur attitude expansionniste et monopoliste.
 Selon les dires des interviewés, les bailleurs et organismes internationaux de financement admettent difficilement un échec dans l’exécution d’un projet. Le développement est un processus d’apprentissage et ils ne comprennent pas pourquoi les bailleurs veulent répercuter les causes d’éventuels échecs aux organisations uniquement. Les bailleurs veulent se justifier aux yeux de leurs contribuables ou de certaines structures de financement et ils veulent toujours vanter le succès de leurs financement. En cas d’échec, ils refusent de financer d’autres activités de l’ONG et au pire ils passent l’information à leurs institutions sœurs afin qu’elles bloquent ou refusent le financement de la pauvre ONG malchanceuse. S’ils se livrent une bataille sur le terrain, ils sont solidaires pour prendre des décisions à l’encontre de telles ou telle association. Cette attitude est donc suicidaire pour les ONG et donc néfaste dans la lutte contre la pauvreté. « Si nous sommes la cause de notre pauvreté, certaines institutions internationales en sont les catalyseurs ». Une ONG nationale a eu un problème similaire avec un partenaire qui leur a financé des moulins dont les résultats n’ont pas été concluants.
 Pourtant, tous pensaient que les moulins allait soulager les femmes qui écrasaient les grains avec des meules en pierre, ce qui prenaient énormément du temps. Le moulin motorisé allait donc affranchir la femme et permettre aux associations d’avoir une activité génératrice de revenus. L’opération moulin n’a pas été un succès ni pour cette association nationale, ni pour la plupart des intervenants parce qu’il est difficile de gérer d’une manière collective certains équipements. Il arrive qu’un individu réussisse mieux qu’une association dans certaines fonctions ou activités.
 Les bailleurs manquent de confiance envers les ONG. Les interviewés ont donné plusieurs exemples où ils ont dépensé des énergies pour monter des projets qui n’ont pas été financés pour la simple raison que les besoins de financement étaient élevés : les bailleurs pensent que les ONG sont incapables de gérer des dizaines de millions de frs CFA. Une seul ONG nationale au Burkina gère plus d’un milliard de frs CFA.
 Les associations malgré l’expérience de certaines d’entre elles sont obligées de monter de petits projets, ce qui n’est pas à même de lutter efficacement contre la pauvreté, tant les besoins sont élevés.

Point de vue des ONG sur les visions des bailleurs
 Il est difficile de donner une appréciation des bailleurs selon le pays d’appartenance. Plusieurs bailleurs peuvent appartenir à un même pays et avoir par contre des stratégies d’interventions différentes. Une ONG a relaté qu’une institution internationale, suite à une demande de financement pour du maraîchage leur a octroyé du grillage pour la clôture sans financer le puits qui était l’élément central !
 Le principe d’intervention est le suivant dans la majeure partie des cas :  il y a une élaboration du projet, ensuite une discussion et en fin de compte le financement.
 Entre l’élaboration et le financement, il s’écoule un temps souvent très long, ce qui entrave les activités.
 Souvent, le bailleur finance un audit, ce qui est plus intéressant, car on arrive à suivre l’exécution technique et financière et justifier le travail dans de meilleures conditions.
 Les interviewés dans l’ensemble pensent que beaucoup d’études sont menées mais que les résultats ne changent pas sur le terrain. Les occidentaux ont leurs idées propres et ne veulent pas changer et comprendre les africains.
 Ils demandent donc à ce que leurs observations servent effectivement à changer la nature des interventions en faveur des ONG en Afrique.
 Les interviewés ont aussi chercher à savoir quels sont les types de partenariat et d’aide qui s’établiront entre les occidentaux et l’Afrique avec l’Europe des 12 ?
 Les suggestions sont les suivantes :
 - L’uniformisation des mécanismes d’intervention dans les ONG.
 - L’instauration d’un mécanisme de suivi et de contrôle des activités financées (certains bailleurs ne se soucient pas de comment sont exécutées les activités qu’ils ont financées).
 - La recherche de la connaissance des vrais problèmes des bénéficiaires de l’aide(leurs priorités) ainsi que l’information juste à l’opinion Européenne sur la situation de l’Afrique. Les interviewés ont constaté que l’Europe accorde très peu d’attention à l’Afrique dans leurs médias (seulement quelques minutes par jour et focalisé sur les foyers de guerres et les enfants faméliques). Il n’est donc pas étonnant que les actions qu’ils entreprennent échouent le plus souvent. Selon certains interviewés, la solution aux problèmes de développement se trouvent en Europe mais pas en Afrique.

Les raisons de l’inefficacité de l’aide
 Malgré les rapports de partenariat entretenus par les bailleurs avec leurs bénéficiaires, on dénote le plus souvent une insatisfaction manifeste de ces derniers sur la manière dont le partenariat est vécue.
 L’inefficacité de l’aide est due à plusieurs paramètres selon les bénéficiaires.
 Nous pouvons retenir :
 - l’absence de flexibilitédesbailleurs par l’imposition d’un code de conduite ou une vision réductrice ou fausse du développement,
 - Les méthodes disparates d’intervention. Il faut ajouter à tout cela une certaine concurrence entre les divers intervenants sur le terrain concernant les approches de développement : Chaque partenaire tente d’expérimenterson approche et veut s’attribuer une certaine paternité dans les actions de développements.
 Les bailleurs s’attèlent souvent à la recherche effrénée de résultats positifs et quantifiables tandis que le développement vise en tout premier lieu à des résultats subjectifs et non quantifiables (changement de mentalité).
 - l’absence de suivi des activités
 - la mauvaise répartition spatiale et en volume de l’aide.
 - l’absence de flexibilité des bailleurs
 Les bénéficiaires ne semblent pas satisfaits de la manière dont se déroule souvent l’exécution des contrats. La majorité avance que les bailleurs veulent qu’on respecte à la lettre les clausesdescontrats,ce qui est souvent impossible. Même si une opération semble perdue d’avance, les bénéficiaires n’ont pas souvent une latitude pour faire machine arrière.
 C’était comme si on imposait un code de conduite aux bénéficiaires et que le partenariat est seulement théorique.
 Selon l’avis de la plupart des acteurs, les bailleurs attendent des résultats quand ils financent un projet, ce qui est tout à fait normal. Cependant, ce qui est paradoxale est que le développement est un processus de tâtonnement. On n’atteint pas son objectif au premier coup : il faut arriver à changer la manière de penser des bénéficiaires et à leur permettre de réagir naturellement à certaines questions du développement.
 Comment obtenir des résultats positifs dans un laps de temps et arriver en même temps à transférer les connaissances d’une manière durable ? Telle semble être selon les bénéficiaires un des dilemmes auquel ils sont confrontés sur le terrain.
 Les bailleurs ont des préjugés sur leurs bénéficiaires. Ils imputent le plus souvent l’échec des projets à ceux qui l’exécutent sur le terrain. Ils raisonnent souvent sur la base de leurs expériences sur des projets similaires exécutés dans d’autres pays ou sur la simple base de rapports d’études souvent douteuses.
 Les conditions de décaissement sont parfois tellement difficiles qu’il est parfois impossible de dépenser les montants alloués. L’Association TIN TUA dit par exemple qu’avec la Banque Mondiale, il est difficile d’absorber plus de 40% de l’aide avant la fin du projet.

Les méthodes de confection de projets et d’évaluation différentes selon les bailleurs.
 Chaque bailleur a sa propre démarche en ce qui concerne la rédaction d’un projet de développement. Quand un acteur a en face de lui deux bailleurs, il lui faudra utiliser deux démarches différentes, ce qui occasionne une perte de ressources importantes (perte de temps notamment). l’ADRK de Kaya et PAG LA YIRI ont insisté sur ce point.
 Pour le PEDI, la coopération multilatérale est très compliquée parce qu’elle entraîne des procédures très lourdes dans l’exécution. La FONADES par contre souhaite cette forme de coopération sauf que les parties contractantes ne veulent pas respecter leurs engagements au moment de l’exécution des projets.
 Les bénéficiaires ne sont pas d’accord avec les méthodes d’évaluation utilisées par leurs partenaires occidentaux.
 Pour la plupart des acteurs, il est opportun que les bailleurs mettent en place une approche unique en ce qui concerne les critères d’évaluation d’un projet de développement. Même dans ce cas, il sera tenu compte des différences d’objectifs des projets, de leurs finalités, des conditions sociales, politiques, climatiques et économiques de l’environnement où se déroule l’activité. Ces critères doivent être établis avec les bénéficiaires afin de refléter la réalité et les attentes de ceux-ci. Ce sont les bénéficiaires qui sont les plus indiqués pour exprimer leur point de vue sur les résultats d’une activité. Il arrive qu’on évalue une unité socio-économique avec des critères utilisés dans une grande entreprise en Europe ! PRODIA a souligné par exemple qu’une fois, on a utilisé ce genre de procédure pour l’évaluer.

Absence de suivi des activités.
 Cet élément est aussi souligné comme un frein à l’efficacité de l’aide. Il faut donc assurer le suivi et l’inclure comme une part entière des activités à mener dans le cadre d’un projet. L’exemple du PDRI/HKM peut être retenu comme un succès dans le suivi des activités de développement.

La mauvaise répartition géographique des intervenants.
 Nous avons constaté que la plupart des intervenants se concentre dans le plateau central et dans le Nord du Burkina Faso. Les interviewés du Gourna soulignent qu’il y a très peu d’intervenants dans leur région. Il en est de même de la région de Bobo. Même si ces régions ont des conditions naturelles favorables, on se demande si le développement est synonyme de présence et d’abondance de telles conditions. S’il en est ainsi, des pays comme le Congo et la Gabon seraient au rang des pays développés aujourd’hui ! C’était comme si les bailleurs préféraient les régions où les populations acceptent facilement se prêter à certaines innovations synonymes de développement d’où une grande concentration de l’aide dans le Plateau Central. On commence à comprendre et à accepter maintenant que les régions soit disant nanties ont besoin de l’aide comme les autres dans le secteur de l’eau, de l’éducation de la formation.

L’exemple de Yam Pukri
 Yam Pukri est une association pionnière au Burkina Faso dans le domaine des NTICS.
 Elle a donc commencé sur un terrain vierge et pour cela, il est difficile de trouver des arguments solides pour avoir un financement de départ. Les toutes premières actions ont été entreprises en comptant sur les ressources propres de l’organisation et comme les résultats ont été concluants, les partenaires ont eu confiance pour accorder leur soutien.
 Dans le choix des activités, il arrive que le partenaire définisse ses priorités qui sont souvent différents des objectifs de l’association  : il faut donc lutter pour imposer ses points de vue. Par exemple, nous avons commencé par la formation en informatique avant de venir à Internet et nous avons refusé des financements purement Internet au début. Toutes les associations n’ont pas la force de procéder comme çà d’où des déviations profondes dans les activités et par conséquent des contre-performances probables.
 La question de l’autofinancement est aussi souvent mal perçue. On accepte difficilement le poste amortissement dans un montage de projet bien que sans amortissement, il n’ y a pas de renouvellement de capital, donc pas de capacité d’autofinancement à moyen et long terme.
 Même si le bailleur refuse ce poste, il faut que l’association tienne compte de cette variable dans sa comptabilité et au niveau des différentes étapes d’évaluation si elle ne veut pas avoir de surprises désagréables un jour.
 Nous constatons donc que la mentalité locale, qui est de respecter l’étranger interfère souvent dans les projets : on a tendance à ne pas dire non à l’étranger et pour le faire plaisir on dit oui mais en sachant que c’est non. Une fois, on a reçu un parc de 40 ordinateurs à l’université et comme ce matériel ne répondait pas à nos besoins, il n’a jamais été utilisé. C’était une vraie comédie parce quand le bailleur programme une visite, les machines sont nettoyées et exposées comme si on les utilisait auparavant. Après son départ, on les range au magasin.

Quelle forme d’aide serait-elle appropriée ?
 Au vu de ces observations, que peut-on dire des formes de coopération qui pourront être fructueuses pour les deux partis ? Car pour beaucoup d’interviewés, l’aide est toujours liée et n’est jamais sans conséquences pour le bénéficiaire. Ce qu’il serait intéressant donc de voir, c’est le type d’aide qui permettra à tous un chacun de tirer un gain à la coopération.
 L’aide sera efficace quand elle permettra :
 - d’impulser une dynamique autonome de développement,
 - d’assurer une durabilité de l’action.
 L’aide ne doit pas remplacer les actions présentes mais venir comme un complément, comme un catalyseur et un appoint dans l’entreprise du développement. Par exemple, un appui en nature comme les céréales sera circonscrit dans le temps et dans l’espace afin d’éviter les dérives ( découragement des producteurs dans le cas d’une forte baisse de prix  de céréales, non incitation à la production locale et à la recherche de techniques de production améliorées).
 La durabilité est une des conditions du développement à moyen et long terme. Cela sous-entend une appropriation par les bénéficiaires du phénomène, une parfaite maîtrise du savoir- faire.
 La plupart des projets mettent l’accent sur le transfert des connaissances comme un préalable aux autres activités. Pour accroître l’efficacité du système, on pensera à dispenser les cours en langue locale à tous les scolaires. Le français deviendra une langue d’appoint comme l’est l’anglais dans certains pays anglophones. En effet il est difficile d’utiliser une langue étrangère comme véhicule et en même temps comme instrument de transfert de connaissances. Cela peut expliquer le taux de succès faible dans le système formel.
 Le changement de mentalité (par exemple, la question de la femme, le concept du progrès et du développement) est une entreprise de longue haleine et seul un processus de transformation en douceur, qui ne choquera pas ou ne dérangera pas brutalement l’ordre établi sera une réussite.
 Comment cela serait-il possible ?

Définir des critères de pauvreté acceptables et utilisables par tous les partenaires
 La notion de pauvreté est une notion relative, ce qui conduit à des actions diversifiées et parfois non adaptées.
 Il est donc difficile de lutter contre la pauvreté tant qu’on arrivera pas à définir des critères clairs et applicables par tous.
 Dans le cadre du partenariat, des critères pourront être définis ensemble par tous les intervenants, qu’ils soient étatiques, para-étatiques, ONG, associations, projets et bailleurs et populations de base.

Harmoniser les mécanismes d’intervention
 Ce point est le corollaire du précédent. En effet, en utilisant les mêmes concepts pour définir L’uniformisation des mécanismes d’intervention (de la rédaction des projets aux normes de suivi et de décaissement des fonds permettront un gain de temps précieux et une comparaison simple des résultats des projets d’aide au développement.
 Si les bailleurs ont une certaine responsabilité aux actions entreprises, il faut reconnaître que c’est aux autorités étatiques de mettre en place des conditions institutionnelles propices afin que l’aide puisse être utilisée efficacement dans les projets de développement. Plusieurs interviewés ont souligné l’importance de l’environnement politique comme un préalable à toute action de développement. La stabilité politique, la définition d’une politique économique et sociale claire aideront à orienter les bailleurs dans leur entreprise.

En terme de conclusion, on peut dire que les partenaires du Sud ont leurs propres vision de ceux du Nord et qu’il faudrait intégrer ces observations dans les prochaines politiques d’aide au développement. La responsabilité doit pourtant être partagée parce que ceux qui reçoivent l’aide doivent au préalable définir clairement leurs objectifs en terme d’activité, d’autonomie dans le temps. Le plus souvent, les structures du Sud se font presque piéger parce que n’ayant pas bien défini leurs objectifs et un plan d’opération dans le long terme. Comme la plupart des projets sont de court terme, c’est comme un éternel recommencement et il manque souvent une vision évolutive de l’ensemble. Une collaboration entre les structures du Sud autour de problématiques concurrentes et complémentaires, un renforcement en matière de formation en management des projets seront un plus dans l’accroissement du potentiel humain qui exécute les projets dans le Sud.
 Les populations bénéficiaires doivent aussi savoir exactement ce qu’elles veulent afin qu’on ne leur propose pas n’importe quoi. Les associations et ONG locaux se chargeront de transmettre fidèlement les souhaits des bénéficiaires et les inciter à une meilleure implication dans les actions de développement.

Sources :
 SAWADOGO Kimseyinga(1997) (en collaboration avec OUEDRAOGO Sylvestre, SAWADOGO Jean Pierre et KAZIANGA Harouman). La pauvreté au Burkina Faso, une analyse critique des politiques et des stratégies d’interventions locales. ECDPM, document de travail N° 51, ECDPM, Maastricht, Pays Bas.
 Ouédraogo Sylvestre(1997), Recueil d’informations sur l’appréciation des acteurs locaux de leurs partenaires de développement. niversité de Ouaga.
 Sylvestre Ouedraogo
 Président de l’association Yam Pukri (Burkina)

http://www.yam-pukri.org


 

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Reportage au Burkina : télécentre, téléphonie mobile, téléphonie rurale, projets de CSDPTT, développement rural 31 mars 2003
Compte rendu de séjour au Burkina du 25/11 au 9/12/2002 : rencontre à l’ONATEL, rencontre avec l’ONG SODEPOSTEL et visite de villages du Nayala bénéficiaires d’un projet de téléphonie rurale 20 décembre 2002
Bref compte rendu d’une mission de formation aux NTICS pour Yam Pukri du 16 au 30 juin 2002 5 août 2002
Mission formation chez Yam Pukri (Burkina) juin 2002 10 juillet 2002
Reportage : mes premiers pas au Burkina- juin 2002. Formation de formateurs à Yam Pukri (Internet) 1er juillet 2002
Reportage : mission " téléphonie rurale" au burkina en mars 2002 1er mai 2002
Bref compte rendu d’une mission téléphonie rurale au Burkina en mars 2002 17 avril 2002
Un regard critique des bénéficiaires de l’aide sur leurs donneurs potentiels - Sylvestre OUEDRAOGO Juin 2001 juin 2001
Les Tribulations de 2 niçois au Burkina Faso. Mission de téléphonie rurale (acte2) 5 mars 2001
Les Tribulations de deux niçois au Burkina Faso : mission de téléphonie rurale 09/1999 septembre 1999
Installation de téléphones dans la région de Toma (Province de Nayala) BURKINA-FASO (1999) 1999
Etude de faisabilité pour l’installation et la gestion du téléphone dans 4 villages du Burkina Faso (Etude de M. André Nyamba ethno-sociologue de l’université de Ouagadougou) août 1998
Reportage au Burkina : Mission de prospection pour un projet de téléphonie rurale (juin1998) juin 1998
 
Sur ce thème : Coopération
Mission CSDPTT au Burkina Faso du 27 juillet au 9 août 2006 21 novembre 2006
En Afrique, construire les alternatives aux privatisations 6 novembre 2006
La démarche de CSDPTT 27 octobre 2006
Le retour des téléphones communautaires en zone rurale au Burkina Faso 16 octobre 2006
Présentation du livre "Télécommunication entre bien public et marchandises", deux interviews sur la génèse du livre 26 janvier 2006
Signature d’une convention ONATEL - CSDPTT - SODEPTEL pour la connexion de 100 villages au réseau téléphonique du Burkina Faso 6 juillet 2005
Pour la refondation de la coopération publique bilatérale française dans le domaine des télécommunications 23 août 2004
La Coopération Multilatérale dans le Secteur des Télécommunications 12 juillet 2004
Eléments pour un bilan des privatisations des télécommunications africaines 8 juin 2004
Compte rendu de la 1 ère réunion de coordination projet ADEN (Appui au désenclavement numérique) 9 février 2004
Forum Social européen de Paris : Compte rendu de l’atelier "Quelle coopération NORD-SUD dans le domaine des nouvelles technologies de l’Information et de la Communication ?" 27 novembre 2003
Forum Social Européen de Paris (FSE) Présentation de l’atelier :"Quelle coopération Nord-Sud dans les NTICs" (13/11 à 9h) 31 octobre 2003
Vers des partenariats de type nouveau : Etude d’un exemple au Burkina Faso : Raccordement de villages enclavés au réseau téléphonique 28 juillet 2003
Un regard critique des bénéficiaires de l’aide sur leurs donneurs potentiels - Sylvestre OUEDRAOGO Juin 2001 juin 2001
Quand l’Internet se met au rythme du Tam Tam 8 mai 1999
 
 
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La lettre de CSDPTT Juin - Juillet 2006
 
 
 
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